LE FIL

Biocontrôle

Assaisonnera-t-on la vigne d’origan contre le mildiou ?

Lundi 14 octobre 2019 par Alexandre Abellan

Les essais ont été réalisés dans des chambres de culture classique, avec ventilation d’huiles essentielles commerciales vaporisées.
Les essais ont été réalisés dans des chambres de culture classique, avec ventilation d’huiles essentielles commerciales vaporisées. - crédit photo : Ecoles viticole de Changins et du paysage de Genève
Des essais suisses prometteurs montrent l’intérêt d’une vaporisation d’huile essentielle pour prévenir le développement de maladies cryptogamiques. Des résultats encore à préciser en laboratoire avant d’imaginer une application dans le vignoble.

Oregano vulgare : 1, Plasmopara viticola : 0. La vaporisation d’huile essentielle d’origan sur des vignes de chasselas inoculées au mildiou permet de prévenir leur infection en déclenchant des réponses immunitaires de la plante concluent les enseignants-chercheurs suisses Markus Rienth (école viticole de Changins) et François Lefort (école du paysage de Genève). Ayant publié leurs résultats dans la revue PLoS One, les scientifiques ouvrent une nouvelle voie de biocontrôle du mildiou avec la vaporisation longue d'huile essentielle d’origan. Les techniciens les plus imaginatifs peuvent déjà imaginer l’odeur d’aromates sur leurs vignobles, que ce soit par complantations de pieds d’origan dans leurs parcelles ou l’installation de diffuseurs d’origan dans les rangs.

"Etude préliminaire"

« Nous sommes encore un peu loin de l’application, il s’agit d’une étude préliminaire. Cette recherche fondamentale permet de voir une stimulation des défenses prometteuse » nuance le docteur Markus Rienth. Persuadé que les performances antifongiques des huiles essentielles dépendent du moment et de la méthode d'application*, le chercheur souligne que cette étude démontre que la fumigation continue permet de contrôler efficacement le mildiou sur des pieds de vigne : « la vapeur d’huile essentielle est plus efficace que la phase liquide ».

Effet probant

Les essais ont été réalisés dans des chambres climatiques en plexiglas (photos ci-dessus et ci-dessous), avec douze ceps de chasselas en pot, âgés de deux ans et au stade 12-15 feuilles déployées. Sensible au mildiou, le chasselas a été infecté par Plasmopara viticola, puis soumis à des fumigations continues de plusieurs huiles essentielles commerciales (origan, thym, absinthe…) pendant des durées de 24 heures ou 10 jours (immédiatement après infection). Seule l’huile essentielle d’origan a montré un effet probant, étant « capable au cours des premières 24 heures suivant l’infection de réduire le développement du mildiou de 95 % » résume l’étude. Qui souligne que l’effet antifongique est fort sur les premières étapes d’infection ou de sa prévention. Mais si le temps de contact devient trop long, l’huile essentielle peut avoir des effets phytotoxique, avec une perturbation de l’activité photosynthétique.

"Effet sur la vigne ou le pathogène"

Se penchant sur les mécanismes moléculaires permettant à la vigne de contenir l’infection du mildiou avec une fumigation d’origan, les scientifiques suisses ont révélé la mise en action et expression d’une dizaine de gènes du système immunitaire du chasselas. Ces gènes libèrent des hormones, menant à la synthèse de phénylpropanoïdes, et notamment des flavonoïdes et stilbénes (dont le resvératrol). L’accumulation de ces molécules dans la vigne étant le signe d’une résistance à des stress biotiques ou abiotiques. « Mais l’on ne sait pas si l’origan a un effet sur la vigne ou sur le pathogène » précise Markus Rienth, qui annonce la poursuite des recherches sur les spécificités de cette huile essentielle (notamment pour savoir si elle repose sur un terpénoïde ou plusieurs).

