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Pour 2022
Le vignoble veut de la sécurité face au renforcement annoncé des Zones de Non-Traitement

Ne sachant pas à quelle sauce ils seront croqués l'an prochain, les vignerons attendent des réponses rapides de l'exécutif pour encadrer leurs traitements à proximité des habitations.
Par Alexandre Abellan Le 29 juillet 2021
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Le vignoble veut de la sécurité face au renforcement annoncé des Zones de Non-Traitement
Pour la troisième fois, le Conseil d’État enjoint le gouvernement à revoir sa copie en matière de protection des populations face aux pesticides. - crédit photo : Conseil d'Etat
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ommant le gouvernement de rédiger un nouvel arrêté d’encadrement des traitements phytosanitaires plus protecteur des riverains de parcelles agricoles, la dernière décision du Conseil d’État ouvre une nouvelle phase d’incertitude dans le vignoble face aux Zones de Non-Traitement (ZNT riverain). Contacté par Vitisphere, le ministère de l’Agriculture indique expertiser l’arrêt de la plus haute juridiction administrative pour déterminer si les chartes départementales permettant de réduire les ZNT sont encore valides. « Il n’y a pas de vide juridique » rassure Jean-Samuel Eynard, le président de la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitations Agricoles de Gironde (FDSEA 33), qui s’appuie sur les dernières analyses de l’Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture (APCA). « Les chartes sont juridiquement valables, tant qu’il n’y a pas de décision de tribunal les annulant et qu’un nouveau texte plus restrictif n’est pas publié » souligne le vigneron bordelais, pointant qu’« au stade où en est le vignoble, on passe tous au cuivre et au souffre. Pour les viticulteurs, la fin de campagne est réglée avec des produits bio et des biocontrôles. »

Si la fin de campagne de traitement serait sécurisée pour 2021, l’enjeu reste de déterminer les modalités pour 2022 et au-delà. « Nous demandons des clarifications au plus vite, pour permettre la sécurisation de nos exploitations » indique Jérôme Despey, le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. « Le but pour nous, c’est que l’on regarde très vite les solutions, même si les marges de manœuvre sont étroites » précise le viticulteur languedocien.

Nous sommes dans un entonnoir

En matière de solutions, « nous sommes dans un entonnoir, les conditions d’utilisation des produits se resserrent dans tous les sens » note Éric Tesson, le directeur de la Confédération Nationale des producteurs de vins AOC (CNAOC). Qui rappelle que « les premiers qui ont à souffrir de ces produits sont les manipulateurs eux-mêmes » et que dans le vignoble, il y a consensus pour que la réglementation reste réaliste et applicable (comme pour le port des Équipements de Protection Individuelle, EPI, adapté à la réalité du terrain). La filière vin demande également une réglementation équilibrée, pour ne pas être la seule à devoir s’adapter.

La CNAOC affirme ainsi sa « très forte déception » à l’encontre du gouvernement et du Parlement, qui n’ont pas repris la proposition du Sénat de générer une contrainte sur les élus locaux pour rendre obligatoire l’aménagement de zones de transitions végétalisées à la charge de l’aménageur (dans le cadre de la loi Climat). « Les urbains n’ont pas à dicter leurs conduites à ceux qui les nourrissent. Sinon il faut geler les constructions individuelles en zone agricole » plaide Éric Tesson, pour qui il faudra revenir sur cette proposition de loi auprès du législateur, afin de maintenir l’équité dans l’usage de l’espace rural. Alors que la réglementation européenne va permettre aux cahiers des charges AOC de s’ouvrir aux cépages résistants au mildiou et à l’oïdium, la perspective d’un déploiement, au moins expérimental dans un premier temps, de vignes nécessitant moins de traitements pourrait être une solution estime la CNAOC.

Lassitude

En l’état, Jean-Samuel Eynard ne cache pas sa lassitude face à l’incertitude concernant les traitements, alors que le contexte économique reste difficile et que le millésime 2021 est éprouvant (gel, coulure, mildiou, échaudage…). « Et il y a aussi le futur décret sur la protection des pollinisateurs, qui veut nous contraindre à ne traiter qu’entre deux heures avant le coucher de soleil et trois heures après. C’est à dire lorsque nos voisins sur leurs terrasses à prendre l’apéro… et sans bénéficie environnemental, comme les pollinisateurs ne viennent pas sur les vignes » soupire le vigneron bordelais.

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