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Flambée des prix des bouteilles, caisses, cartons et autres étiquettes de vin
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Surcoûts d’énergie
Flambée des prix des bouteilles, caisses, cartons et autres étiquettes de vin

En cette période de mise en bouteille, les hausses sans précédent des coûts des matières sèches se cumulent. Et s’il est difficile de savoir si elles vont durer, il est certain que les tensions restent fortes. sur les approvisionnements.
Par Alexandre Abellan Le 01 avril 2022
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« On n’a plus le choix habituel, mais les clients prennent conscience de la situation et sont compréhensifs si l’on n’a pas certaines formes et couleurs de bouteilles, certaines coiffes, certains cartons sans marquage… » explique Philippe Cazaux. - crédit photo : Fédération des Industries du Verre
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u jamais-vu. Avec l’invasion russe de l’Ukraine, la flambée des prix de l’énergie se répercute à une vitesse inimaginable et une ampleur inédite sur les coûts de toutes les fournitures de la filière vin. Alors que l’augmentation continue du prix des matières sèches animait déjà l’actualité du vignoble il y a quelques mois, avec le rebond post-covid de la demande mondiale à la rentrée 2021, cette hausse semble désormais exacerbée ce printemps 2022 : toutes les grilles tarifaires augmentent d’un coup ce premier avril. Face aux soudaines variations de prix et de disponibilité, « on vit au jour le jour » témoigne Philippe Cazaux, le directeur du groupement coopératif Bordeaux Families (5 000 hectares de vignes pour 300 producteurs et 10 % de l’AOC Bordeaux), qui résume la situation actuelle : « on allonge les délais et on augmente les coûts : les personnes organisant les mises en bouteille se sont transformées en approvisionneurs de matière première. » La mise en bouteille devient un soulagement, signifiant que tous les éléments ont été réunis, ce qui peut être délicat pour certaines bouteilles et étiquettes.

Avec ces tensions sur les approvisionnements, « c’est une période très très compliquée, que je n’ai jamais connue au niveau des matières sèches » indique Pierre Cohen, le directeur général du Cellier des Princes à Châteauneuf-du-Pape (130 vignerons pour 515 hectares de vignes). Faisant état d’augmentations allant de 20 à 45 % sur les bouteilles et cartons, Pierre Cohen fait état de délais d’approvisionnement allant jusqu’à 25 semaines pour les capsules : « on a évité tout décalage de mise, mais c’est une situation qui peut être préoccupante ». D’autant plus qu’elle est particulièrement confuse pour l’avenir.

Jusqu’où va-t-on aller demain ?

Avec l’invasion russe de l’Ukraine, « il y a beaucoup de volatilité et d’imprévisibilité » souligne Jacques Bordat, le président de la Fédération des Industries du Verre, qui indique ne pas avoir connaissance de la politique de prix de ses adhérents, mais note que son industrie « a des coûts de production qui augmentent avec l’énergie et les fournitures. Que ça puisse avoir une incidence sur les prix de revient est logique. La question est : jusqu’où va-t-on aller demain ? On ne le sait pas aujourd’hui. »

Si chaque citoyen espère une résolution rapide du conflit en Ukraine, bien malin en effet celui qui pourra dire quand les coûts baisseront. Ou s’ils augmenteront de nouveau. « Envisager l’avenir, c’est très compliqué. Quand on voit comment les choses ont évolué sur les derniers mois, c’est difficile de se projeter » indique Gérard Mathieu, le directeur marketing et innovation de Smurfit Kappa (représentant 20 % des cartons sur le marché vin). Ne souhaitant pas donner de chiffre moyen sur les augmentations répercutées à ses clients pour les caisses en carton (« chaque augmentation dépend du portefeuille matière de chaque client »), le fournisseur note que « ces hausses ne sont de notre fait », mais découlent de la flambée continue du coût de l’énergie.

Une grille de lecture confirmée par un distributeur multicartes de bouteilles, bouchons et cartons : « il y a beaucoup de fantasmes vignerons sur les méchants industriels qui veillent à leur rentabilité. Mais tout n’est pas à mettre sur leur dos : la situation est européenne, pas seulement française. Le marché est extrêmement tendu sur tout : bouteilles, bouchons, étiquettes… » Cette tension est d’autant plus forte que l’approvisionnement en matière première devient tellement incertain pour les fournisseurs, que le prix semble paraître secondaire.

