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Lutte contre le gel
Débat "électrique" sur l'enterrement de câbles chauffants dans les vignes de Chablis

Les images de l'imposant chantier d'installation de câbles chauffants à Maligny font vivement réagir la communauté professionnelle sur Facebook. Pourtant, les arguments des viticulteurs à l'initiative du projet ne manquent pas.
Par Vincent Gobert Le 03 mars 2022
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Débat
Chantier d'installation du réseau de fils chauffants à Maligny - crédit photo : Gilles Di-Blas
C

’est peu de dire que des esprits s’échauffent à la vue de la vidéo postée sur Facebook ce 19 février par Gilles Di-Blas, viticulteur dans le Chablisien avec son frère Bruno. Les images montrent un chantier d’installation du réseau de câbles chauffants pour lutter contre le gel. Treize hectares doivent en être protégés sur Maligny, au bénéfice de 12 viticulteurs. Pour cela, des tranchées sont creusées pour loger les câbles électriques.

Mais visiblement, cela dérange. Même dans un groupe fermé dont les membres ne sont presque que des viticulteurs. Plus de 275 commentaires figurent sous la publication.

Du septicime à la tentation de l'auto-censure

Le coût d’un tel projet est montré du doigt. Des viticulteurs imaginent très haut l'investissement. Impossible pour eux dans des régions où le vin n’est pas aussi bien valorisé.Les coûts de fonctionnement interrogent d’autre part, à cause de factures électriques potentiellement très élevées. D’autres adhérents du groupe Facebook pointent la logique financière. « On a beaucoup de mal à entendre l'argument de l'investissement pour la sécurité financière... Simplement car il faut déjà avoir les finances pour investir dans un chantier pareil ! » L’efficacité est aussi questionnée : jusqu’à quelle température protège-t-on les bourgeons avec les fils chauffants ? Des craintes sont exprimées sur les paysages et l’artificialisation des parcelles. La durabilité du vignoble face au changement climatique est questionnée.

« J'ai vu le vignoble Californien, 100 % irrigué pas loin de 100 % des parcelles avec grosse chaudière et ventilateurs... Un vignoble sous perfusion. Les solutions d'avenir sont durables ou ne sont pas d’avenir » peut-on lire. D’autres fustigent de potentielles atteintes à la biodiversité et un gaspillage énergétique. Plus pragmatiques, beaucoup se demandent ce qu’il se passe en cas de coup de sécateur. Un autre viticulteur préconise l’abstinence : « je pense qu'il faut éviter de communiquer sur de tels projets... Cela peut être choquant. Si vous avez les moyens de le faire cela vous regarde, mais c'est complètement aberrant pour un consommateur lambda... Et après on communique sur le HVE » (Haute Valeur Environnementale).

Nous avons subi 11 nuits de gel en avril dernier

En réponse sur la page Facebook, nombre de voix défendent l’intérêt du projet et contestent les arguments les uns après les autres. Joint par téléphone, le viticulteur partenaire du projet qui a filmé et posté les images sur Facebook réagit. « La vidéo fait un peu peur à certains. Mais on ne détruit pas le sol. Il y a même des gens qui pensent qu’on chauffe le sol, se désole Gilles Di-Blas. L’herbe va repousser et on ne verra plus rien. Il n’y a pas plus d’impact que pour une installation d’irrigation au goutte-à-goutte. Je ne comprends pas trop ces critiques ». Il justifie le recours à ce moyen de lutte contre le gel par les dégâts des années passées. « Jusqu’en 2003 il y a eu du gel chaque année, se souvient-il. Nous luttions grâce à un réseau de chaufferettes au fioul. Puis il n’y a eu que des petites gelées blanches jusqu’en 2017. Avec très peu de dégâts. Nous n’avons pas utilisé les chaufferettes pendant cette période. Mais le gel de 2017 a été important. Celui de 2021 a été pire, avec des températures humides qui sont descendues jusqu’à -8°C. Nous avons protégé par aspersion les parcelles proches de la rivière, onze fois ce mois d’avril 2021. Nous avons aussi constaté l’efficacité des câbles chauffants sur 2 ha chez notre voisin. A ce moment-là, on a lancé le projet pour 13 ha, en Cuma. On a penché pour cette technologie car les feux de paille et les bougies impactent le village. Et puis la connexion avec le réseau EDF est facile sur les parcelles visées. On a pensé à installer des tours antigel et on va se lancer, mais sur un autre secteur gélif ».

Un autre facteur déclenchant est l’aide financière apportée. « Nous avons obtenu des aides FranceAgriMer. Et nous avons trouvé des fabricants et des installateurs proches d’ici ». Loin de les décourager, le débat "électrique" ne fait que conforter les viticulteurs dans leur choix.

 

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Tous les commentaires (1)
Laurent Gueny Le 05 mars 2022 à 14:22:02
Bonjour, Attention au titre "Enterrement de câbles chauffants". Les câbles enterrés sont ce qu'on appelle des liaisons froides, destinés à alimenter les câbles chauffants posés en aérien. On ne réchauffe pas le sol ...
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