LE FIL

"Signe peu rassurant"

Le déconfinement va vers la déconsommation en grande distribution

Vendredi 08 mai 2020 par Alexandre Abellan

« Ce coup d’arrêt qui touche la GD est à surveiller de près » prévient Eric Marzec d’IRI.
« Ce coup d’arrêt qui touche la GD est à surveiller de près » prévient Eric Marzec d’IRI. - crédit photo : Alexandre Abellan (caisses d'un supermarché bordelais ce 19 mars)
Avec un rebond des achats en grande distribution à la fin avril, les dernières données de ventes de vin des panels IRI sont à relativiser pour la filière. Entre la nouvelle tendance de réduction des achats et la persistance des stores baissés des Cafés, Hôtels et Restaurants.

D’après les dernières données des panels distributeurs IRI, les ventes de vin tranquilles affichent une hausse de 7 % de leurs ventes sur la semaine du 20 au 26 avril 2020 (par rapport à la dix-septième semaine de 2019). « Après 4 semaines consécutives dans le rouge, la catégorie renoue avec la croissance à court terme » note Eric Marzec, le directeur d’unité vins de l’agence IRI, qui pondère immédiatement une hausse ponctuelle : « l’effet météo a dû jouer à plein, comme pour les bières et les anisés (+9 et +3 %) ». Cette embellie ressemblerait plutôt à un instant de calme avant la tempête, l’analyste s’inquiétant des premiers chiffres de mai.

Depuis le début de la crise du coronavirus (en fin février dernier), les achats de produits de grande consommation* baissent pour la première fois de 4 % sur la semaine du 27 avril au 3 mai (le cumul sur les 9 semaines allant de fin février à début mai reste cependant de +12 %). « Certes, une partie de cette baisse s’explique par l’impact du jour férié (le premier mai tombant un vendredi plutôt qu’un mercredi), mais en ces temps de confinement, est-ce que cela change quelque chose » se demande Eric Marzec, qui estime que « les consommateurs semblent se dire qu’avec l’approche du déconfinement il n’y a plus besoin de stocker. Ou alors, les ménages commencent à sentir ou voir arriver une crise économique, les poussant à faire d’autant plus attention à leurs achats. Ce sont des signes peu rassurants… »

-44 % pour les champagnes

L’analyste appelle cependant à la prudence, au vu de la difficulté de tirer des conclusions à partir des données d’une seule semaine. Qu’il s’agisse de hausses, comme à la fin avril, ou de baisses, comme celles attendues début mai. Si les données pour les vins tranquilles ne sont pas consolidées à date, les dernières tendances confirment l’effondrement des ventes des vins pétillants. Les champagnes affichent une baisse de 43 % de leurs ventes début mai (-44 % sur les neuf dernières semaines) et les autres vins effervescents chutent de 27 % (-24 % sur le temps de la crise). En regard, les ventes de vin tranquilles résistent, avec un repli de 3 % sur les huit dernières semaines (dans l’ordre de grandeur du repli des autres alcools, -2 %).

"Marchés basiques"

Mais en matière de tendances de consommation, tout le rayon vin ne bénéficie pas de ce maintien tout relatif des ventes. « Nous voyons que les consommateurs ne se lâchent pas et se concentrent sur les prix. Les tendances sont positives sur les Marques De Distributeurs (MDD), les marchés basiques et les gros formats (BIB notamment). En témoigne le marché des rhums, qui se porte bien, mais ce ne sont plus les qualités haut de gamme qui tirent les ventes comme avant le confinement. Ce sont les rhums blancs, ce qui n’est pas forcément sain » analyse Eric Marzec.

Pas de compensation

Pour l’expert, l’enseignement de ce confinement reste que les ventes non réalisées sur les réseaux CHR et cavistes ne sont pas compensées en GD. « Dans le secteur brassicole, certains se réjouissent de l’explosion des ventes de bières [pendant le confinement], mais toutes les ventes qui n’ont pas lieu dans le Circuit Hors Domicile (CHD) ne se font pas en Grande Distribution (GD). C’est d’autant plus vrai pour le vin » conclut Eric Marzec.

 

*: Excluant les vins tranquilles, les produits de grande consommation incluent les rayons Drogueries, Parfumerie, Hygiène (DPH, des lessives aux shampoings), le frais (charcuterie, fromages, yaourts...), l’épicerie (des pâtes aux confitures) et les liquides (de l'eau aux spiritueux, en passant par les jus de fruit et les vins effervescents).

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