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Aucune zone épargnée

En Bourgogne un épisode de gel « jamais vu depuis 30 ans »

Jeudi 22 avril 2021 par Clément L'Hôte

Les chardonnays et aligotés ont plus souffert que les pinots et les gamays.
Les chardonnays et aligotés ont plus souffert que les pinots et les gamays. - crédit photo : DR
La Bourgogne tente une première évaluation de ses dégâts de gel. Les chardonnays sont durement touchés, quand le doute persiste pour les pinots noirs. Une seule certitude : aucune zone n’a été épargnée par cet épisode majeur. Le point par département.

« Beaucoup de nos vignerons sont encore sous le choc, les conséquences psychologiques seront énormes. » Deux semaines après les premières nuits de gel en Bourgogne, Marion Saüquère s’exprime avec gravité.

La directrice de la confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB) accumule les témoignages, avec désormais une certitude : « toute la région est touchée. On a vraiment un phénomène d’ampleur, bien plus grave qu’en 2016. »

"La neige comme facteur aggravant"

Face aux gelées advectives (apportées par une masse d’air froid) des deux premières nuits, « les moyens de lutte, quand il y en avait, n’ont pas suffi ». Impossible de chiffrer avec précisions les dégâts à l’heure actuelle, mais ceux-ci sont « considérables ».

Côté cépages, « les dégâts sont à mettre en lien avec le stade végétatif ». Les chardonnays et aligotés, plus avancés, auraient bien plus souffert que les pinots et les gamays, pour la plupart au stage bourgeon dans le coton lors de ces nuits de gel : « pour les rouges, on espère que les bourgeons pourront repartir ».

Dans chacun des trois départements viticoles, les chambres d’agriculture mentionnent la neige tombée sur certains secteurs dans la soirée du 6 avril comme potentiel facteur aggravant, de par l’humidité produite.

Le vignoble de Chablis le plus touché

L’Yonne est peut-être le département le plus durement touché. « On a pas vu ça depuis au moins 30 ans », se désole Guillaume Morvan, de la Chambre d’agriculture. Sur chardonnay, «on a 50 % à 100 % de dégâts sur tout ce qui était au stade pointe verte ou plus». Dramatique pour un vignoble comme Chablis, vivant exclusivement de ce cépage.

Les dégâts seraient moindres sur pinot noir. Avec, dans les deux cas, des atteintes bien plus importantes sur les plateaux, plus exposés aux températures basses, qu’en coteaux. Le mercure est descendu à -7° par endroits.

"2/3 vignes observées ont plus de 50% des bourgeons gelés"

En Côte-d’Or, les dégâts sont également exceptionnels. Sur les Côtes de Beaune et de Nuits, « deux tiers des vignes observées ont plus de 50% des bourgeons gelés », rapporte la Chambre d’agriculture. Là aussi, c’est la précocité qui a joué. Ainsi, les parcelles bien exposées, plus avancées, ont subi davantage de dégâts. Idem pour les zones majoritairement plantées en chardonnay, comme la Côte de Beaune et les Hautes Côtes de Beaune, ou « un grand nombre de parcelles a totalement gelé ».

En Saône-et-Loire, « certains vignerons évoquent une intensité jamais vue depuis 1991 », relate Benjamin Alban, de la chambre d’agriculture. Côte chalonnaise, Mâconnais et Beaujolais nord sont concernés, avec dégâts qui vont « jusqu’à 100 % », sur certaines parcelles témoins.

Les masses d’air polaires des nuits du 5/6 et du 6/7 avril ont plutôt atteint les parcelles bénéficiant de belles expositions en coteaux, quand la chute des vents observée le 7/8 avril aurait occasionné des dégâts en fond de vallon. D’après les premières estimations, les secteurs les plus sinistrés seraient la zone Rully-Mercurey ainsi que le Mâconnais nord, de Verzé à Cruzille.

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