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Flambée des coûts
Des hausses de charges difficiles à répercuter pour les vignerons

Face aux prix qui s'envolent et aux délais de livraison qui s'allongent, les vignerons cherchent un nouvel équilibre pour garder leur clientèle.
Par Bérengère Lafeuille Le 24 novembre 2021
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 Des hausses de charges difficiles à répercuter pour les vignerons
"En janvier, je vais augmenter de 2 % mes prix de vente aux professionnels" explique Jérôme Benoît gérant du Mas des Flauzières à Entrechaux. - crédit photo : Bérengère Lafeuille
C

’est en mars que Virginie Bourdieu a vu les premiers prix décoller. « Le film scotch a pris 30 %, se rappelle cette vigneronne installée sur le domaine familial de Villemont, à Mirebeau en Haut Poitou. Puis les cartons ont suivi. Maintenant, on nous parle d’une hausse de 15 % sur les bouteilles. J’imagine que les bouchons suivront. »

Dans ce contexte, ses stocks de matières sèches lui offrent un sursis. « On subira ces hausses de prix au moment de se réapprovisionner. En plus, le coût du transport a grimpé de 7 % ! »

Virginie Bourdieu appliquera un nouveau tarif en janvier pour tous les canaux de vente. « Ce sera une petite hausse : on ne répercutera pas tout, prévoit-elle. En ce moment, les gens sont déjà assommés de mauvaises nouvelles. Vu la conjoncture, on va rester prudents sur le prix de nos vins, et rogner nos marges... Notre priorité, après la période covid, est de retrouver une activité normale. »

On ne regarde plus les prix

A Verzenay Champagne, Sabine Godmé se félicite aussi d’avoir anticipé ses besoins. « Quand j’ai commandé des cartons en début d’année, je les ai reçus cinq mois plus tard. Alors j’ai fait des stocks pour toutes les fournitures que j’ai commandées en juin ». Beaucoup de hausses ne seront palpables que lors des prochaines commandes, mais elle observe déjà que les flûtes qu’elle achète pour les séances d’initiation à la dégustation qu’elle organise chez elle ont pris 30 %. « C’est aussi la galère pour le bois et la ferraille », ajoute son mari, qui confie : « on ne regarde plus les prix. Il nous faut des piquets pour nos plantations, j’ai demandé à mon fils d’en prendre à n’importe quel prix ! »

Au domaine Camp Galhan, dans les Cévennes, Orceline Martel vient d’entendre son cartonnier lui annoncer une hausse de tarif de 30 %. « Les autres fournitures sèches augmentent aussi, ainsi que l’énergie, le transport, les phytos… », énumère-t-elle. Pour l’instant, elle a décidé de ne répercuter ces hausses que sur sa clientèle professionnelle, qui représente 40 % de son activité. « C’est déjà compliqué de faire de la pédagogie auprès des professionnels. Auprès des particuliers, cela demanderait trop d’énergie pour peu de volume à chaque fois. »

Que le coût des fournitures augmente un peu tous les ans, « c’est normal », philosophe Jérôme Benoît, gérant du Mas des Flauzières à Entrechaux. « Mais là tout s’emballe et on a du mal à se faire livrer : on a failli manquer de bouteilles écussonnées. »

Politique tarifaire

Jérôme Benoît augmente chaque année de 1 à 2 % ses prix de vente aux professionnels (export, CHR et cavistes), qui représentent les trois quarts de ses ventes. « Je n’ai pas bougé mes prix pendant le covid, mais je vais les augmenter de 2 % en janvier, reprend-il. Je sais que cela n’absorbera pas tous mes surcoûts. Mais vu la concurrence, je ne peux pas faire plus sans risquer de perdre des marchés. En revanche je ne touche pas aux prix pour les particuliers, qui sont plus élevés à la base. »

Jérôme Benoît voit peu de possibilités de compresser ses charges, limitant déjà ses intrants à la vigne et à la cave. Un coup de rabot sur ses marges est inévitable.

Installé au cœur de l’appellation Croze-Hermitage, Yann Chave connait des difficultés d’approvisionnement. « Il m’est arrivé de ne pas pouvoir livrer une cuvée parce qu’il me manquait des capsules ! Heureusement, nos clients comprennent la situation parce qu’elle touche tout le monde. » En septembre, il a manqué de bouteilles. « Habituellement, je fais deux mises en bouteilles par an, une début septembre puis une autre fin décembre ou début janvier, explique-t-il. Cette année, j’ai dû faire la mise de septembre en deux fois, faute d'avoir eu assez de bouteilles la première fois. J’ai beaucoup cassé les pieds de mon fournisseur pour avoir le reste assez vite. Et j’ai dû payer deux forfaits de déplacement à l'embouteilleur »

Côté prix, Yann Chave observe que les cartons ont pris 15 % et a appris que les étiquettes s’envoleraient bientôt. « Et les piquets galvanisés ont augmenté de 20 à 30 %, les tuteurs métalliques aussi… Quand on arrive à les avoir, car on se retrouve en concurrence avec les maçons sur certains matériaux ! » peste-t-il. Du coup, il n’est plus en position de négocier avec ses fournisseurs. « On s’inquiète de la date de livraison et on se met à surstocker, ce qui exige d’avoir de la place et de la trésorerie. » Il évoque aussi une hausse du coût du transport de 5 à 10 % et des délais d’expéditions plus aléatoires. Toutefois, grâce au "très bon millésime 2020", il pense faire accepter des hausses de prix de 3 à 4 % à ses clients.

 

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