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Contrôle qualité
Vérifiez-vous la qualité de vos pieds de vigne avant de les planter ?

À l’heure des premières plantations de l’année dans le vignoble, les vignerons sont appelés à être attentifs sur les caractéristiques des plants sur lesquels ils vont travailler les prochaines décennies.
Par Alexandre Abellan Le 22 mars 2022
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Vérifiez-vous la qualité de vos pieds de vigne avant de les planter ?
Bouquet de plants n’ayant pas résisté au test du pouce : les importantes nécroses visibles au niveau des points de greffe témoignent de pieds affaiblis. - crédit photo : Massimo Giudici (Simonit & Sirch)
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ans la filière vin, les raisins sont méticuleusement triés lors des vendanges, des lots de bouchons sont analysés en laboratoire et les bouteilles nettoyées avant la mise… mais ce qui se trouve à l’origine de tout le processus vitivinicole n’est que trop rarement testé regrette Massimo Giudici, des maître tailleurs Simonit & Sirch. Le consultant développe cet hiver 2022 des formations au contrôle qualité des plants greffés soudés pour que les vignerons français prennent l’habitude de connaître les pieds plantés. Et adapter si nécessaire leurs plan(t)s. « Depuis des années, on sensibilise nos clients pour qu’ils regardent les plants défectueux dès le départ. Si le plant n’est pas top, les problématiques s’enchaîneront : on aura beau tailler, épamprer et réaliser les travaux en vert avec soin, on ne pourra rien rattraper » prévient Massimo Giudici.

Pour conseiller ses clients, de Bordeaux à la Provence, en passant par la Bourgogne et la Camargue, le protocole de contrôle qualité développé par Simonit & Sirch repose sur plusieurs tests successifs. Celui physique de la solidité du cal (par pression du pouce sur le point de greffe), celui visuel de l’aspect extérieur et de la forme globale du porte-greffe (pas d’aspect tordu, pas de marques de plaies, diamètre suffisamment large…) et celui de l’enracinement (équilibré et réparti dans toutes les directions). « J’y vois des contrôles réglementaires » réagit David Amblevert, le président de la Fédération Française des Pépiniéristes Viticoles (FFPV), indiquant que le test du coup de pouce ou la répartition des racines sont des éléments réglementaires que « chaque pépiniériste doit faire. Quand FranceAgriMer effectue un contrôle d’atelier, ce sont ces éléments qui sont vérifiés. Si l’on respecte ce cadre, il n’y a pas de problème. »

Réalité de terrain

« Les pépiniéristes nous vendent des contrôles avant livraison, mais il peut y avoir un écart entre ce qui est avancé et la réalité constatée » indique Mathieu Maudet, le responsable du pôle vigne des Vignobles de Larose (réunissant quatre châteaux pour 255 hectares de vignes en production dans le Médoc). Un contrôle qualité interne a été réalisé en 2022 sur chaque lot de plants à réception, les propriétés médocaines ne trouvent pas des taux de rebuts avoisinant les 2 à 3 % traditionnellement annoncés, mais une proportion moyenne de 4 %, pouvant aller jusqu’à 7 %. « Nous travaillons avec quatre pépiniéristes. Ils ont été surpris par le résultat de nos tests et, après contrôles sur site, ils ont validé nos résultats (un seul nous a répondu qu’il s’agissait de plants d’un autre pépiniériste et a remboursé directement la perte) » rapporte Mathieu Maudet, qui est arrivé à un accord de principe : en dessous de 4 % de rebut le lot est considéré conforme, au-delà il y a remplacement.

