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Economie circulaire

Les vignes de Gruissan irriguées par les eaux usées des touristes

Jeudi 06 mai 2021 par Marion Bazireau

Les vignerons utilisateurs payeront environ 0,70 centimes d’euro le mètre cube d’eau
Les vignerons utilisateurs payeront environ 0,70 centimes d’euro le mètre cube d’eau - crédit photo : IFV
Dans le massif de la Clape, 80 hectares de vignes vont être irrigués par les eaux usées et retraitées de la station d’épuration de Narbonne-Plage. Les installations sont en cours.

Le projet Irri-Alt’Eau change d’échelle. Après une phase test à l’Inrae de Pech Rouge, ce sont dès cet été 80 hectares de vignes qui vont être irrigués par les eaux usées et retraitées de la station d’épuration de Narbonne-Plage.

« Sur les 45 ha de Pech Rouge, tout est déjà prêt, indique Hernan Ojeda, ingénieur de recherche qui suit les expérimentations depuis 2013. Il faut désormais que les adhérents des coopératives de Gruissan et Coursan relient les tuyaux principaux à leurs parcelles et posent les gouttes-à-gouttes ».

Après des premiers essais cet été, les partenaires* seront pleinement opérationnels en 2022.

L’installation de traitement jouxtant la station de Narbonne-Plage ne permettra pas d’alimenter une plus grande surface.

"L’eau de Gruissan trop salée"

« Elle permet de traiter 50 m3/h. Nous avions d’abord envisagé de réutiliser l’eau de la station Gruissan, plus grande, mais son taux de salinité aurait nécessité des traitements supplémentaires » reprend Hernan Ojeda.

Avant d’arriver dans les vignes, l’eau passe dans un filtre mécanique de 50 microns, puis est désinfectée aux UV et chlorée à la Javel. Depuis 2013, les partenaires ont réalisé des tas d’analyses chimiques et bactériologiques s’assurer qu’elle ressortait du procédé avec une qualité minimale de niveau C, requise pour l’irrigation.

« Et nous nous sommes aperçus que nous obtenions souvent une meilleure qualité sanitaire que celle de l’eau agricole, qui n’est pas réglementée » assure Hernan Ojeda, précisant que la technique permet aussi de réaliser de grosses économies en fertilisants.

Innocuité sur les vins

Les techniciens ont en plus vérifié l’innocuité du procédé sur les vins finis, tant sur leur composition physico-chimique des produits que sur leur profil gustatif.

Les vignerons utilisateurs payeront environ 0,70 centimes d’euro le mètre cube d’eau. « C’est un tarif intermédiaire entre l’eau agricole, à laquelle nous n’avons pas accès, et l’eau potable » conclut Hernan Ojeda.

"Une des régions les plus arides"

Ce projet va sécuriser l’apport en eau dans cette partie du massif de la Clape, l’une des régions les plus arides de l’Occitanie, fortement pénalisée par le changement climatique, et notamment pérenniser les expérimentations menées par l’INRA Pech Rouge sur les cépages résistants des variétés Bouquet et de la collection ampélographique de Vassal qui sont ne bénéficient actuellement pas de possibilités d’irrigation.

 

* : Veolia coordonne le projet, qui compte aussi la PME Aquadoc, spécialiste des systèmes d’irrigation, la cave coopérative de Gruissan, l’unité expérimentale de Pech Rouge de l’Inrae et le Laboratoire de biotechnologie de l’environnement de Narbonne, et la communauté d’agglomération du Grand Narbonne. Depuis 2013, les partenaires ont reçu plus de 3 millions d’euros de financements, issus notamment du fonds Feder, de la Région Occitanie, de Bpifrance Languedoc Roussillon Midi Pyrénées, de l’Agence de l’Eau RMC, de l’Agglomération Grand Narbonne.

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