LE FIL

Enquête terrain

Les caves coopératives mettent à mal l’idée reçue d’une installation subie

Lundi 27 janvier 2020 par Alexandre Abellan

« La reprise de l’exploitation familiale et la passion du métier sont les deux principales motivations à l’installation », quand « les principaux freins sont les contraintes administratives et l’investissement financier » précisent les Vignerons Coopérateurs.
« La reprise de l’exploitation familiale et la passion du métier sont les deux principales motivations à l’installation », quand « les principaux freins sont les contraintes administratives et l’investissement financier » précisent les Vignerons Coopérateurs.
Selon un récent sondage national, la majorité des jeunes installés dans la coopération le fait volontairement. L’occasion d’en finir avec des poncifs éculés pour la confédération des vignerons coopérateurs, qui prône la complémentarité et non l’opposition avec le modèle d’exploitation individuelle.

C’est un préjugé qu’Anne Haller, la directrice des Vignerons Coopérateurs, compte bien mettre à mal : « l’adhésion des jeunes installés à une cave coopérative n’est pas subie, ou le résultat d’une inertie, c’est un choix individuel volontaire. Il est de moins en moins vrai que le nombre de viticulteurs augmente en temps de crise [pour se protéger], puis diminue quand les marchés se portent mieux pour vendre en direct. » Pour étayer sa vision d’une adhésion souhaitée et non obligée, Anne Haller se base sur une enquête menée en automne 2019 auprès de 395 agriculteurs installés depuis moins de six ans dans toutes les filières et toute la France, dont 81 répondants pour la filière viticole*.

Cette étude nationale indique en effet que 70 % des jeunes installés qui adhérent à une cave coopérative ont repris l’exploitation familiale : « majoritairement, ces viticulteurs étaient déjà engagés dans une cave coopérative et ont fait le choix d’y rester. Cette continuité est voulue pour 80 % des sondés. Il est important que les gens investis dans la coopération partagent un projet collectif. Il n’est pas sain d’avoir des personnes contraintes et forcées qui traînent les pieds » souligne Anne Haller.

"Alternatives positives"

Défendant la possibilité d’un choix individuel éclairé par la bonne information sur les alternatives, la directrice des Vignerons Coopérateurs veut éviter toute confrontation avec les vignerons indépendants : « nous n’avons pas vocation à faire 100 % de la production de vin, nous représentons la moitié du vignoble depuis longtemps. Les deux métiers ont leur légitimité, il est important que les jeunes installés aient le choix entre deux alternatives positives. »

Pour en finir avec les idées préconçues, l’amélioration de l’image de la coopération passe clairement par l’éducation des étudiants. « D’après le déclaratif des interviewés, l’information sur les spécificités des coopératives est le plus souvent absente des contenus de formation » précisent les Vignerons Coopérateurs, avec 31% des jeunes installés en viticulteur qui indiquent avoir été sensibilisés sur le sujet pendant leur cursus.

L’union fait la force humaine et environnementale

 Pour communiquer sur les avantages de la coopération viticole, il n’y a que l’embarras du choix : « 80 % des viticulteurs interrogés ont une bonne opinion [sur les caves coopératives], dont les points forts sont les avantages économiques, la dimension collective et les aspects relationnels. 60 % des jeunes installés viticulteurs ont une bonne image des coopératives en ce qui concerne l’accompagnement sur les démarches agro-écologiques, l’accompagnement technico-économique, la participation des agriculteurs dans les décisions ». Pour les

 

* : Les marges d’erreur sont de 3 points pour les résultats proches de 50 à 95% et de 10 points pour les résultats proches de 50 %.

 

Adhésion partielle

Parmi les chiffres surprenants de cette étude, on note le fort développement de la mixité des apports pour les adhérents en caves coopératives. Si 54 % des sondés estiment livrer en majorité leurs raisins à une cave, ils sont 27 % à déclarer vendre principalement leur production à une entreprise non-coopérative. « Cet apport en dehors des caves coopératives est nouvelle, cela répond à un besoin des jeunes installés de s’identifier à leurs produits, de pouvoir présenter leurs cuvées » esquisse Anne Haller. La directrice ajoute que les caves coopératives cherchent actuellement à mieux intégrer ces volontés d’implication dans la vinification et la commercialisation.


 

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