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Objectif 30 % de vins certifiés "Bordeaux Cultivons Demain" en 2030

Maintenant ses ambitions de certification collective, le vignoble bordelais lance sa démarche de Responsabilité Sociétale des Entreprises pour anticiper les changements de consommation.
Par Alexandre Abellan Le 05 mai 2021
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Objectif 30 % de vins certifiés
« Cette démarche RSE permettra à chacun de nous, pour chacun de nos vins et tous ensemble de porter ce que nous faisons pour l’environnement, pour nos consommateurs, pour notre région, pour nos salariés, pour nos voisins… » expose Bernard Farges ce 3 mai. - crédit photo : CIVB
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aisant le constat, parfois violent*, du désamour des prescripteurs pour le vignoble bordelais, l’assemblée général du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB) en retire ce 3 mai l’impérieuse nécessité de développer et déployer sa démarche collective de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Baptisée "Bordeaux Cultivons Demain", cette certification de développement durable ouvre ce printemps 2021, après avoir été développée pendant un an au sein d’un groupe de travail (de 18 entreprises volontaires).

Cette année, les premiers groupes RSE des vins de Bordeaux doivent accueillir 148 viticulteurs, 16 négociants et 1 cave coopérative annonce Marie-Catherine Dufour, la directrice technique du CIVB. Pour 2030, cette nouvelle démarche vise pas moins de 1 500 entreprises labélisées sur le premier niveau, 500 entreprises au niveau 2 et 100 entreprises au niveau 3. Dévoilée l’an passé (avec l’ambition de 60 % des surfaces engagées sur les trois niveaux en 2030), cette démarche collective affiche désormais l’objectif d’apposer son label sur 30 % des volumes commercialisés en appellation Bordeaux sous dix ans (l’identité "Bordeaux Cultivons Demain" étant réservée aux niveaux 2 et 3).

Ce projet peut être perçu comme un gadget

« Ce projet vise à montrer ce que nous sommes, ce que nous devenons et ce vers quoi nous allons » affirme Bernard Farges, le président du CIVB. Ayant annoncé l’an passé ambition bordelaise de devenir « la première filière viticole collectivement engagée dans le développement durable », le viticulteur reconnaît que « la santé de beaucoup de nos entreprises est mauvaise, après beaucoup d’années de difficulté. Et nous le savons, ce projet peut être perçu comme un gadget, comme un sujet non prioritaire. Mais l’objectif n’est pas de porter de nouvelles contraintes, mais d’accompagner, d’encourager et de valoriser les mouvements en cours et constatés dans notre filière, de la plus petite exploitation viticole au grand cru, des coopératives aux petites et grandes maisons de négoce. »

« La RSE, ce que ce n’est pas une idée fumeuse du CIVB [mais] un projet qui se veut accessible à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille » renchérit Marie-Catherine Dufour. La technicienne défend un référentiel métier « ambitieux » sur de nombreux sujets déjà travaillés dans la filière (protection de l’environnement, transparence avec les clients et consommateurs, implication territoriale, formation et protection des salariés…). L’objectif étant d’« anticiper, de ne plus travailler dans la contrainte et l’urgence » pour répondre aux demandes sociétales explique Marie-Catherine Dufour, présentant une « démarche d’amélioration qui doit être progressive ».

De l’évolution technique à la valorisation commerciale

Par essence, « la RSE va évoluer » confirme François-Thomas Bon, le vice-président de la commission technique du CIVB, qui affiche comme principal objectif d’« amener le plus de profils d’entreprises possibles » dans la démarche. Si le développement par les services techniques du référentiel permet à la filière bordelaise de se doter d’un outil collectif de pérennisation de ses pratiques, la question de la valorisation de ces investissements est cruciale. « Comment faire connaître Bordeaux Cultivons Demain ? » pose Françoise Lannoye, la présidente de l’Union des Côtes de Bordeaux.

« Il faut une valorisation sur le produit, à partir du moment où la démarche est suffisamment solide » abonde Marie-Catherine Dufour, qui vise de premières labellisations visibles en 2022. En matière de communication, « tout reste à faire » indique l’ingénieure, qui souligne que le projet est travaillé depuis deux ans par ses services techniques et qu’il va se diffuser dans les autres groupes de travail du CIVB cette année (s’insérant notamment dans les réflexions sur la plateforme de marque).

Communication appuyée sur l’engagement environnemental

Explicitant ses craintes sur l’arrivée d’un nouveau label dans une filière qui en compte sans doute trop, Françoise Lannoye rappelle le manque de visibilité donnée aux efforts portés par le Système de Management Environnemental du vin de Bordeaux (SME). « Effectivement, l’association SME a échoué, on peut dire ça » note François-Thomas Bon, qui indique que malgré « 400 entreprises engagées, il n’y a pas eu de communication appuyée sur leur engagement environnemental ». Mais pour le vigneron, c’est « fort de cette expérience » que le nouveau label va se décliner sur les étiquettes.

 

* : Directrice marketing du CIVB, Julie Rambaud-Texier présente les résultats d’une enquête qualitative réalisée par le groupe Labraud. 18 prescripteurs français et anglosaxons devaient exprimer leurs visions des vins de Bordeaux. L’experte note leur « véhémence dans la volonté de changement », avec de vives critiques sur l’immobilisme de la filière bordelaise. Préférant voir le verre à moitié plein, Julie Rambaud-Texier souligne que ces demandes d’évolution témoignent d’une implication et d’une empathie envers les opérateurs bordelais (« qui aime bien, châtie bien. Cette véhémence est révélatrice d’un terreau favorable. »). D’après le cabinet de conseil, les prescripteurs expriment trois attentes phares : « valoriser et illustrer les diversités de Bordeaux (terroirs, cépages…), incarner et humaniser le propos, singulariser les initiatives autour d’un fil rouge collectif ». Pour la directrice marketing, une communication différenciante sur la RSE répondrait à ces volontés.

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Tous les commentaires (1)
VignerondeRions Le 06 mai 2021 à 17:57:38
Le tout pour 800/900 € du tonneau... Prix d'achat des vins HVE à ce jour et après une gelée historique. On se demande un peu à quoi sert l'interpro, sensé organiser la filière vin de Bordeaux. On peut se fixer des objectifs, mais il faudrait penser aussi à établir le prix qui va en face.
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