Vignoble pour 100 ans

« Quand on a 5 % de pertes, c’est acceptable. Même si c’est toujours trop » estime pour sa part le pépiniériste Lilian Bérillon, basé à Jonquières (Vaucluse), qui estime que le tri qualitatif est le gage de sérieux du pépiniériste. « Les pépiniéristes n’aiment pas ça, mais il est important pour le vigneron de contrôler de temps en temps les fournitures de plants que l’on achète. On peut avoir 20 à 30 % de plants qui n’auraient pas dû être livrés. Ce n’est pas une généralité, mais ça peut arriver » indique celui qui milite pour « un contrôle qualité rigoureux », tout en précisant que rien ne peut être garanti à 100 % : « c’est manuel, les machines de tri sont inefficaces* ». Affichant un taux de réussite de 50 % en moyenne, sa pépinière produit 2,3 millions de plants par an : « j’ai tendance à produire moins, mais de meilleure qualité, quitte à avoir des prix plus haut » note-t-il. Ses plants sont ainsi vendus autour de 5 € l’unité. « Le prix n’est pas une question quand on veut investir dans un vignoble pour 100 ans » élude Lilian Bérillon, pour qui face à « un plant à 1,20-1,40 €, on ne peut pas garantir la qualité de la vigne. Si le tri en pépinière est moins regardant, le vigneron va le payer cash (un point de greffe mal réalisé est la première porte source de contamination des maladies du bois). »

Après son contrôle-qualité, Massimo Giudici fait pour sa part classer les plants greffés-soudés en différentes catégories : l’excellente qualité, les lots à défaut plus ou moins conséquents et les pieds cassés (le test du pouce pouvant être fatal). Ce qu’il advient des plants défectueux dépend de chaque cas note Massimo Giudici, pour qui les plants qui ne « sont pas jolis » peuvent être mis sur un rang spécifique pour les suivre avec plus d’attention lors de l’implantation (et pour intervenir plus facilement en cas de besoin).

Conseils de plantation

Autre levier pour optimiser sa plantation : bien la préparer indique le maître-tailleur. Soit arracher et retirer tout morceau de vignes de la parcelle, la laisser 2 à 3 ans en jachère avec l’apport d’engrais ou la mise en place de couverts végétaux, puis travailler le sol avant la plantation. Une fois la terre affinée, il peut être intéressant de faire passer une sous-soleuse dans l’axe du rang pour avoir un sillon préparatoire facilitant le plant. Lors de la plantation, Massimo Giudici conseille de planter tous les pieds dans un même sens (avec les coursons pointant dans un même sens, dans l’axe du rang) pour faciliter le travail du vignoble (et le suivi des flux de sève).

Le consultant préconise de planter en racines courtes afin d’éviter des recourbements de racines. Il déconseille de planter le point de greffe au niveau du sol pour éviter qu’un décavaillonnage recouvre le cep de terre et conduise à l’affranchissement du cépage (produisant des racines superficielles, sensibles coups de chaud et de charrue, voir photo ci-dessous). « C’est une habitude française de planter au ras du sol, il vaut mieux demander des plants plus longs pour permettre leur dépassement » souligne Massimo Giudici, pour qui tous ces leviers permettent, in fine, d’augmenter le pourcentage de réussite. Et donc de rentabiliser l’investissement dans un coûteux chantier de plantation.

Complants

Cette attention est à dupliquer lors des complantations souligne Mathieu Maudet, qui fait suivre depuis 2010 par ses équipes les jeunes complants. Mesurant le poids des bois de taille, le technicien s’est alors aperçu d’une diminution de la vigueur pour certains pieds, l’amenant à faire le point avec ses pépiniéristes pour trouver des solutions (comme la complantation en janvier/février et plus en avril/mai).

 

* : Notant l’industrialisation de la pépinière, Lilian Bérillon regrette qu’« aujourd’hui dans pépinière viticole, vous pouvez produire un plant de vigne sans personnel qualifié : tout est mécanisable, jusqu’au greffage, pour régler des problèmes de main d’œuvre et de réduction des coûts. Tout n’est pas à jeter, mais il ne faut pas mécaniser à outrance. »

 

 

Exemple de pied de vigne s’étant affranchi de la greffe à la suite de son enterrement lors de travaux du sol.

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Tous les commentaires (4)
RogerM Le 23 mars 2022 à 17:29:06
Les plants sont tous triés à la main un par un. C'est quoi ces machines de tri citées dans l'article ?
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Abel.chalier Le 23 mars 2022 à 08:13:09
Bravo MR Berillon
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Abel.chalier Le 23 mars 2022 à 06:31:43
Bravo à Mr BERILLON pour son livre LE JOUR OU IL N'Y AURA PLUS DE VIN
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Abel.chalier Le 23 mars 2022 à 06:25:21
Bien vu il y a longtemps que cela existe ou les plants étaient trier 1 à1 cela nous prenait du temps mais c'était bien fait
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