LE FIL

James Suckling

"Je pense que les dégustations de vin en ligne peuvent remplacer celles en présentiel"

Lundi 16 novembre 2020 par Alexandre Abellan

A 61 ans, James Suckling aurait dégusté et noté 225 000 vins depuis le début de sa carrière.
A 61 ans, James Suckling aurait dégusté et noté 225 000 vins depuis le début de sa carrière. - crédit photo : Hong Kong Tourism Board
Digitalisant ses masterclasses pour le Hong Kong Wine & Dine Festival (voir encadré), le critique américain fait le point dans cet entretien sur les avantages de tels échanges en ligne.

Professionnellement et personnellement, comment gérez-vous cette année mise sous pression par le covid-19 ?

James Suckling : Comme pour tout le monde avec la pandémie, c’est une année difficile. Mais j’ai eu la chance d’être à Hong Kong. Avec mes contributeurs, j’ai réussi à déguster à noter à peu près 15 000 vins jusqu’ici en 2020. La plupart des dégustations ont eu lieu dans notre bureau en ville. Les expéditions et la logistique sont facilitées par l’absence de taxe et de droits de douanes de Hong Kong. Cela éclaire la position de Hong Kong comme plaque tournante des vins fins en Asie. C’est la raison pour laquelle je vis et travaille à Hong Kong.

 

Aviez-vous déjà organisé des dégustations en visioconférences avant la pandémie de coronavirus ?

Je n’avais jamais fait de dégustations en visioconférence. En fait, ma première est celle pour le festival en ligne du Hong Kong Wine & Dine Festival. Cependant, j’ai déjà réalisé de nombreuses dégustations avec des producteurs de vin sur Zoom, ce qui est super. Ces dégustations sur Zoom sont en général rapides, concentrées et efficaces.

 

Quels sont les points clés pour réussir son organisation d’une dégustation de vin en visioconférence ?

La clé de la réussite est de planifier en avance et de s’assurer que tout est prévu comme pour une dégustation en présentiel. Il est très utile d’avoir recours à un guide écrit pour expliquer la dégustation et son fonctionnement, ainsi que sa chronologie. J’ai l’impression que la plupart des personnes qui organisent ces vidéos ne les prépare pas à l’avance. Elles ne sont pas orchestrées correctement.

 

Gérez-vous différemment une audience, selon qu’elle soit composée de professionnels ou d’amateurs de vin ?

Je pense que les consommateurs sont présents en ligne pour apprendre, mais aussi se détendre. Donc il ne faut pas en faire quelque chose de trop sérieux, mais de personnel. Faites comme s’ils étaient présents physiquement dans la salle de dégustation avec vous. Je pense qu’un synopsis et des questions/réponses sont plus importants pour des sessions professionnelles. Donc oui, ce sont des dégustations différentes.

 

Une fois que la pandémie sera passée, est-ce que les dégustations en ligne resteront une habitude (par exemple pour leur impact environnemental plus faible) ou est-ce que celles physiques les remplaceront (pour renouer socialement) ?

Je pense définitivement que les dégustations en ligne peuvent remplacer celles physiques grâce à l’efficacité et à la concentration de l’expérience. Et quand tout le monde pourra voyager à nouveau, nous aurons une combinaison des deux. Je ne pense pas que les dégustations en présentiel disparaîtront complétement, parce que nous sommes des êtres humains qui apprécient de sociabiliser avec un bon verre de vin !

 

 

James Suckling dans la pratique de la masterclass online

Ce 13 novembre (à 17 heures pour Hong Kong et 10h pour la France*), James Suckling présente à la presse internationale sa masterclass sur la nouvelle vague des vins de Bordeaux (New Waves Bordeaux, qui se tiendra pour le public le 21 novembre). Avec trois vins à la suite, l’animateur présente succinctement chaque cuvée avant de décrire leurs dégustations, de montrer des photos du vignoble et de solliciter les avis des participants, jusqu’à une séance finale de questions/réponses.

Soulignant l’importance des vins bordelais sur le marché hongkongais, le critique américain veut faire découvrir des cuvées innovantes, en dehors des poncifs. « Les marques bien connues et les vins chers ne représentent qu’un infime pourcentage de Bordeaux, il y a de bons rapports qualité-prix et de nouvelles choses » indique James Suckling, présentant « un vin sec d’une zone de vins liquoreux » (le "blanc sec de Suduiraut" 2019, un Bordeaux blanc d’Axa Millésime), « un rosé de Bordeaux d’un rouge bien connu » ("le rosé de Giscours" 2019, un Bordeaux rosé du château Giscours) et « le vin rouge d’un compatriote de Hong Kong » (cuvée "Les Argileuses" 2019 du château le Rey à Castillon, vignobles de Peter Kwok).

En tout, le Hong Kong Wine & Dine Festival propose 34 dégustations payantes en ligne, avec des rediffusions et des kits de dégustation pour les participants.

 

 

* : « J’aime boire de jeunes vins le matin (à 9 heures), c’est meilleur qu’un expresso » lance James Suckling en se rappelant ses dégustations en primeurs de l’an passé.

 

 

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