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Les dégustations de vins sur Instagram "permettent d’entretenir la flamme"
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Consommateurs comme commerciaux
Les dégustations de vins sur Instagram "permettent d’entretenir la flamme"

S’essayant depuis le début du mois aux animations sur les réseaux sociaux, les champagnes Delamotte et Salon sont ravis par leur initiative, qui leur permet de maintenir le contact avec leurs marchés et la cohésion au sein de ses équipes pendant le confinement.
Par Alexandre Abellan Le 01 mai 2020
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Les dégustations de vins sur Instagram
Ayant du stock de champagnes à domicile, Didier Depond profite du confinement pour découvrir les réseaux sociaux. « Avant, je ne savais pas différencier Instagram de Facebook » plaisante-t-il. - crédit photo : Leif Carlsson
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ême si le confinement empêche les déplacements, les champagnes Delamotte restent résolument polyglottes. Chaque vendredi depuis le 10 avril, la maison de Mesnil-sur-Oger organise une succession de dégustation d’une heure sur Instagram en coréen, puis en japonais, en anglais, en espagnol et enfin en français pour suivre les fuseaux horaires des pays cibles (de l’Asie à la côte Est des Etats-Unis). Ayant réuni 300 participants sur son premier évènement, la marque en a recensé plus 1 000 sur son premier évènement en cantonais et mandarin cette semaine (Instagram n’étant pas autorisé en Chine, le live a été retransmis via une application relayant elle-même un live sur la plateforme Zoom).

« Toutes ces langues permettent d’accrocher beaucoup de gens. La vertu de ces lives est de communiquer avec des gens avec lesquels on ne peut plus avoir de contact physique. Nos importateurs jouent le jeu, ils relaient et participent à l’évènement » témoigne Didier Depond, le président des champagnes Delamotte et Salon (groupe Laurent-Perrier). « Ce sont des gens déjà éduqués [aux champagnes] qui participent, des amateurs comme des sommeliers, ils posent des questions sur les choix de millésimer, sur l’élaboration en général comme sur le moment de déclenchement de la malolactique… » rapporte le PDG. Reconnaissant que le format risque de montrer ses limites à l’usure, la maison Delamotte cède ce vendredi premier mai la place aux dégustations des champagnes Salon avant de revenir avec une nouvelle thématique : les accords entre champagnes rosés et fraise. Lancé aux équipes commerciales, ce défi culinaire constitue l’un des éléments fédérateurs de ces lives.

Discuter de choses positives

A l’heure du télétravail généralisé et des réseaux de commercialisation à la peine, ces dégustations collectives permettent en effet de fédérer les services marketing disséminés en France et dans le monde. « Mon équipe est très impliquée. Comme tout le monde est dispersé, cela permet de discuter de choses positives, de travailler sur des accords mets et vins… Et d’agir concrètement, alors que nous n’avons pas de visibilité sur les prochains mois » souligne Didier Depond. Pour le PDG, « ces lives permettent d’entretenir la flamme. Mais je ne dis pas qu’ils permettent de faire une vente… Même si en Chine notre importateur a communiqué un QR code en amont de la dégustation pour permettre de commander des bouteilles avant et après l’évènement. »

Soulevée par maître Olivier Poulet (voir encadré), la question du respect de la loi Evin dans ces dégustations ne se pose pas pour Didier Depond. « Nous ne dégustons pas forcément. Il n’y a pas de prosélytisme pour la consommation de vins chez soi » esquisse-t-il, précisant ne pas cibler uniquement le marché français, ses marques étant essentiellement commercialisées à l’export (75 % pour les 800 000 cols/an de Delamotte, 98 % pour les 20 000 bouteilles/an de Salon). « Ces lives n’ont pas pour but d’être un apéritif festif. C’est une heure didactique pour apprendre et donner des informations. Ce n’est pas révolutionnaire, mais j’en suis ravi » conclut le PDG.

Appel à la prudence réglementaire

Sur son instructive plateforme Alcool et Droit, le spécialiste Olivier Poulet souligne que la loi Evin s’applique dès qu’un évènement de dégustation organisé par un producteur ou un distributeur de boissons alcoolisées est publique. « Cette communication s’analyse comme une publicité pour leurs boissons alcoolisées et elle est de ce fait soumise à la loi Evin. Toute communication sur des supports traditionnels et sur des supports digitaux (sites de marque, réseaux sociaux…) doit respecter les thèmes autorisés et comporter le message sanitaire » précise l’avocat du barreau de Rennes, ajoutant que « si l’annonce de cette dégustation vidéo est relayée sur les réseaux sociaux du producteur ou du distributeur, il est prudent […] de s’assurer que les participants sont majeurs ».


Appelant à la prudence, Olivier Poulet ajoute que « la communication ne doit pas comporter d’images avec des personnes en train de consommer, même si la représentation se limite à des mains tenant des verres, ou des verres en train de trinquer. […] Pour rester dans le cadre d’une consommation responsable, il faut éviter de montrer ce qui pourrait passer pour une incitation à une consommation immodérée : nombreux verres, nombreuses bouteilles vides. Les participants à une dégustation vidéo d'un producteur ou d'un distributeur pourront par exemple être incités à recracher, et invités à respecter les repères de consommation. »

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