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Cinq astuces pour bien estimer le rendement

Lundi 22 juin 2020 par Marion Bazireau

Lorsque les ceps sont chargés, il faut majorer le nombre de grappes que l'on compte.
Lorsque les ceps sont chargés, il faut majorer le nombre de grappes que l'on compte. - crédit photo : CA 41
Sur le papier, calculer un rendement n’a rien de compliqué. En pratique, il est facile de se tromper dans le comptage des grappes ou dans l'estimation de leur poids. Voici les astuces de Michel Badier, conseiller à la Chambre d’Agriculture.

La Touraine connaîtra bientôt son rendement 2020. « Nul ne doute qu’il sera revu à la baisse. Et comme nous sommes passé au travers de tous les aléas climatiques et qu’il pleut régulièrement depuis la floraison, nous allons certainement avoir une vendange généreuse » prédit Michel Badier, chargé de mission à la Chambre d’agriculture du Loir-et-Cher.

Il est donc temps pour les vignerons d’estimer leur rendement et de prévoir de vendanger en vert. Michel Badier leur a rappelé comment bien faire à l’occasion d’un webinaire.

Il a commencé par leur remettre en tête la formule mathématique à appliquer. « Vous la connaissez tous, c’est le nombre de grappes multiplié par leur poids moyen, multiplié par le nombre de ceps, le tout divisé par le rendement en jus, 130 pour les blancs, 140 pour les rouges. » Michel Badier a ensuite listé les mesures à prendre pour ne pas se tromper. « Car au bout du compte, plusieurs petites erreurs peuvent faire passer le résultat de 110hl/ha à 80hl/ha » a-t-il prévenu.

1) Majorer le comptage

Il faut compter les grappes sur cinq ceps successifs à cinq endroits différents de la parcelle. A priori, cela ne présente pas de difficultés. « Mais plus le nombre de grappes par cep est élevé, plus on court le risque d’en oublier » a averti Michel Badier.

Le viticulteur a donc deux options, vendanger totalement les pieds, ou appliquer une majoration. « Au-delà de 15 grappes, il faut ajouter 20% à son calcul » a-t-il conseillé. « Entre 10 et 15 grappes, on va moins en oublier. Une majoration de 10% suffit. » En dessous de 10 grappes, il n’est plus nécessaire de majorer.

2) Ne pas oublier les grapillons

A l'exception des grappes de deuxième génération, qui rentreront en fleurs dans les prochains jours, il faut tout compter, même les grapillons. « Même s’ils ne font que 30 ou 50 grammes, ils peuvent représenter un rendement supplémentaire de 10 à 15hl par hectare. »

3) Tenir compte de la contrainte hydrique

Selon le conseiller, l’estimation du poids des baies constitue la principale source d’erreur. « Pour un même cépage et sur une même parcelle, il peut aller du simple au double en fonction de la contrainte hydrique que subit la vigne. » Une grappe de gamay pèse en moyenne 130 grammes. En cas d’épisodes répétés de canicule, comme en 2019, elle peut perdre jusqu’à 50 grammes. « Ce n’est pas le cas cette année. L’hiver a été humide et nous avons de la pluie depuis 10 jours. Les réserves sont pleines et il faut se baser sur une fourchette haute, autour de 140 grammes. »

4) Estimer le taux de coulure et de millerandage

Pour fixer le nombre de ceps à l’hectare, le vigneron doit bien sûr prendre en compte l’écartement des vignes et déduire 6 à 10% pour les tournières. « Cela donne environ 5800 ceps pour un écartement d’1 mètre sur 1,5 mètre, et 4200 ceps pour un écartement d’1 mètre sur 2,1 mètres » rappelle Michel Badier. « Il faut aussi retirer les souches non productives, qu’il s’agisse des complants ou des souches atteintes par l’esca, prendre en compte la coulure, même si nous en voyons peu cette année puisque la floraison s’est bien déroulée, et le millerandage. »

5) Bien prédire le rendement en jus

Il faut entre 130 et 140 kgs de raisins pour produire 1 hl de jus. « Cette année, au regard des réserves en eau, nous serons surement plus proches des 130 kgs en rouge, voire en dessous en blanc » suppose Michel Badier. Tout va dépendre de la météo de l’été.

Ne pas se rater lors des vendanges en vert

Une fois leur rendement bien estimé, les viticulteurs ne doivent pas ruiner leurs efforts lors des vendanges en vert. Les grappes qui ne sont pas retirées gagnent en volume et en poids. Cette compensation dépend du moment d’intervention. « Plus les vendanges en vert sont mises en œuvre tôt dans la saison, plus le phénomène est important, a insisté Michel Badier. Si vous intervenez à la nouaison, le poids des grappes restantes va grimper de 50%. Au début de la véraison, la compensation passe à 20%. A la fin de la véraison, elle n’est plus que de 10%. »

Le conseiller a finalement donné un exemple très concret. « Si en début de véraison, probablement autour du 10 juillet cette année, vous voulez faire passer le nombre moyen de grappes par cep de 22 à 12, vous devez majorer votre éclaircissement de 20% et enlever 12 grappes (10+2). Si vous le faisiez maintenant, il vous faudrait retirer 15 grappes (10+5). Même si sur le moment vous avez l’impression de massacrer votre parcelle, à la récolte, vous vous rendrez compte que vous avez bien fait. »

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