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Conflits diplomatiques
Nouvelles désescalades transatlantiques au bénéfice des vins et spiritueux

Si les négociations entre Europe et États-Unis se poursuivent, difficilement, sur la taxe Airbus, celles sur la taxation des services numériques et celles sur la taxation de l'acier et de l'aluminium aboutissent à une détente rassurante.
Par Alexandre Abellan Le 02 novembre 2021
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Nouvelles désescalades transatlantiques au bénéfice des vins et spiritueux
Les diplomates américains et européens annoncent un retour aux négociations multilatérales qui peut rassurer, en partie, les exportateurs de vins et spiritueux français. - crédit photo : USTR
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eur des représailles. C’est devenu une crainte sourde pour la filière vin : devenir à nouveau la victime collatérale d’une dispute géopolitique la dépassant, comme lors de la mise en place américaine de droits supplémentaires de 25 % sur les vins français en conséquence du conflit transatlantique sur les subventions à Airbus et Boeing. Désormais suspendues pour cinq ans, ces taxes Trump laissent un souvenir cuisant aux exportateurs de vins français, ayant enregistré d’importants dégâts (jamais compensés, malgré les promesses répétées). Si les opérateurs restent attentifs, ils peuvent être rassurés par deux annonces récentes confirmant la détente transatlantique avec la nouvelle administration américaine du président Joe Biden.

Un premier accord multilatéral est annoncé ce 21 octobre concernant la taxation des services digitaux entre les États-Unis et cinq pays européens qui prévoyaient des mesures unilatérales (Autriche, Espagne, France, Italie et Royaume-Uni). Cette négociation lève les menaces américaines de taxes punitives sur les vins et spiritueux (suspendues en début d’année, notamment pour les champagnes, qui étaient dans le viseur depuis des années). Ciblant principalement des groupes américains, cette taxe GAFAM est maintenant remise au placard, grâce au projet d’une imposition internationale minimale des multinationales indique le représentant américain au Commerce (USTR).

Bourbons

L’autre accord concerne le conflit sur les importations américaines d’acier et d’aluminium venant de l’Union Européenne : les États-Unis imposant des surtaxes respectives de 25 et 10 % sur ces métaux européens (y voyant un risque à leur sécurité nationale), la Commission Européenne impose depuis 2018 des taxes punitives sur des produits américains, dont les bourbons (une première qui serait à l’origine des attaques américaines sur les vins et spiritueux français dans le dossier Airbus/Boeing). Le dossier de l’acier et de l’aluminium devenait pressant pour les diplomates et les exportateurs de vins, car les mesures de rétorsions européennes devaient automatiquement doubler ce premier décembre (après un premier décalage de six mois de cette hausse), laissant craindre un retour des représailles (avec de possibles droits de douane punitifs sur des vins et spiritueux français). Ce 30 octobre, la Commission Européenne et l’USTR annoncent avoir trouvé un accord suspendant les droits de douanes imposés de part et d’autre. Une excellente nouvelle pour les spiritueux américains, pour qui l’Union Européenne est le premier marché export indique Distilled Spirits Council, et de quoi rassurer les exportateurs français, comme « l’accord trouvé s’inscrit dans la vision du président Joe Biden de réparer nos relations avec nos partenaires européens » indique dans un communiqué Katherine Tai, à la tête de l’USTR.

Reste désormais à résoudre le vaste contentieux sur l’aéronautique pour apaiser définitivement les tensions transatlantiques. D’après des sources diplomatiques, les discussions en cours restent complexes, portant sur les modalités de soutiens publics aux avionneurs. Si Bruxelles défend des avances remboursables, Washington souhaite toujours utiliser un système complexe d’appui indirect, via des commandes militaires et des subventions croisées. Plus ancien conflit commercial international, cette dispute repose sur des divergences de fond depuis 2004. Mais l’enjeu politique pour les autorités américaines et européennes reste de s’unir pour contrer l’émergence d’un nouveau concurrent : l’avionneur chinois Comac. La Chine est également au centre des craintes diplomatiques, avec des craintes d’inflation des demandes de certification pour les importations profitant de la crise sanitaire du covid-19. Pour ne plus être prise par surprise, la filière des vins et spiritueux doit rester vigilante.


 

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