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Avec la guerre en Ukraine
Mauvaise passe pour les vins italiens

Entre un ralentissement des exportations, une réduction des fonds pour la promotion dans les pays tiers et des coûts en hausse de 35 %, le secteur vitivinicole italien subit de plein fouet les soubresauts géopolitiques actuels.
Par Sharon Nagel Le 12 mai 2022
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Mauvaise passe pour les vins italiens
Les professionnels italiens s’inquiètent également de l’impact de la crise sur l’oenotourisme - crédit photo : Giordano
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elon les données que vient de publier l’observatoire UIV-Vinitaly, les exportations italiennes ont subi des revers importants sur leurs principaux marchés internationaux au cours du premier trimestre 2022. L’Italie a vu ses expéditions ralentir, à la fois par rapport à la moyenne des importations et à ses principaux concurrents. Que ce soit en Amérique du Nord ou en Asie (Chine et Japon), la valeur des exportations italiennes a progressé de 3,7%, contre près du double pour la France et 5,3% pour la moyenne des importations.

C’est surtout en Asie que l’Italie perd des points : ses exportations accusent un recul de 15,9 % contre une moyenne générale de -5,6%. Mais ses performances aux USA s’avèrent aussi être en demi-teinte par rapport à ses concurrents. En effet, l’Italie progresse de 3,5 % contre +11 % pour la moyenne des importations, toujours selon les données de l’observatoire italien. L’écart avec la France (+16,3 %), qui s’explique en partie par l’impact des droits de douane additionnels en 2021, est encore plus significatif. De plus, les résultats positifs en valeur des importations américaines de vins italiens sont à attribuer exclusivement aux bulles (+16,3 %), les vins tranquilles conditionnés étant au point mort. Si le Canada offre de belles perspectives aux exportateurs italiens (+23 %), celles de la Chine et du Japon sont moroses. Certes, le marché chinois est globalement en régression (-20 % pour les importations tous pays confondus), mais la réduction de 8,1 % des achats sur un marché japonais globalement en hausse (+22 % ; +23,6 % pour la France) est plus inquiétante.

Plus d'un milliard d’euros de coûts supplémentaires

C’est dans ce contexte que la filière déplore des coupes budgétaires considérables au niveau des moyens de promotion sur les pays tiers. D’après l’Unione Italiana Vini, les fonds nationaux alloués à ce poste sont passés de 27 à 9,2 millions d’euros, « alors qu’en cette période difficile, il n’a jamais été aussi important…pour les entreprises d’accroître leur présence à l’étranger ». Comme leurs homologues français et espagnols, pour ne citer qu’eux, les entreprises italiennes sont fortement touchées par les conséquences du contexte géopolitique actuel. « La guerre en Ukraine a entraîné une augmentation de 35 % du coût du vin italien », déplore le président du syndicat agricole Coldiretti, Ettore Prandini. Selon l’analyse réalisée par le syndicat, l’augmentation en termes absolus pour les entreprises vinicoles s’élève en moyenne à 6 886 euros, pour un poids supplémentaire global lié aux matières sèches estimé à plus d’un milliard d’euros. Une bouteille en verre coûte plus de 30 % de plus que l'année dernière, tandis que le prix des bouchons en liège a progressé de 20 % et même de 40 % pour ceux fabriqués dans d'autres matériaux. Pour les muselets de vins effervescents, les augmentations sont de l'ordre de 20 %, mais pour les étiquettes et les cartons d'emballage, elles sont respectivement de 35 et 45%, selon l'analyse de la Coldiretti.

Des prix qui augmentent d’une semaine sur l’autre, « rendant impossible une planification économique normale des coûts d’une entreprise ». S’y ajoutent des problèmes d’achat d’équipements, en particulier ceux fabriqués en inox, « pour lesquelles il est devenu impossible même d'obtenir des devis ». Enfin, les transports routiers ne sont pas en reste : les hausses de prix sont estimées à 25%, auxquelles s'ajoute la situation préoccupante des coûts des conteneurs et du fret maritime, avec des augmentations allant de 400 à 1 000 %. « En général, selon l'indice mondial Freightos, un indice important sur le marché du transport maritime, le prix actuel d'un conteneur est de 9 700 dollars contre 1 400 dollars il y a un an », note le syndicat agricole.

Le prix du vin a baissé sur deux mois

Cette situation commence à se répercuter au niveau commercial : d’après la Coldiretti, 55 % des caves italiennes annoncent une baisse des ventes en 2022, contre 42 % qui ne constatent pas d’évolution et seules 3 % dont les ventes ont augmenté. A l’export, plus de 4 exploitations sur dix notent une baisse des expéditions. Dans ce contexte, le syndicat appelle de ses vœux une mobilisation de l’Etat « pour défendre le patrimoine viticole italien ». Il insiste sur le fait que, malgré les augmentations à deux chiffres du prix des matières sèches, celui du vin lui-même a reculé cette année. « Selon l’analyse des données ISTAT par la Coldiretti, le prix du vin a baissé de 1,2 % et de 0,4 % au cours des deux premiers mois de 2022, puis n’a augmenté que de 0,5 % en mars, ce qui contraste nettement avec les augmentations souvent à deux chiffres de tous les autres produits alimentaires ». Le syndicat demande ainsi « des mesures immédiates et structurelles » pour contenir les coûts de l’énergie et de la production, et « pour planifier l’avenir ».

 

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