LE FIL

Chaleur électromagnétique

L’infra-rouge long, antigel prometteur pour la vigne

Mardi 17 décembre 2019 par Alexandre Abellan

Ne souhaitant pas actuellement montrer des photos de son dispositif, la start-up Vignes Protect en montre les effets de protection thermique.
Ne souhaitant pas actuellement montrer des photos de son dispositif, la start-up Vignes Protect en montre les effets de protection thermique. - crédit photo : Vignes Protect
Créant un réchauffement protecteur, des panneaux de rayonnement électromagnétique pourraient lever les risques pesant sur les parcelles gélives. En développement, l’outil doit encore confirmer son bon fonctionnement et conforter sa capacité d’industrialisation.

« La technologie de l’infra-rouge long n’est pas connue en France. Il faut dépasser le piège du sensationnel pour que les vignerons comprennent bien son fonctionnement et son intérêt dans leurs parcelles » pose Jean-Michel Chavrier, le cofondateur de la start-up Vignes Protect. Mettant à profit cette technique issue du monde paramédical, l’entrepreneur mise sur des panneaux IR-long pour émettre des ondes électromagnétiques générant rapidement une hyperthermie localisée sur la cible visée, sans chauffer l’air ambiant.

« Cet effet radiatif permet de diminuer le risque de gelées blanches et noires dans la nuit, quand la température chute entre 4 et 6 heures du matin. La technologie chauffe instantanément la plante de l’intérieur, sans impact sur elle. Son réchauffement est comparable au rayonnement d’un lever ou d’un coucher de soleil » explique Jean-Michel Chavrier, actuel directeur export des vignobles Roux (Entre-Deux-Mers), qui se base sur de premiers essais réalisés en conditions contrôlées et dans le vignoble. « Dans les deux cas nous avons pu prouver que le système suit l’évolution des températures et agit instantanément » souligne-t-il.

"Sans danger pour les vignes"

En octobre 2018, des tests préalables ont été réalisés en Bourgogne pendant trois jours dans un camion frigorifique où se trouvaient 25 plants de 14 cépages différents qui étaient entourés de panneaux émettant des infra-rouges. Ces tests en chambre froide fermée ont montré que la technologie peut maintenir les vignes à une température positive malgré le froid ambiant : « le système est réactif et sans danger pour les vignes s’il est positionné à distance raisonnable des parties aériennes » conclut étude interne.

Essai terrain

En avril 2019, des tests terrain, subventionnés par la région Nouvelle Aquitaine, ont été réalisés dans le vignoble bordelais, avec des panneaux reliés à des groupes électrogènes et posés sur des fils releveurs pour irradier dans les nuits du 17 au 21 avril des vignes débourrées de merlot aux châteaux de France en Pessac-Léognan et de Haute Nauve à Saint-Emilion (zones expérimentales de 400 m²). « Même s’il n’y a pas eu de gelées, nous avons fait la preuve de notre concept » souligne Jean-Michel Chavrier, qui s’appuie sur les retours positifs des deux propriétés impliquées, très demandeuses de solutions innovantes.

Alors que les gelées deviennent monnaie courante depuis cinq ans dans le vignoble de Bordeaux, « on est ouvert à toutes les possibilités, on veut un système efficace pour se protéger même des gelées les plus fortes. Comme la gelée noire de 2017 » pose Arnaud Thomassin, le propriétaire du château de France (40 hectares en Pessac-Léognan), dont la propriété est soumise fortement au risque de gel (25 % de parcelles gélives) et a investi dans sa protection (deux tours antigels, des chaufferettes, des systèmes mobiles AgroFrost…).

"Tout mettre en œuvre pour protéger"

« Ce sont nos revenus, il faut tout mettre en œuvre pour les protéger dès le départ. Cette technologie peut aller jusqu’à -15°C, le principe est très prometteur » renchérit Marie-Anne Reynier, la propriétaire du château Haute-Nauve (Saint-Emilion), qui se trouve à pied de côteau et investit fortement dans lutte antigel (une tour, des agrofrosts et bougies), mais se trouve limitée pour une parcelle isolée de 75 ares (protégées par bougies ou pulvérisation d’eau chaude).

Résultats prometteurs

« Cette année, l’appareil a été testé sur sa mise en place dans le vignoble, sa résistance au vent et sa stabilisation thermique. Il a montré sa capacité à maintenir des températures même quand le froid continuait de tomber » rapporte Laurent Bournerie, le chef de culture château de France, qui attend désormais des essais sur des surfaces plus importantes pendant un temps plus long (la parcelle testée a gelé à 100 % la semaine suivant le test). Les expérimentateurs attendent aussi des évolutions techniques : « il faut louer un groupe électrogène quand la parcelle est trop éloigné, mais cela nécessite de protéger le matériel. Il faut aussi faciliter les étapes de pose et de dépose… » pointe Marie-Anne Reynier.

"Coût acceptable"

« On est intéressés par cet outil, qui paraît plus raisonnable en termes de coûts d’investissement et de consommation énergétique que des fils chauffants » espère le vigneron Arnaud Thomassin. « Il est encore trop tôt pour savoir si cette technologie sera utilisable à grande échelle dans le vignoble. Il y a encore un travail d'industrialisation à mener, d'autres essais à réaliser pour conforter les résultats, et s'assurer que le coût du système soit acceptable par rapport aux techniques de protection actuelles » nuance Thomas Rospars, chargé de projet Innovin, qui suit la start-up Vignes Protect.

Essais 2020

Toutes ces demandes ont été bien enregistrées par les porteurs du projet VignesProtect, Jean-Michel Chavrier et Florian Mourey, conseiller viticole en Bourgogne. Ils comptent mettre en place un protocole d’essai sur plusieurs parcelles, pour une dizaine d’hectares de vignes, avec la chambre d’agriculture de Gironde, mais surtout répondre au défi lancé par des maisons de Cognac : protéger de grosses surfaces (plusieurs dizaines d’hectares, quand l’idée originale était de couvrir de petites superficies) avec un coût environnemental réduite (consommation énergétique moindre, recyclage du film…).

Ayant reporté son projet de commercialiser Vigne Protect en 2020, Jean-Michel Chavrier reste confiant dans le potentiel de son outil. Il explique que « le produit fonctionne et a convaincu. Maintenant il faut le rentrer dans les cases environnementales et dimensionner l’outil sur 50 ha. » 

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VOS RÉACTIONS
DUNAND Le 06 janvier 2020 à 14:27:47
Si les panneaux sont insérés entre les rangées de vignes et restent verticaux, ils ne devraient pas voire peu chauffés le reste. Si maintenant ils sont suspendus au dessus des vignes en position horizontale, en effet, il va y avoir un impact sur le sol...
CHAPELLE de NOVILIS Le 17 décembre 2019 à 14:36:37
Bonjour Alexandre, encore un article intéressant ! La question réside effectivement sur l'environnement : quel est l'impact de ces ondes sur le reste de la flore et sur la faune. Dès que vous aurez des informations sur le sujet... Merci à vous bien cordialement, Nathalie Jeannot
DUNAND Le 17 décembre 2019 à 13:54:53
Extraordinaire, si je m'attendais un jour à ce que des gens aient à caractériser l'émissivité des baies de raisin pour les chauffer par rayonnement :)
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