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Irrigation en Languedoc
Le filon des eaux usées traitées

La réutilisation des eaux usées traitées ouvre de nouvelles possibilités pour l'irrigation du vignoble languedocien, dans les secteurs ne disposant pas des ressources en eau nécessaires. Les premiers essais paraissent plutôt concluants.
Par Michèle Trévoux Le 07 juillet 2020
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Le filon des eaux usées traitées
A Roquefort-des-Corbières, une réserve lagunaire de 3 000 m3 permet l’irrigation de 15 ha de vigne avec les eaux usées traitées de la commune. - crédit photo : BRL
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ans le contexte du réchauffement climatique, l’irrigation devient une question de survie pour la vigne dans les secteurs les plus secs en Languedoc. Le massif de La Clape est particulièrement concerné avec une pluviométrie annuelle qui atteint péniblement 300 mm par an.

Une réduction de 50 à 70 % des fertilisants

Initié en 2013, le programme Irri-AltEau teste la possibilité d’utiliser les eaux usées traitées de la station d’épuration de Narbonne-Plage pour l’irrigation du vignoble. Ce projet de recherche collaboratif rassemble plusieurs partenaires : Veolia, qui coordonne le projet, la PME Aquadoc, spécialiste des systèmes d’irrigation, la cave coopérative de Gruissan, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) avec l’unité expérimentale de Pech Rouge et le Laboratoire de biotechnologie de l’environnement de Narbonne, et la communauté d’agglomération du Grand Narbonne. « Les essais que nous avons menés depuis 2013 ont démontré l’innocuité de l’arrosage avec les eaux usées traitées. Le procédé de traitement mis en œuvre permet de produire toute l’année une eau au moins de qualité C, qui est le niveau qualitatif réglementaire requis pour l’irrigation de la vigne. Nous avons également constaté un effet fertirrigation, qui permet de réduire les apports de fertilisants de 50 à 70 % selon les volumes d’eau utilisés», indique Hernan Ojeda, ingénieur de recherche qui a suivi ces travaux sur le site expérimental de l’Inrae à Pech Rouge.

Des bornes intelligentes pour piloter l’irrigation

Forts de ces résultats, ce programme entredans sa phase opérationnelle : Irri-AltEau 2. Les travaux seront lancés cet hiver pour un « démonstrateur » qui permettra d’irriguer 80 ha de vigne : 45 ha sur le vignoble de l’Inra à Pech Rouge (Gruissan) les 35 autres ha appartenant à sept adhérents des coopératives de Coursan et Gruissan. Pour la partie réseau, ce projet représente un investissement de 800 000 €, financés à 80 % par l’Europe, la Région et le Département. L’aire d’irrigation sera équipée de bornes intelligentes, qui permettront aux viticulteurs de piloter l’irrigation de façon maîtrisée depuis leur smartphone, selon des préconisations établies par un algorithme à partir des mesures d’hygrométrie du sol, des besoins en eau de la plante, des prévisions météo…. L’installation devrait être opérationnelle à partir de mai 2021.

15 ha de vigne déjà irrigués à Roquefort-des-Corbières

Non loin de là, Roquefort-des-Corbières fait également partie des territoires les moins arrosés de France. Une installation pilote, mise en service en juillet 2019, permet d’irriguer 15 ha de vigne avec les eaux usées traitées de la commune. Financé à 50% par l’Agence de l’eau, ce projet est conduit en partenariat avec la cave coopérative de Cap Leucate, les viticulteurs de Roquefort-des- Corbières et BRL. Il bénéficie de l’appui de la communauté d’agglomération du Grand Narbonne (en charge de l’eau et de l’assainissement) et l’Institut Français de la Vigne et du Vin(IFV), pour le suivi hydrique des plantes et du sol.  « Cette année, nous allons démarrer l’irrigation le 10 juillet, soit deux semaines plus tard que l’an dernier. En 2019, nous avions obtenus de très bons résultats avec une différence très marquée entre les vignes irriguées, qui n’ont pas souffert de la sécheresse et les autres », confie Lilian Copovi, le président de la cave de Leucate.

Un autre projet avec la station de Leucate-La Franqui

Des résultats qui encouragent la coopérative à poursuivre dans cette voie. Un second projet est à l’étude avec les eaux usées traitées de la station de Leucate-La Franqui. « Cette station représente un potentiel d’irrigation de 100 ha, mais il nous faudrait des bassins de stockage sur environ 2 ha pour disposer des volumes nécessaires au moment où nous avons besoin d’irriguer. C’est un investissement de 2,5 M€. Dans un premier temps, nous allons démarrer en irrigation directe, sans ce bassin de stockage, en nous limitant à l’irrigation de 30 ha de vigne. Nous sommes en cours de chiffrage de ce projet, qui ne sera pas opérationnel avant trois ans », indique Lilian Copovi. La cave a également déposé des demandes d’accès à l’eau à partir de deux forages déjà existants. L’irrigation devient un enjeu majeur pour pérenniser le vignoble dans ces zones à très faible pluviométrie.

 

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