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Promotion et mise réserve

Comment l’AOC Bordeaux oriente sa sortie de crise

Lundi 09 décembre 2019 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 13/12/2019 15:08:44

'Rien n'est voté, ce sont des pistes qui doivent être travaillées' précise un viticulteur.
'Rien n'est voté, ce sont des pistes qui doivent être travaillées' précise un viticulteur. - crédit photo : Syndicat AOC Bordeaux & Bordeaux Supérieur
Alors que les stocks pèsent sur les trésoreries de la filière girondine, des mesures conjoncturelles sont étudiées par le syndicat viticole, qui les met désormais en débat.

Une majorité des élus l’appellation Bordeaux favorable à des mesures conjoncturelles, pour mettre en place une réserve interprofessionnelle en 2020 et créer un fonds de soutien à la commercialisation en bouteilles. Mais une majorité contre l'idée d'un déclassement de l'AOC en vin de France et le retour de l’arrachage primé. Ce 6 décembre, l’écrasante majorité des 183 délégués cantonaux du syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur assistait à son assemblée générale pour se prononcer sur cinq mesures de sortie de crise structurelle.

« Rien n’a été voté définitivement, il s'agit d'orientations qui ont été prises sur des propositions de réflexions » précise, anonymement, un délégué cantonal de la rive droite. Faisant état d’un « débat constructif », les échos réunis par Vitisphere sur cette réunion cruciale témoignent d’une volonté collective de trouver « les bonnes solutions » pour sortir le vignoble bordelais de l’impasse commerciale où il se trouve.

Mesures d’orientation

La première mesure adoptée en témoigne, demandant « qui souhaite que le syndicat n’engage aucune mesure ? » Demandant des actions rapides, une majorité s’est formée pour pousser deux idées : la création d’une réserve interprofessionnelle bloquant la commercialisation de volumes produits en 2020 (au-delà d’un certain seuil de rendement en fonction des marchés) et la création d’un fonds soutien à la commercialisation (« financement et accompagnement au développement commercial des entreprises vendant en bouteilles »).

Également portées par le bureau de l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG), deux autres mesures ont été rejetées : la réduction de la production par un arrachage primé de 5 000 hectares et la segmentation de l’offre par déclassement en vin de France de 200 000 hectolitres (cliquer ici pour en savoir plus). « Nous sommes soulagés que les délégués aient décliné l’idée d’une prime de déclassement, qui aurait porté atteinte à la marque Bordeaux » soupire un coopérateur de l’Entre-deux-Mers ne siégeant pas à l’ODG. Qui s’inquiète désormais du mode de financement et de répartition des fonds de soutien à la promotion.

"Initiatives courageuses"

Alors que la piste d’un cofinancement par le négoce revient comme un espoir auprès des délégués cantonaux interrogés, les metteurs en marché saluent « des initiatives courageuses, imaginatives et originales au vu des opérations incitatives passées (arrachage, prix minimal…) » confie un négociant de premier plan. Rappelant que l’« on ne s’est jamais retrouvé avec nos cinq principaux marchés affectés en même temps par des chutes de commercialisation : Chine (baisse de la croissance économique, concurrence forte des vins australiens et chiliens exemptés de taxe…), Hong Kong (tensions avec la Chine), France (crise sociale et déclin de la grande distribution), Grande-Bretagne (incertitudes du Brexit), , Etats-Unis (brutale surtaxe de 25 %)… Il faut retrouver de la dynamique en 2020. »

Février 2020

Ne souhaitant pas communiquer sur des réflexions internes, l’ODG Bordeaux ne prévoient pas de décisions arrêtées avant février 2020. Les mesures d’orientations vont désormais être présentées et débattues à l’occasion des réunions de secteurs du syndicat des Bordeaux, commençant ce 12 décembre à la salle des fêtes de Saint-Martin-de-Laye et s’achevant le 28 janvier prochain au foyer rural de Pujols (cliquer ici pour accéder à la liste).

 

 

Mise à jour du 12 décembre : vote définitif le 21 février 2020

Dans la dernière lettre d'information du syndicat viticole qu'il préside, Marc Médeville précise que "cette  feuille  de  route  validée,  je  vous  engage  sincèrement  à  participer  aux  réunions de secteur. Nous finaliserons ensemble ces propositions en vue de leur validation définitive lors de l’assemblée générale du 21 février prochain". Ajoutant qu'"une  partie  des  mesures  qui  pouvait  avoir  une  action  à  court  terme  n’a  pas  été  retenue.  Soyons  conscients  que  nous  avons  un  tiers  de  nos  volumes  qui  ne  trouvent  pas  de  débouchés  actuellement.  Il  est  impératif  que  nous rééquilibrions l’offre à la demande !"

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craoux Le 15 décembre 2019 à 11:57:42
Chacun peut avoir son regard sur les raisons du malaise au sein du vignoble bordelais. Je vais m'enhardir en avançant le mien car, pour expliquer le désamour, je pointe au premier chef la qualité de l'offre plutôt que les luttes d'egos ou la remise en cause d'une petite caste de petits notables installés au sein des appareils. Ainsi, quand on peut ou qu'on sait trouver de bons voire de très bons vins de cépage(s) - bordelais -, en IGP ou en Vin de France, pourquoi se hasarder à acheter l'une de ces bouteilles d'AOP Bordeaux et Bordeaux Sup toutes présentées comme "Château de ..." alors qu'il n'y a aucune garantie de satisfaction à la clé (pour les prix pratiqués) voire même de plaisir supérieur à la dégustation comparé à ces vins de cépage(s) ? L'offre bordelaise est pour moi désormais trop standard - uniforme, difficile de "tomber" sur un vin avec une singularité de terroir (essence même de l'idée AOP, non ?). Mais est-il possible de se faire entendre sur ce point ?
VignerondeRions Le 13 décembre 2019 à 17:09:26
Insidieusement chaque année on accorde des droits nouveaux. Depuis des années nous savons que c'est compliqué de vendre le potentiel produit et on refuse l'arrachage c'est à ne rien comprendre. Les décideurs dans les institutions doivent se remettre sérieusement en cause. Nous devons remettre complètement à plat notre fonctionnement institutionnel, pour que cela fonctionne réellement dans l'intérêt de la profession et pas de quelques un. La politique des chaises tournantes et du copinage ne peut plus continuer. Quelle réforme courageuse de notre organisation y a t il eu depuis 40 ans??? Aucune à croire que le commerce mondial n'a pas changé lui...
petite souris Le 09 décembre 2019 à 15:39:28
Le titre de l'article est un peu trompeur. Absolument rien n’a été décidé, il y a juste des "propositions de réflexions" ! Le seul véritable résultat de cette AG, c'est que la mesure phare proposée par le conseil d'administration des Bordeaux et défendue par Bernard Farges ( déclassement en vins sans IG et augmentation de la CVO ) a été largement retoquée par l'assemblée générale. Cette décision est significative. La participation des délégués a été d'un niveau rarement atteint. Toutes les chaises n'ont pas suffi, certains sont restés debout. Dans la semaine précédente, divers appels à rejeter cette mesure avaient été relayés par des vignerons ou même des structures en place. C'est un première historique et un acte de défiance vis à vis de dirigeants hors sol qui peinent à prendre la mesure de la situation commerciale et de la détresse des vignerons. Il est à craindre que les réunions cantonales prévues ne servent à « mieux expliquer » la mesure et à « faire de la pédagogie » pour revenir sur la décision prise par l’AG.
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