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Bourgogne

Une baisse globale des ventes de 30% suite au Coronavirus

Mardi 19 mai 2020 par Juliette Cassagnes

Les appellations génériques s'en sortent mieux que les 'grandes appellations' dans la crise sanitaire du Covid 19
Les appellations génériques s'en sortent mieux que les 'grandes appellations' dans la crise sanitaire du Covid 19 - crédit photo : J Cassagnes
L'arrêt complet du secteur « traditionnel » en France et à l'étranger impacte fortement les ventes des vins de Bourgogne, même si la distribution fonctionne plutôt bien.

Selon l'Union des maisons de vin de Grande Bourgogne ( UMVGB), la commercialisation des vins de Bourgogne par les maisons de négoce bourguignonnes diminue globalement de 32% en valeur et de -24% en volume sur le mois d'avril, par rapport à la même période l'an dernier. En mars, ces taux étaient de -10%. Des chiffres qui masquent évidemment de situations très contrastées selon les entreprises, les appellations et les circuits de distribution n'étant pas touchés de la même façon.

"Les crémants pas à la fête"

« Il y a tout d'abord une vraie différence entre les vins tranquilles et les bulles », indique Pierre Gernelle, son directeur. Les ventes de crémants ont en effet été plus fortement impactées que les autres, « les gens n'ayant pas la tête à faire la fête », poursuit-il. « Nos bulles ont le plus souffert, confirme Jean-François Curie, directeur général du groupe Boisset, qui déplore une baisse de l'ordre -30%/-40% de ses ventes de crémants.

Autre constat : au sein-même des vins tranquilles, les appellations dites « génériques » - Bourgogne aligoté, Bourgogne pinot noir, Chablis ou encore Mâcon blanc -s'en sortent beaucoup mieux que les « grandes » appellations, villages et crus. « Ce sont actuellement nos offres entrées-de-gamme qui permettent de générer un minimum d'activité pour les entreprises », indique Pierre Gernelle. Le même phénomène a d'ailleurs été constaté sur les appellations Côtes-du-Rhône, ou encore Beaujolais : les produits de consommation immédiate ont la côte.

Un second semestre déterminant

Un phénomène à mettre sur le compte du circuit de distribution : les régionales sont majoritairement écoulées via la grande distribution tandis que les «haut-de-gamme » le sont surtout via le CHR, secteur à l'arrêt total depuis deux mois. Le syndicat s'attend donc à une baisse des ventes globales plus forte en valeur qu'en volume.

« Le secteur de la restauration est celui qui a été touché en premier, détaille Jean-François Curie. Mais le retail est relativement solide ; les achats y sont supérieurs à d'habitude, probablement liés à une hausse de la consommation de vins à domicile », poursuit celui-ci. Ce débouché ne permettra cependant pas de compenser la chute des ventes à la restauration, qui représente habituellement le quart des ventes du groupe. Une baisse globale de l'ordre de -15%/-20% est attendue par l'entreprise. Pour la maison Aujoux, basée en Beaujolais, même scenario : « Les ventes en volumes vers le secteur traditionnel ont chuté de -80% à -90%, tandis que la GD de seulement -5% », indique Bruno Mallet, son dirigeant. Dans ce vignoble, l'UMVGB enregistre une baisse moins conséquente des ventes par comparaison à la Bourgogne, pour le mois d'avril : -17% en valeur et -20% en volume.

Les ventes via le secteur du retail semblent dynamiques aussi bien en France, en grande distribution, qu'à l'export : dans les monopoles du Canada ou de Suède, ou encore dans les supermarchés au Royaume-Uni. « L’Asie repart, même si nous n’avons pas encore retrouvé notre rythme de croisière », indique aussi Louis-Fabrice Latour, président du BIVB.

Malgré tout, la Bourgogne s'attend à une forte baisse des exportations. Sa consommation reste en effet très tournée vers la restauration, qui représente environ 50 % de ses ventes dans le monde. Pour les « grandes appellations » plus particulièrement, Pierre Gernelle prévoit une « crise longue », les touristes étrangers avec fort pouvoir d'achat n'étant pas prêts de revenir. « Il y a une réelle inquiétude liée aux marchés on-trade en France et dans le monde, ainsi qu'à l'annulation des grands événements sportifs, au UK notamment. Il y aura un impact sur les grandes appellations, les vins de garde », confirme le dirigeant de Boisset.

Tous attendent donc avec impatience l'annonce de la date de réouverture des restaurants en France, qui sera déterminante pour la suite.

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