LE FIL

C’est envoyé

Pour ne plus être inaudible, la filière vin bombarde de lettres l’exécutif

Jeudi 16 juillet 2020 par Alexandre Abellan

« Ce plan ne prend pas en compte le poids majeur de ces appellations dans l’économie nationale et le nombre d’emplois directs et indirects qu’elles représentent » s’indignent les vignobles alsaciens, bourguignons, champenois et ligériens.
« Ce plan ne prend pas en compte le poids majeur de ces appellations dans l’économie nationale et le nombre d’emplois directs et indirects qu’elles représentent » s’indignent les vignobles alsaciens, bourguignons, champenois et ligériens. - crédit photo : Elysée
Les vignobles d’Alsace, de Bourgogne, de Champagne et du Val de Loire se liguent contre le plan d’aide au vignoble actuellement proposé par l’exécutif et demandent des exonérations de charge conséquentes. La CNAOC appelle également le président de la République à revoir la copie de l’exécutif.

Courrier du chœur viticole. L’Elysée, Matignon, Bercy et la rue de Varenne sont la cible des déceptions viticoles, qui s’expriment ce 15 juillet par l’envoi coup sur coup de deux lettres tirant le même constat : la filière vin n’est pas aidée à la hauteur de son poids économique. « Au regard des 465 milliards d’euros injectés par les pouvoirs publics en soutien à l’économie (dont 15 milliards € pour l’aéronautique et 8 milliards € pour l’automobile), les 250 millions € du plan gouvernemental en soutien à la viticulture paraissent dérisoires » regrettent dans une lettre commune au gouvernement les présidents des syndicats viticoles d’Alsace (Jérôme Bauer), de Bourgogne (Théibault Huber), du Centre-Loire (Olivier Luneau) et de Champagne (Maxime Toubart).

Rappelant peser pour un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros, ces quatre vignobles septentrionaux appuient leur ressentiment sur l’opposition du gouvernement, ce 9 juillet à l’Assemblée Nationale, à tout élargissement des exonérations de charges (en l’état, l’exonération de 100 % des cotisations de mars à juin nécessite une perte de 80 % du chiffre d’affaires), alors que l'exécutif annonce envisager une possible rallonge de 45 millions d’euros à la distillation de crise (actuellement dotée de 150 millions €, ce qui permettrait de distiller moins de 60 % des 3,3 millions d’hectolitres enregistrés).

"Mauvais signal"

« La position qu’a défendue le gouvernement la semaine dernière lors d’un premier vote à l’Assemblée Nationale face à la colère et l’incompréhension des élus de nos territoires est un très mauvais signal ! » s’emportent les quatre présidents, notant que « nous avons fait le choix contrairement à d’autres de rester fiers de nos produits et de privilégier des mesures d’allégement des charges pour aider les exploitations à passer ce cap difficile ». Visant clairement les vignobles faisant appel à la distillation de crise, Bordeaux et Languedoc, ces vignobles septentrionaux espèrent que le « gouvernement proposera un plan d’allégement des cotisations sociales plus ambitieux et volontaire ». Ces élus se heurtant pour l’instant « à l’indifférence dont [ils] ont le sentiment d’être l’objet de la part du gouvernement et des pouvoirs publics ».

Lettre à Emmanuel Macron

Un constat partagé par Bernard Farges, le président de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin AOC (CNAOC), adressant ce même jour une lettre, adressant un message plus unitaire, mais non moins revendicatif, au président de la République. « La viticulture boit la tasse. La soutenir c’est investir sur des femmes et des hommes qui participent activement à la relance économique » pose le viticulteur bordelais. Reprenant une partie des revendications portées depuis des mois par la filière vin, Bernard Farges demande un élargissement des exonérations de cotisations sociales patronales (avec un allégement de 50 % en dessous de 60 % de perte de chiffre d’affaires, et de 100 % au-dessus), ainsi qu’une « adaptation des cotisations sociales de l’exploitant (calcul ajusté sur le résultat de l’année en cours et non sur les années précédentes) » et un « allègement de la fiscalité des stocks (pour alléger le poids des invendus dans les bilans) ».

Evoquant des pertes de chiffre d’affaires de 1,5 milliard € sur les 11 semaines de confinement, le président de la CNAOC souligne que sans les vignerons AOC, « c’est l’ensemble de notre économie dans les territoires ainsi que l’image globale des vins français dans le monde qui seraient profondément déstabilisées ».

"Filière viticole unanime"

Concomitantes, ces deux lettres de revendications témoignent de l’exaspération d’une filière vin fatiguée de devoir se justifier pour demander un traitement équivalent à celui des autres grands secteurs nationaux en ces temps de crise du coronavirus. Comme l’indiquait à Vitisphere Eric Pastorino, le président du syndicat des Côtes de Provence, : « aujourd’hui, on doit se poser une question : pourquoi la filière viticole n’est-elle plus entendue par le gouvernement alors qu’elle est unanime et représente un tel poids social et économique ? » Un état de déconsidération récemment analysé par Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France (cliquer ici pour le lire).

 


 

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