LE FIL

Marché américain

Que Trump ou Biden soit élu, les vins français restent inquiets… et pénalisés

Mardi 03 novembre 2020 par Alexandre Abellan

Sur le premier semestre 2020, les exportations françaises ont chuté de 25 % en valeur (pour -1,6 milliard d’euros). Avec un impact majeur du marché américain, représentant un tiers de la baisse pour toutes les régions et catégories de produits du fait de la taxe de 25 %.
Sur le premier semestre 2020, les exportations françaises ont chuté de 25 % en valeur (pour -1,6 milliard d’euros). Avec un impact majeur du marché américain, représentant un tiers de la baisse pour toutes les régions et catégories de produits du fait de la taxe de 25 %. - crédit photo : Donald J. Trump (site officiel)
Après leur premier échange avec le ministre de l’Agriculture, l'ensemble des représentants du vignoble et du négoce ne voient pas arriver de soutien du gouvernement pour alléger le déficit de compétitivité dû aux +25 % de surtaxes.

« A ce stade, nous ne sommes pas rassurés sur un dispositif d’aide spécifique à la baisse de chiffre d’affaires des entreprises exportatrices » résume Jérôme Despey, le président du Conseil Spécialisé Vin de FranceAgriMer, après la rencontre ce 2 novembre de la filière avec le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. Surtaxés de 25 % de droits de douanes depuis le 19 octobre 2019, en mesure de rétorsions américains aux subventions européennes de l’avionneur Airbus, les vins français ne cessent de perdre des parts de marché alerte la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS). Qui estime désormais à 400 millions d’euros la perte de chiffre d’affaires liée à la taxe Trump.

« Depuis un an, nous subissons des pertes colossales » souligne Jean-Marie Fabre, le président Vignerons Indépendants, qui est d’autant plus dépité que « le marché américain est le seul à ne pas avoir subi d’effet du covid : sa consommation est restée identique, contrairement à l’Asie et à l’Europe où la distribution de vin est quasiment à l’arrêt ».

"C’est mathématique"

En 2019, les vins de France représentaient 32 % de parts de marché aux Etats-Unis, aujourd’hui ils sont tombés à 19 % rapporte le vigneron de Fitou, alors que pour les vins italiens, ils sont passés de 33 à 41 %. « Depuis un an, nous sentons que les parts de marché français sont directement récupérés par d’autres pays qui ne subissent pas ces taxes. C’est mathématique » déplore Jean-Marie Fabre.

Alors que le gouvernement français semble miser sur une négociation européenne afin d'apaiser les tensions, et annuler la surtaxation de 25 %, en s'appuyant sur le jugement réciproque de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur les subventions américaines à Airbus, l’incertitude des élections américaines pèse (avec un vote ce 3 novembre). « Selon le président élu, nous savons que Donald Trump ne voit pas les Etats-Unis dans un cycle de négociations internationales, alors que Joe Biden y est plus favorable » rapporte Jérôme Despey. Le viticulteur languedocien reste cependant circonspect sur l’impact de cette élection, ajoutant que « nous savons que dans tous les cas, ce sera encore difficile pour une année. La filière vin demande une réponse au préjudice que nous subissons et qui ne nous appartient pas »

Fonds de compensation

L’obtention d’un fonds de compensation aux taxes Trump pour la filière vin continue d’être une source d’impatience, suite aux annonces de soutien du président de la République, lors du dernier salon de l’Agriculture, et aux non-réponses du gouvernement.

« Il est déplorable d’être sanctionné pour un crime que l’on n’a pas commis. Depuis un an que ça perdure, il est décevant de ne pas avoir de résultats malgré des alertes » soupire Jean-Marie Barillère, le président du Comité National des Interprofessions des Vins à appellation d'origine et à indication géographique (CNIV). « Il faut immédiatement mettre fin à cette distorsion et prévoir des moyens financiers pour démultiplier la communication et la promotion quand nous n’aurons plus ces boulets aux pieds » renchérit Jean-Marie Fabre.

"Nous ne pouvons pas laisser dire que le secteur viticole a été plus aidé que d’autres"

Et gare au gouvernement s’il rétorque à la filière vin qu’elle est déjà été aidée pour la crise sanitaire du coronavirus. « La viticulture est le seul secteur agricole à avoir utilisé 50 % de son budget PAC (Politique Agricole Commune) pour la gestion de crise » martèle Jérôme Despey, soulignant que « sur les 250 millions € d’aides à la distillation de crise et à l’aide au stockage, 132 millions € proviennent de l’OCM vin (Organisation Commune du Marché vitivinicole). Aucun autre secteur agricole n’a pris 50 % de ses aides à l’hectare pour gestion de crise, aucun ne l’accepterait ! Nous ne pouvons pas laisser dire que le secteur viticole a été plus aidé que d’autres. »

Ne se fermant aucune piste alors que le covid-19 continue de peser sur les commercialisations, la filière vin évoque des aides pouvant passer par le Prêt Garanti par l’Etat (PGE), la remise à plat de taxes pesant sur la viticulture, la reconversion qualitative différée du vignoble (dispositif donnant prime à l’arrachage plus conséquente et une perte de récolte plus longue pour permettre une replantation plus tardive)… « Rien ne doit être écarté dans une situation aussi difficile et incertaine » souligne Jérôme Despey, concluant que « le vignoble est l’un des secteurs agricoles les plus impactés » par la crise sanitaire.

 

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