Questions en suspens

Dans un deuxième temps, les chercheurs vont se pencher sur la mise en application de leurs premiers résultats. La piste des diffuseurs d’huile essentielle dans le vignoble leur semblant plus prometteuse, car plus concentrée, que celle de la complantation d’origan. « Même s’il n’est pas prévu que de tels systèmes inhibent complétement les infections [de mildiou], elles pourraient aider à réduire l’utilisation de fongicides systémiques » soulignent les scientifiques. Qui doivent encore répondre à des questions laissées en suspens, notamment l’aromatisation des raisins par l’origan (sont en cours des études sur l’absorption des composés aromatiques par les pellicules des baies) et sur l’efficacité contre d’autres maladies cryptogamiques (s’il n’y a pas eu d’effet de l’origan contre oïdium, des essais sont menés pour Botrytis cinerea).

 

* : Du fait de dégradations par la lumière, la chaleur, l’oxygène, le lessivage de la pluie…

« Pour assurer la fumigation continue des essais, nous avons bricolé des tuyaux pour transporter l’huile essentielle évaporée dans les chambres climatiques » explique Markus Rienth

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VOS RÉACTIONS
Daniel Pasquet / VINIVITISBIO Le 18 octobre 2019 à 11:34:16
La viticulture biologique doit beaucoup à l'institut de Changins, et je ne peux qu’approuver cette "initiative" qui est une réédition... des travaux de développemnt menés par VINIVITIS BIO (Daniel Noel/Daniel Pasquet) ou d'autres comme Noel Vuignier en Suisse, ou encore ceux d'Eric Petiot, au début des années 2000, Georges Toutain dans les années 70 en Afrique du Nord (INRA), associé à son fils Jean dans la première décennie 2000, ceux du Dr Dietrich Gümbel, obtenant en 1993 le prix de l'environnement l'Etat de Rhénanie du Nord- Wesphalie, pour ses "soins aromatiques des plantes " relayés par Activitis (Jean-Marie Balland) en 2007, et plus récemment François de Conti, nous tous qui œuvrons à une autre façon de préserver la récolte. Je signale au passage qu'un financement CASDAR a soutenu un projet national piloté par l'ITAB, (2013-2015) dont vous trouverez un compte rendu ici : http://www.itab.asso.fr/downloads/com-intrants/casdar_he_synthese_enquete_dc.pdf Donc avant de parler de l'ouverture d'une nouvelle voie, il y a probablement un peu de recherche biblio à faire. Pour ce qui est du protocole, je suis toujours étonné de la déconnection entre la recherche de labo et la pratique raisonnable au champ, tant de recherches prometteuses en labo sont balayées par les réalités du plein air dont vous avez cité les effets délétères. Devra-t-on en arriver à la diffusion sous bâche ? Le FIBL a-t-il été associé pour discuter des aspects pratiques de cette protection ? La nébulisation huileuse est connue de longue date pour la diffusion d'insecticides, et aujourd'hui de phéromones, mais je soupçonne déjà un coût économique et environnemental prohibitif, étant données les quantités d'origan nécessaires pour protéger ainsi les vignobles. C'est une équation complexe, qui, a mon avis, mérite mieux qu'un effet d'annonce spectaculaire." je pourrais ajouter que nous, les sombres techniciens du développement viticole, attendons de voir des résultats "au champ" avant de faire une annonce qui ne sert qu'à aguicher les pourvoyeurs de subventions.
Patrick601 Le 16 octobre 2019 à 22:59:23
Bonjour, Je suis le président d'une association de jardins familiaux, et depuis 3 ans je soigne les pieds de tomates des jardiniers avec l'huile essentielle d'origan d'Espagne 3 ml + 3 ml d'huile d'olive dans une seringue comme support j'utilise de 1litre d'eau + une cuillère à café d'argile blanche + l' émulsifiant 1 cuillère à café de savon noir, depuis les tomates ne sont plus malades, et cela ne donne aucun goût aux fruits. Cela fonctionne très bien même sur d'autre légumes sensible aux maladies cryptogamiques comme le mildiou.
Bruno33 Le 16 octobre 2019 à 10:23:16
Piste intéressante (du moins la diffusion). Mais quid des aromes et de leur persistance sur les raisins à récolter ?
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