LE FIL

Prévisions OIV

Baisse attendue de 35 % de ventes de vin en Europe avec la fermeture des bars et restaurants

Jeudi 23 avril 2020 par Alexandre Abellan

« En ce moment, nous assistons à un changement énorme dû à la pandémie actuelle, qui aura un impact conséquent sur de nombreux aspects de la vie des exploitations agricoles et des vignobles, ainsi que sur la production et le commerce des raisins et du vin » pose Pau Roca ce 23 avril.
« En ce moment, nous assistons à un changement énorme dû à la pandémie actuelle, qui aura un impact conséquent sur de nombreux aspects de la vie des exploitations agricoles et des vignobles, ainsi que sur la production et le commerce des raisins et du vin » pose Pau Roca ce 23 avril. - crédit photo : Kudo
L’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin esquisse les premières tendances des impacts du coronavirus sur les marchés mondiaux du vin . Notamment la disparition des ventes en CHR, qui ne seront pas compensées par la grande distribution. L’export reste quant à lui hautement incertain.

Face à l’épidémie de coronavirus et son confinement mondial, « nous sommes à un stade précoce et nous ne disposons pas de suffisamment de données statistiques pour fournir une prévision précise et anticiper le scénario futur du secteur vitivinicole mondial » prévient Pau Roca, le directeur de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), lors d’une visioconférence ce 23 avril. Occultant la présentation des statistiques 2019 de la filière mondiale du vin (voir ci-dessous les infographies), le covid-19 concentre logiquement toutes les attentions de l’OIV.

Esquissant un bilan des tendances, à date, Pau Roca souligne que le principal changement concerne les canaux de distribution du vin. A commencer par « la disparition radicale dans la plupart des pays du canal de vente en Cafés, Hôtels et Restaurants (CHR). On estime qu’en Europe la fermeture de ce canal de distribution pourrait entraîner une réduction de 35 % du volume et de plus de 50 % de la valeur des ventes » indique le directeur de l’OIV, qui précise que l’impact sera différent selon les régions (et leur activité touristique, « qui sera fortement limitée même après le confinement »).

GD et e-commerce

Rapportant que les ventes de vin en grande distribution augmentent en cette période de confinement, Pau Roca précise que « cette bonne nouvelle ne compense cependant pas toutes les pertes causées par la réduction des ventes dans le CHR. Les caractéristiques intrinsèques du canal commercial de vente au détail limitent l’offre, orientée vers des prix bas et homogènes, contrairement au CHR (pensez à la liste des vins d’un restaurateur dans sa stratégie de diversification) ». Misant sur le développement du e-commerce, le directeur de l’OIV souligne que la sursollicitation logistique est encore un problème à résoudre pour que les « ventes à domiciles continuent à se développer. L’avantage du web c’est qu’il ne limite pas le choix en termes de prix ou de nombre de produits. »

Malgré cette réorganisation des canaux de commercialisation, « le bilan global attendu est une perte de la consommation, des prix moyens et par conséquent une diminution globale du chiffre d’affaires, des marges et de la rentabilité des vignobles. En particulier les PME liées aux canaux de distribution traditionnels qui se trouvent en dehors des supermarchés » annonce Pau Roca. Concernant l’export, le directeur de l’OIV ne prévoit pas d’avenir radieux : « les flux commerciaux sont et continueront à être gravement affectés. Alors que certains pays commencent à ouvrir à nouveau leurs ports, comme la Chine, pour le proche avenir, le scénario ne laisse pas beaucoup de place à l’optimisme. » Dans ce contexte, il semble probable qu'« il y aura une augmentation des stocks, et probablement une surproduction dans la prochaine récolte si on tient compte de la baisse de la consommation » reconnaît Pau Roca, qui précise que l'OIV n'a pas pour rôle de conseiller à ses membres de retirer des volumes (qu'il s'agisse de distillation, de stockage privé ou de vendanges en vert).

"Réduction des importations américaines et européennes"

Soulignant que « les économies en récession ne sont pas des marchés prometteurs à développer » et l’instabilité monétaire va peser en cette période de récession, Pau Roca prévient que « pendant la pandémie, les plus grands pays consommateurs ont été affectés. Les flux commerciaux pourraient se rétablir en même temps que l’économie, mais certains changements permanents pourraient se produire. Je pense par exemple à la possibilité que les deux plus grands marchés du monde, comme l’Europe et les Etats-Unis, pourraient réduire leurs importations. » Certains pays commençant cependant à récupérer de la pandémie, notamment en Asie, le directeur de l’OIV espère que des marchés pourront soulager à court-terme des chutes commerciales qui s’annoncent inédites alors que la filière vitivinicole mondiale se stabilisait en 2019.

Chiffres clés 2019

Dans le monde d’avant l’épidémie, l’an passé, le vignoble mondial se stabilisait en termes de capacité de production mondiale, avec des surfaces viticoles arrivant à 7,4 millions hectares. Les statistiques de l’OIV rapportent surtout une moindre volatilité des volumes vinifiés, avec 260 millions hl : -12 % après une très généreuse année 2018, suivant elle-même une très petite année 2017. La consommation mondiale de vin se stabilisait en 2019 à 244 millions hl (+0.1 %), tandis que les exportations mondiales affichaient de nouveaux bonds : +2 % en volume et +1 % en valeur (à 106 millions hl et 31,8 milliards €). En 2019, 43 % des bouteilles de vin consommés dans le monde l’étaient dans un pays différent de celui de sa production. Des chiffres témoignant d’un équilibre désormais daté.

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