LE FIL

Vins français excédentaires

Didier Guillaume veut que l’Europe autorise, et finance, la distillation de crise

Mercredi 15 avril 2020 par Alexandre Abellan

« Le ministre de l’Agriculture soutient les mesures de distillation de crise et de stockage » indique l’un de ses conseillers.
« Le ministre de l’Agriculture soutient les mesures de distillation de crise et de stockage » indique l’un de ses conseillers. - crédit photo : Ministère de l'Agriculture
Demandant à la Commission Européenne de répondre favorablement aux demandes réglementaires et financières de son vignoble, le ministre de l’Agriculture indique également étudier les demandes d’assouplissement concernant les autorisations de plantation et les aides à la promotion des vins.

Ce n’est pas le glas, mais le tocsin de l’état d’urgence qui sonne pour le vignoble français. La Commission Européenne tardant à réagir à la crise commerciale causée par le coronavirus, le ministère de l’Agriculture fait pression pour appuyer les demandes de distillation de crise et de stockage des vins excédentaires émanant de sa filière. D’après son cabinet, le ministre Didier Guillaume enjoint depuis la semaine dernière les autorités européennes à valider les mécanismes de retrait des volumes de vin pesant sur le marché. Concertant ses demandes avec ses homologues espagnols et italiens, le ministre de l’Agriculture s’impatiente des délais de traitement de la Commission Européenne et se fixe l’objectif de débloquer la situation d’ici la fin de semaine. Le bras de fer s’annonce d’autant plus âpre que le ministre français ne demande pas qu’un feu vert réglementaire, mais également des subventions communautaires. Son objectif étant que la distillation ne soit pas prise en charge par l’Etat Membre, mais par l’Union Européenne.

Pour la France, l’enveloppe de distillation s’élèverait à plus 240 millions d’euros. Les premières estimations de la filière tablent en effet sur un volume à distiller d’au moins 3 millions hl de vin excédentaires (voir encadré), qui ne trouvent plus de débouchés à cause de l’épidémie de coronavirus (blocage des ventes en restauration, ralentissement des exportations, suspension des salons…). Afin de ne pas déstabiliser les marchés des vins AOP et IGP, le vignoble français demande une subvention de 80 euros/hectolitre pour la distillation nécessaire l’été prochain (les cuves sont remplies dans les chais, alors que le prochain millésime est lancé et que la vendange approche). « Si nous financons la distillation, au niveau national ou européen, nous négocierons les volumes et les prix avec les professionnels » précise un conseiller de la rue de Varennes. Avec la crise du covid19, 10 millions hl de vins européens seraient actuellement excédentaires.

Leviers nationaux

Au niveau domestique, le ministère de l’Agriculture indique également étudier la possibilité de prolongation des demandes d’autorisation de plantation, ainsi que les leviers de flexibilisation du plan national d’aide. Un conseiller de Didier Guillaume précise qu’aucune décision n’est prise à l’heure actuelle, mais que le ministre souhaite desserrer au maximum les contraintes administratives pesant sur la filière vin.

A noter que la demande française de fonds de compensation européen suite aux surtaxes américaines sur les vins reste d’actualité (cliquer ici pour en savoir plus).

Chassé-croisé

Qu’il s’agisse d’un concours de circonstance ou d’une rencontre des grands esprits, les communiqués de presse se sont croisés ce mardi 14 avril. Alors que la rédaction de Vitisphere récolte les éléments de cet article en tout début d’après-midi, les représentants de la viticole* finalise un communiqué d’interpellation intitulé « Monsieur le Ministre de l’Agriculture, la filière vitivinicole doit être soutenue pour faire face aux conséquences dramatiques du Covid-19 ». Envoyé en toute fin d’après-midi, cet appel à l’aide demande « de mettre au plus vite en place des mesures d’accompagnement spécifiques (fonds de compensation pour les taxes US, mesures d’aide au stockage, accompagnement fiscale et sociale, souplesse dans la gestion de l’OCM vin et adaptations réglementaires nationales ou européennes qui permettront de passer le cap) ». Tout en mettant l’accent « sur l’urgence de la mise en place d’une mesure de distillation volontaire forte […] afin d’envoyer à la distillation au moins 3 millions d’hectolitres de vin de tous les segments, ce qui est une estimation basse des volumes nécessaires avant les annonces de poursuite de fermeture de CHR faites [par le président de la République ce 13 avril]. Cette distillation devra se faire au prix de 80€/hl pour les IG. »

Avant 20 heures ce mardi, les services de presse de Didier Guillaume envoient leur communiqué suite à un échange avec le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski. Le ministère indique avoir « renouvelé sa demande de mise en place urgente des mesures de gestion de marché dans un contexte où la situation de certains marchés agricoles se dégrade rapidement ». Qu’il s’agisse de stockage pour les produits laitiers et les viandes (ovines, caprines et de veaux) ou de mesures de soutiens aux fruits et légumes, mais aussi « pour la filière viticole pour laquelle les effets de la crise viennent s'ajouter à ceux induits par la mise en place des droits à l'importation aux Etats Unis ». Reste à voir si les messages des uns aux autres portent rapidement leurs fruits.

 

* : Soit l'Association Générale de la Production Viticole (AGPV), réunissant la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de à Appellations d’Origine Contrôlées (CNAOC), Coop de France – Vignerons Coopérateurs (VCF), les Vignerons Indépendants de France (VIF), la Confédération des Vins IGP (VinIGP), les Jeunes Agriculteurs (JA) et la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA).

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