LE FIL

Bordeaux

La Chambre d’Agriculture ouvre un service d’accompagnement aux vignerons endettés

Vendredi 29 janvier 2021 par Alexandre Abellan

« Nous sommes des professionnels mais nous ne pouvons pas être compétents sur tout » déclare Magali Vérité pour lever les blocages intimes qui pèsent sur la demande de conseils extérieurs.
« Nous sommes des professionnels mais nous ne pouvons pas être compétents sur tout » déclare Magali Vérité pour lever les blocages intimes qui pèsent sur la demande de conseils extérieurs. - crédit photo : CA33
Le manque de trésorerie se généralisant dans le vignoble girondin, un dispositif anonyme d’écoute et de conseil est mis en place pour anticiper les impasses financières.

Les difficultés commerciales s’abattant comme les plaies d’Égypte sur le vignoble bordelais (impacts covid sur les réseaux de la restauration et les salons de vignerons, surtaxes américaines, marché chinois en repli, nouveaux modes de consommation…), les difficultés financières s’accumulent dans les entreprises viticoles, entre retards des paiements et épuisement des Prêts Garantis par l’État (PGE). Les vignerons ne s’épanchant généralement pas sur leurs difficultés de trésorerie, la Chambre d’Agriculture de la Gironde (CA33) ouvre un service d’écoute et de conseil : « Agir Vite ».

Face à « un quotidien marqué par un stress important, avec des relances de paiement, des plafonds de découvert dépassés, des recherches de fournisseurs acceptant des délais… », la CA33 propose des « rendez-vous gratuits et confidentiels aux exploitants » avec pour objectif l’« analyse de la viabilité de l’exploitation pour savoir si oui ou non, elle a les moyens de s’adapter au nouveau contexte et aux nouveaux marchés ».

"Prenons les devants"

L’enjeu étant de prévenir les cessations de paiement, « face à l’adversité et à l’incertitude, prenons les devants et n’attendons pas que les évènements nous obligent à faire des choix plus douloureux » alerte dans un communiqué la viticultrice Magali Vérité, vice-présidente de la CA33.

Sans pouvoir faire des miracles, des outils juridiques existent pour maintenir l’activité des entreprises et juguler leur endettement. « Avant la cessation de paiement, un règlement à l’amiable agricole (ou mandat adhoc) permet de renégocier la dette confidentiellement devant le Tribunal Judiciaire » expliquait récemment l’avocat bordelais Alexandre Bienvenu à Vitisphere. Si un créancier s’oppose à cette renégociation, une procédure collective de sauvegarde peut s’ouvrir. « Il y a plus de marges de manœuvre quand on vient avant une cessation de paiement, afin de mettre en place un plan de sauvegarde » pointe le docteur en droit (cliquer ici pour en savoir plus sur les outils de restructuration de la dette).

 

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Techer Dominique Le 30 janvier 2021 à 20:13:47
Agir vite : il aurait peut-être fallu d’abord agir à temps. Depuis mars 2018 au minimum, la commercialisation des vins de Bordeaux est en baisse, encore plus vite qu’ailleurs. Ce sont les propres chiffres qu’a présenté la CA33 en session publique. Trois ans pour réagir…. Drôle de conception de la vitesse. De toute façon, il ne faut pas se voiler la face. Les vannes grandes ouvertes d’un crédit bon marché depuis quelques années a permis de maintenir en vie des structures moribondes et sans marché, y compris de grosses structures… Et cette situation n’a pas attendu la covid ou les taxes américaines. Mais après la vendange 2020 et la sortie des bilans, tout le monde est bien obligé de prendre des décisions de gestion. Les vignerons qui perdent de l’argent en produisant, sont déjà en train « d’agir vite ». Ils ont déjà abandonné tout ou partie des terres en fermage pour ne conserver que celles en pleine propriété. Ces fermages constituaient un complément de revenu pour de nombreux exploitants à la retraite à 700 euros par mois. Ce revenu complémentaire va disparaître alors que la charge d’entretien des terres délaissées va échoir à des septuagénaires plus très équipés et plus en pleine forme…. Mécaniquement, cette déprise viticole, si elle n’est pas accompagnée, va donc générer des problèmes sanitaires majeurs : flavescence, mildiou, etc. L’administration ne sera plus en mesure de traiter le problème par les procédures classiques relatives aux parcelles abandonnées. Elle va avoir une indigestion, vu la taille de ce qui arrive. L’arrachage n’est donc pas une option très contestable. Quand on produit 5 millions d’hl et qu’on en vend 4 millions TTC, ça veut dire que, au moins 20 % des surfaces n’ont plus de marché. Soit au bas mot entre 20 et 30 000 ha. De son côté, le Crédit Agricole fait aussi ses comptes. Il ne pourra pas continuer à maintenir, quoi qu’il lui en coûte, des exploitations en survie artificielle. Il sait déjà qu’il va devoir faire des provisions pour pertes, monumentales. Il va devoir comptablement prendre en compte la dévaluation du foncier. Au delà de ces évidences, traiter ces problèmes implique une vue prospective. Première option : on pense que « ça va redémarrer comme avant » dès que les vaccins seront là et que c’est juste une « crise conjoncturelle » comme le disait Georges Haushalter de France Agrimer. Dans cette hypothèse, il faut un traitement conjoncturel pour maintenir le potentiel de production en l’état pour être « les premiers au rebond ». Même dans cette hypothèse, les diverses mises sous sauvegarde qui se mettront en place conduiront à des abandons de créances par tous les fournisseurs, avec le risque d ‘une propagation en chaîne des difficultés. Une sorte d’effet dominos. Seconde option : on fait le constat que c’est la fin de la mondialisation heureuse, que les tensions géopolitiques, commerciales et sanitaires font durablement partie du paysage, que le monde du vin subira durablement et comme les autres secteurs, la récession mondiale et la liquidation des classes moyennes. Et alors tous les présupposés implicites de la pensée de cette profession vont devoir bouger, sous peine de se faire bouger. Comme le disait l’édito un peu désabusé de la lettre de Vitisphere, les institutions de la «filière » ont du mal à regarder les problèmes en face. Et pourtant, on arrive maintenant dans le dur. Techer Dominique élu à la Chambre d'agriculture de Gironde
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