LE FIL

Mélangés avec les premix

Les vins aromatisés ne veulent pas de surtaxe comportementale

Vendredi 25 octobre 2019 par Alexandre Abellan

La fédération des vins d’apéritifs s’inquiètent de « la prohibition de cette catégorie en France ».
La fédération des vins d’apéritifs s’inquiètent de « la prohibition de cette catégorie en France ». - crédit photo : FFVA
Les rosés pamplemousse et autres blanc pêche sont ciblés par un amendement tout juste adopté, dont la surtaxe effraie la Fédération des vins d’apéritif. Les députés portant le projet visant une forte chute de la consommation de ces produits.

« Il s'agirait d'une première taxe comportementale pour les Français sur des produits viti-vinicoles » alerte dans un communiqué Aymeric de Beauvillé, le président de la Fédération Française des Vins d'Apéritif (FFVA). Adopté ce 15 octobre par la commission des affaires sociales de l'Assemblée Nationale et ce 25 octobre en première lecture du projet de loi sur la Sécurité Sociale, l’amendement de la sénatrice nantaise Audrey Dufeu Schubert intègre en effet les vins aromatisés dans la taxe sur les premix adoptée en 2004 (3 euros par décilitre d'alcool pur).

« L’extension de la taxation des prémix aux boissons à base de vin me paraît essentielle, du point de vue tant de la santé publique que de la justice fiscale » argumente en commission Audrey Dufeu Schubert, précisant qu’elle exclut de son dispositif « les vins de terroir que sont les poirés et le cidre » (l'an dernier, un projet similaire avait été abandonné pour son trop grand champ d'action). L'amendement précisant également que « les prémix à base de vin [sont] très majoritairement composés de vins étrangers et cette taxation ne toucherait donc que très marginalement les producteurs français ». Ayant validé cet amendement, le rapporteur général de la commission, le député isérois Olivier Véran, précise qu’« il était prévu de faire évoluer la taxe sur les prémix, puisque le marché s’est adapté en exploitant les trous laissés dans la raquette, [afin de] protéger nos jeunes, en particulier les jeunes femmes ».

"Données de consommation"

Cette taxe se trouve pourtant « bien loin des enjeux de santé publique, car les vins d'apéritifs sont peu alcoolisés et peu consommés par les jeunes, cette taxe ne prend absolument pas en compte les données de consommation » souligne Aymeric de Beauvillé. Se basant sur des panels Nielsen et Kantar, la FFVA souligne que « les vins d'apéritifs sont consommés à 80 % par les plus de 35 ans. 61 % des consommateurs ont plus de 50 ans. » Sans évoquer la chute actuelle des ventes de Boissons Aromatisées à Base de Vin (BABV), l’organisation prédit que « le résultat en termes de recettes fiscales serait nul et il serait contre-productif en matière de comportements responsables », ajouter que « taxer davantage des produits moins alcoolisés [créerait] un effet de report sur des produits plus alcoolisés ».

Baisse des ventes annoncée

Les membres de la commission des affaires sociales de l'Assemblée Nationale sont convaincus que les vins aromatisés ciblent les jeunes. Comme la députée francilienne Michèle Peyron, qui dénonce « l’épouvantable cynisme des industriels. Je pense en particulier au propriétaire de la marque Rosé Sucette – il fallait l’inventer ! –, pour qui "ces bouteilles, à moins de 3 euros sur linéaire, seront un tremplin permettant aux néophytes d’accéder aux vins plus classiques, notamment pour un public plutôt jeune et féminin" ». Pour ces élus, élargir la taxe premix est un outil d’autant plus adapté qu’il a fait ses preuves. « Suite à l’entrée en vigueur de la nouvelle taxe, en 2004, les ventes de premix ont diminué de 40 %. Il s’agit donc bien d’un outil de dissuasion important » souligne la députée pyrénéenne Jeanine Dubié.

"Surtaxe injustifiée"

Face à ce projet, « ces produits traditionnels ne méritent pas d'être sacrifiés par une surtaxe injustifiée qui visait à l'origine des produits au marketing agressif ayant disparus depuis 5 ans » conclut la FFVA. Le projet de loi de finances sur la sécurité sociale doit désormais être étudié par le Sénat.

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