Priorité à la matière première

Dans la capsule, « la préoccupation aujourd’hui, c’est d’acheter » confirme Loïc Daydé, le président de Sofacap (groupe espagnol Ramondin). « Il est difficile de s’approvisionner, les commandes d’aluminium actuellement prises concernent des livraisons en octobre » précise le représentant des capsuliers au sein du Syndicat National des Articles Métalliques et de Leurs Dérivés (SNAM), qui dissipe tout risque de pénurie « on arrive à sourcer : ce sont des délais fournisseurs longs, inhabituels. On arrive à gérer : il y a une rareté des matières qui fait qu’il n’y a plus de prix. Les prix de nos fournisseurs sont évolutifs. »

Même cas de figure dans la papèterie. « Les imprimeurs se trouvent dans une situation de tension tellement exacerbée dans l’univers du papier et du carton que même si je paie plus cher, je n’ai absolument aucune certitude sur ma livraison » témoigne Éric Groshens, le président des imprimeries Inessens (1 500 clients actifs dans les vins et spiritueux, pour un chiffre d’affaires global de 57 millions d’euros en 2021). Faisant état d’un marché du papier totalement dérégulé*, l’imprimeur estime ne pas être « dans une situation de rupture absolue, mais il y a de fortes difficultés d’approvisionnements. Avec des produits de spécialité impossibles à trouver : comme les étiquettes martelées. Il faut transférer au cas par cas sur d’autres matières. On peut trouver des substituts sur certains produits en rupture. »

Produit de luxe

S’il n’y a pas de rupture, les délais augmentent tant pour les caisses en bois que la substitution se normalise avec les cartons ces derniers mois. « Le bois ça ne s’arrange pas (notamment avec la problématique des grèves en Espagne). On recommande à contre-cœur à nos clients d’étudier des solutions en carton. Il n’y aura pas de bois pour tout le monde : nous sommes en situation de pénurie grave. La caisse bois devient un produit de luxe » alerte Pierre Rebeyrole, le directeur général du groupe Mauco Cartex (4 200 clients actifs pour 18 millions € de chiffre d’affaires)

« Il n’y a pas de pénurie au sens critique du terme, mais des délais doublés » pondère Jean-Charles Rinn, le président de la société bordelaise Adam (1,2 million de caisses et coffrets en bois pour 10 millions € de chiffre d’affaires). Avec la concurrence croissante sur l’accès au bois**, « on ne se sort pas de situation de tensions : on est reparti dans une logique de hausse des coûts, et donc des prix de vente si l’on ne veut pas fermer » indique le dirigeant, qui précise subir une hausse de 15 à 20 % des prix sur ses matières premières : « on la répercute à partir de maintenant, de l’ordre de +10 %. Sur le cumul des 12 derniers mois, on aura  augmenté de 35 % nos prix : c’est plus que le cumul des 20 dernières années... Mais c’est une réalité intangible pour continuer notre activité. »

Ayant chacun une vision différente des prochains mois (de la spirale inflationniste à la résolution optimiste), les opérateurs interrogés partagent tous l’impatience d’en finir avec ces conditions de travail dégradées.

 

* : N’ayant pas été incitée à investir dans son matériel de production (entre numérisation et réduction des emballages, sans oublier la faible valorisation passée), l’industrie papetière est sous-dimensionnée pour répondre à la forte demande née de la crise covid (avec l’augmentation des ventes par correspondances demandant du suremballage) et le remplacement croissant d’éléments d’emballage plastique (par du papier et du carton).

 

** : La concurrence sur l’approvisionnement est tellement croissante que du bois d’œuvre passe en bois d’industrie. Il y a même de la concurrence sur les achats de bois entre palette et caisse bois.

 

« L’étiquette, ce n’est pas grand-chose, mais c’est un maillon important sans lequel on ne peut rien commercialiser » souligne Éric Groshens.

 

 

 

 

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