Accueil / Viticulture / Les leviers des vignobles pyrénéens face au changement climatique

Programme VITISAD
Les leviers des vignobles pyrénéens face au changement climatique

Mis en place en 2019 par l'IFV Sud-Ouest, et la Chambre d'agriculture des Pyrénées, le programme VITISAD a pour objectif d'expérimenter et conseiller certaines méthodes culturales face au changement climatique. Où en est-on deux ans après ? Explications.
Par Céline Bourgeois Le 03 décembre 2021
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Les leviers des vignobles pyrénéens face au changement climatique
- crédit photo : Vitisad
L

’IFV Sud-ouest et la Chambre d’agriculture des Pyrénées Atlantiques organisaient, le 16 novembre dernier, un colloque dédié au changement climatique dans les vignobles des Pyrénées.

« L’objectif de cette journée technique était de transférer les premiers résultats obtenus dans le cadre du programme européen VITISAD. Ce projet, développé en 2019 par la France et l’Espagne, vise à expérimenter et évaluer différentes techniques et stratégies agronomique afin de permettre, à terme, aux viticulteurs des deux côtés des Pyrénées de s’adapter plus facilement et rapidement au changement climatique » explique Fanny Prezman, ingénieure viticole à l’Institut français de la vigne et du vin (IFV).

Pour ce faire, plusieurs essais et analyses sont actuellement en cours sur une trentaine de parcelles pilotes, dans des domaines expérimentaux, mais aussi directement chez des vignerons.

Des nombreuses pratiques à l’étude

Les pratiques étudiées portent principalement sur l'irrigation, véritable enjeu pour la viticulture. « Depuis deux ans, nous analysons diverses techniques d’irrigation permettant d’optimiser la consommation d’eau. Nous étudions également, de manières très précise, les différents systèmes d’irrigation en comparant les résultats concernant les conduits aériens, les conduits placés sous le rang et les conduits enterrés. Le but étant de mesurer l’impact de l’emplacement des différents systèmes d’irrigation de la vigne, car il n’existe à ce jour aucun référencement sur ce sujet » remarque la professionnelle.

D’autres expérimentations sont également menées sur l’implantation de couverts végétaux comme systèmes de préservation des sols. « Nous analysons notamment les différents systèmes de destruction et l’enrichissement des sols en azote. En parallèle, nous étudions l’effet des engrais verts pour contrer l’érosion des sols et améliorer la nutrition de la vigne » indique Fanny Prezman.

Le programme VITISAD  s’intéresse, en outre, aux cépages anciens de Navarre et des Pyrénées. « Un important travail de prospection a été réalisé au préalable dans les domaines et conservatoires de France et d’Espagne et des analyses génétiques ont été effectuées. L’IFV Sud-Ouest a de son côté étudié ces cépages sous un angle agronomique et œnologique. Nous avons notamment réalisé un suivi des différents stades phénologiques, ainsi que des analyses sur les raisins pour étudier le degré d’alcool, l’acidité ou encore la maturité, qui sont des paramètres importants face au changement climatique. Le but étant de recenser des variétés plus tardives et qui s’adaptent davantage aux nouvelles contraintes environnementales » affirme l’ingénieure viticole.

De l'expérimentation à la validation

Depuis son lancement, le programme VITISAD teste par ailleurs les différentes techniques permettant de diminuer la température du raisin. « Nous avons notamment mis en place des capteurs de température dans le haut et le bas des pentes de parcelles. L’objectif est de déterminer les zones chaudes ou plus fraîches de la parcelle, qui font varier la maturité du raisin. A terme, l’idée est d’encourager les vignerons à prendre en compte ces critères, dès la plantation.

Des filets d’ombrage ont également été installés dans les vignobles de Gaillac et de Fronton, dans le Gers mais également plus au sud, vers Nîmes. « Plusieurs maillages et différents niveaux d’occultation de la lumière, à 25, 50 ou 70 % y sont actuellement testés. Les premiers résultats sont assez probants, tant pour la température des parcelles que pour la qualité du vin. Le recours à ces techniques d’ombrage a donc été validé » se félicite la professionnelle.

Des résultats encore peu significatifs

Toutefois, une majorité des essais intégrés au programme VITISAD n’a réellement débuté qu’en 2020 et ne permettent pas encore de porter des conclusions. « Depuis la mise en place de ce projet, nous n’avons réalisé que deux campagnes d’expérimentation. Les résultats sont donc encore peu significatifs. En outre, les essais concernant l’irrigation ont été plutôt compliqués à mener, car il a beaucoup plu cette année. Nous ne disposons donc de références que sur une seule année, ce qui n’est pas suffisant pour aboutir à des préconisations. Nous avons dès lors décidé de prolonger ce programme jusqu’à la fin de l’année 2022 » confie Fanny Prezman.

Conseiller et former les viticulteurs

A terme, la finalité du programme VITISAD est de mettre en commun les résultats français et espagnols, « afin d’enrichir les connaissances et de promouvoir les pratiques agronomiques les mieux adaptées aux vignobles pyrénéens, face changement climatique. Il s’agit par ailleurs de conseiller et former les viticulteurs sur l’utilisation et l’adoption de ces pratiques, à travers le réseau des Chambres d’Agriculture partenaires » indique l’ingénieure viticole.

Les résultats obtenus seront également transférés aux autorités sectorielles, organismes de gestion, syndicats d’appellation, institutions, de manière à être incluses dans leurs stratégies environnementales futures. « L’objectif final est de définir, avec ces différentes instances, un plan d’adaptation au changement climatique, efficace et pertinent » conclut Fanny Prezman.

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé