LE FIL

Réduction des phytos

"Début d’un processus de modification important" de l'encépagement charentais

Mardi 29 septembre 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 02/10/2020 11:33:48

'La Station Viticole a une certaine avance' en matière de R&D sur les cépages résistants note Luc Lurton.
'La Station Viticole a une certaine avance' en matière de R&D sur les cépages résistants note Luc Lurton. - crédit photo : ©BNIC/Fabrice Schäck
Prenant sa retraite, Luc Lurton quitte la direction technique de la Station Viticole de l’interprofession du Cognac. L’occasion d’un point sur les possibilités d’évolution qui vont s’ouvrir aux producteurs avec les nouvelles variétés de vignes résistantes au mildiou et à l'oïdium..

« La région de Cognac a toujours eu vision prospective sur limitation utilisation phytosanitaire » reconnaît Luc Lurton, le directeur technique de la Station Viticole depuis quasiment quinze ans. Quittant ses fonctions ce premier octobre, l’ingénieur agronome et œnologue connaît bien les activités de l’institut technique du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC), y ayant été le responsable de l’activité de R&D et de conseil de 1989 à 1994 (et son départ pour fonder l’Institut de recherche des vins AOC de la Vallée du Rhône, l’Institut Rhodanien). S’il tient à préciser que la Station Viticole ne travaille pas que sur le développement durable et la réduction des intrants phytos*, il reconnaît qu’il s’agit de son activité la plus médiatique. Et du volet suscitant le plus d’impatience dans le vignoble.

En la matière, la Station Viticole compte parmi les précurseurs des recherches françaises sur les cépages résistants. Son programme d’obtention a commencé au début des années 2000, un peu avant le retour de Luc Lurton, en 2006. Les croisements se sont poursuivis jusqu’en 2015, afin de sélectionner les meilleurs candidats issus des croisements entre ugni blanc et variétés résistantes à l’oïdium et au mildiou. Les objectifs de cette sélection étant à la fois de moins traiter (grâce à la résistance aux maladies cryptogamiques) et de conserver les caractéristiques technologiques apte à la production du Cognac (vinification et distillation et élevage), tout en s’adaptant au changement climatique (avec un cycle végétatif plus tardif).

"Variétés résistantes aux maladies et au changement climatique"

« Nous sommes au début d’un processus qui devrait entraîner des modifications importantes avec l’arrivée de nouvelles variétés résistantes aux maladies et au changement climatique » résume Luc Lurton. « Il n’est pas facile de remplacer l’ugni blanc, cépage extraordinaire qui répond parfaitement aux besoins de production du Cognac » reconnaît l’ingénieur agronome.

En avance par rapport à d’autres vignobles, Cognac déploie déjà six parcelles d’un hectare de cépages résistants, qui sont aptes à la production. Mais « ce n’est qu’une étape. Nous ne sommes pas au bout du chemin. Il faut leur inscription au catalogue des variétés françaises et, si l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG) le souhaite, leur intégration dans le cahier des charges AOC. Ça prend du temps » esquisse Luc Lurton, qui laisse ce travail à son successeur, Vincent Lang. D’après les premiers calendriers prévisionnels, la Station Viticole de Cognac espère inscrire de premiers cépages résistants au catalogue des variétés de vigne en 2022 ou 2023. Si l’intérêt des eaux-de-vie est validé par les essais pilotes, cette inscription au catalogue pourrait déboucher sur une inscription au cahier des charges de l’appellation Cognac en 2028-2029. Voire avant, en tant que cépages à fin d’adaptation.

 

* : La Station Viticole réalise un suivi de maturité (permettant d’estimer les rendements), le potentiel de production (dépérissement, dont maladies du bois), amélioration qualitative (à toutes étapes), recherche internationale et soutien pôle juridique.

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