LE FIL

Koniak

Menaces sur l’appellation Cognac en Russie

Vendredi 10 septembre 2021 par Alexandre Abellan

'La vigilance porte sur l'interprétation que feront les importateurs et distributeurs russes de cette loi' prévient l'interprofession charentaise.
'La vigilance porte sur l'interprétation que feront les importateurs et distributeurs russes de cette loi' prévient l'interprofession charentaise. - crédit photo : BNIC
La nouvelle loi russe sur les vins ne toucherait pas que les champagnes : l’usage de la dénomination КОНЬЯК serait en suspens, alimentant les incertitudes pour l’eau-de-vie charentaise.

Adoptée ce 2 juillet, la nouvelle loi russe sur les vins et spiritueux a beaucoup fait parler d’elle pour la préemption par les effervescents russes du terme cyrillique signifiant champagne (шампа́нское ou shampanskoye), au mépris des règles internationales sur les Indications Géographiques (IG). Mais cette réglementation toucherait aussi les cognacs et pourrait leur poser des problèmes dans l’utilisation de leur traduction russe (Коньяк ou koniak). Du moins, ce serait une possibilité laissée par la réglementation russe, dont l’étude est toujours en cours.

« Les dispositions sur la catégorie КОНЬЯК, à laquelle le Cognac est rattaché, sont ambiguës. La vigilance porte sur l'interprétation que feront les importateurs et distributeurs russes de cette loi » indique à Vitisphere le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC). « Il est à noter qu’aucune des dispositions ne remet a priori en cause l’étiquette qui figure en face avant avec des inscriptions en caractères latins. Les enjeux sont relatifs à la présentation des produits (à court terme, références au vieillissement et aux mentions de vieillissement et à moyen terme, droit à l’usage de la catégorie "КОНЬЯК") et à la certification des produits » précise le BNIC, qui note qu’un nouveau règlement technique de l’Union Economique Eurasiatique pourrait se superposer à cette réglementation russe (avec une entrée en vigueur pour janvier 2022).

Moratoire

Dans cet embrouillamini entre « court » et « moyen » termes, les opérateurs charentais ne veulent pas surréagir (et reproduire les messages contradictoires sur la suspension des expéditions d’acteurs champenoise). Face à une menace encore imprécise, la filière du Cognac appuie le dialogue ouvert par la France et l’Union Européenne auprès des autorités russes pour suspendre l’entrée en vigueur de cette loi pendant un à deux ans, le temps d’en étudier les conséquences. Mais après une première réunion virtuelle en juillet dernier, les demandes de moratoire du commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, sont pour l’instant restées sans réponse indique à Vitisphere la Commission Européenne.

« Nous ne lâchons rien et resterons vigilants » indique-t-on au cabinet de Franck Riester, le ministre délégué au Commerce Extérieur, qui va échanger sur le sujet de la protection des AOC en Russie avec la filière champenoise ce 10 septembre (à l'occasion de la foire de Châlons-en-Champagne). « Nous n’avons pour l’instant pas connaissance d’avancées concrètes dans le dossier » déclare la sénatrice bordelaise Nathalie Delattre, qui copréside l’Association Nationale des Élus de la Vigne et du Vin (ANEV) et reconnait que « la mesure en elle-même est génératrice d’inquiétudes quant à la capacité de l’Union Européenne à faire respecter ses AOP ».

"Cette situation sera amenée à se répéter"

Pour l’instant, « c’est flou sur beaucoup de zones d’incertitudes et nous attendons des éclaircissements » note un négociant charentais, appelant à la vigilance face à une menace flottante. « Comme pour les taxes Trump, nous sommes les alerteurs, mais pas les décideurs » indique un bouilleur de cru, prédisant que « malheureusement, cette situation sera amenée à se répéter à l’avenir. Cognac est le premier spiritueux européen depuis le Brexit (et la sortie de l’union européenne des whiskies écossais), quand un pays veut embêter l’Union Européenne, sa cible est toute trouvée… »

Le quai d'Orsay indique qu'en dehors de Champagne et Cognac, d'autres appellations sont potentiellement concernées par la nouvelle loi russe.


 

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