LE FIL

Val de Loire

Le cépage chenin n’est plus orphelin

Lundi 01 juillet 2019 par Patrick Touchais

Dans la Loire, le chenin couvre 9 700 ha.
Dans la Loire, le chenin couvre 9 700 ha. - crédit photo : Patrick Touchais
On connaissait l’un de ses deux parents, le savagnin. Lors du Congrès mondial du chenin, l’ampélographe Jean-Michel Boursiquot avance une hypothèse sérieuse sur le second parent du chenin.

Merci pour le scoop, Jean-Michel”. Il ne cachait pas sa satisfaction Patrick Baudouin en prenant la parole au Congrès international du chenin (www.CBIC2019.com) qui se tient pendant 3 jours à Angers. Le viticulteur angevin est à l’origine de cette rencontre mondiale autour du cépage roi de la Loire, avec la vigneronne de Savennières Evelyne de Pontbriand. Passionné d’histoire, il a savouré comme d’autres, la révélation de Jean-Michel Boursiquot lors de sa présentation sur les origines du cépage.

Révélations

Le célèbre ampélographe avait déjà délivré l’identité d’un des deux parents du chenin lors d’une journée technique au cœur du vignoble angevin en 2015 : le savagnin. Le cépage star du Jura a donné naissance à une vaste descendance dont le sylvaner, le sauvignon, le petit manseng… “Ce sont tous les demi-frères (ou sœurs) du chenin”, a souri Jean-Michel Boursiquot, avant d’annoncé avoir poursuivi ses investigations sur le second parent. Et d’avancer modestement “une piste”. A l’écouter développer son exposé, il s’agit d’une hypothèse plutôt sérieuse, recoupée par des analyses moléculaires. Ainsi, le savagnin aurait donc épousé la sauvignonasse pour donner naissance au chenin.

A l’observation, on trouve des similitudes dans la forme de la feuille, et dans celle de la grappe”, a précisé l’ampélographe. Autrement nommé sauvignon vert, ou blanc doux, ou cinquien, ou friulano, on lui trouve des traces en Anjou, en Touraine, dans les Graves, dans le Jura, en Italie…

Le congrès international a donc permis de retrouver un des parents du semi-orphelin chenin, mais il a aussi rappelé comment celui qui porte moult autres dénominations est connu dans le monde, avant tout sous le nom de “chenin blanc”.

Première trace en 1534

L’une des premières traces écrites du cépage apparait sous la plume de Rabelais en 1534. “S’agit-il bien du même chenin dont on parle aujourd’hui, nul ne le sait. On part sur une supposition”, a rappelé Jean-Michel Boursiquot, avant de livrer la liste des synonymes : pineau blanc, franc pineau, pineau de la Loire, pinot d’Anjou, plant d’Anjou, plant du clair de lune…

Au 17ème siècle on parle surtout de pineau blanc. Mais à l’époque, on distingue mal le pinot et le pineau. Selon les régions de France, on est plus sur le pinot et dans d’autres, sur le pineau… pour parler de la même chose”, a raconté l’historien Henri Galinié. “Le terme de chenin est utilisé par les vignerons dans la région de Saumur, du Poitou et du Chinonais, mais peu par les savants. Or, au 19ème, on décide de nommer par un seul et même nom les cépages de France et le chenin est choisi pour éviter les confusions entre pineau et pinot. Mais aussi, parce qu’on s’est appuyé sur la référence à Rabelais”.

Depuis, le nom s’est imposé, même s’il existe encore quelques irréductibles ligériens qui l’appellent encore pineau de la Loire. Même en Afrique du Sud, le pays où il est le plus présent - il fut implanté par les Hollandais au 17ème siècle - on parle de “chenin blanc”, même si on parle aussi de “steen”, qui lui, viendrait de stone (pierre en Anglais). Mais, ça c’est une autre histoire…

 

 

 

33 000 ha de chenin dans le Monde

Afrique du Sud : plus de 17 000 ha. France : 10 500 ha (dont 9 700 dans le Val de Loire). Argentine : 2 000 ha. Etats-Unis : 2 000 ha.

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