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Besoins de trésorerie

Le Crédit Agricole acte la crise des vins de Bordeaux

Lundi 17 juin 2019 par Alexandre Abellan

Le Crédit Agricole d'Aquitaine suit trois départements viticoles : Gironde, Landes et Lot-et-Garonne.Le Crédit Agricole d'Aquitaine suit trois départements viticoles : Gironde, Landes et Lot-et-Garonne. - crédit photo : Crédit Agricole
Face au blocage des ventes en vrac, la banque verte vient d’accroître son aide à court-terme aux chais indépendants afin de limiter la chute des cours.

Chais pleins et marché atone pèsent sur le moral et les finances du vignoble bordelais. « Premier financeur du vignoble girondin*, nous avons une responsabilité vis-à-vis de la filière. Nous n’avons pas vraiment le choix, nous devons la soutenir dans ce moment compliqué de méventes. Certains viticulteurs n’ont pas eu de rentrées [de trésorerie] et de retiraisons [en vrac] depuis des mois, nous leur ouvrons une enveloppe supplémentaire pour permettre d’assurer les coûts de leur cycle de production » explique Patrice Gentié, le nouveau président de la caisse régionale du Crédit Agricole, qui connaît bien le vignoble, étant pépiniériste dans le Lot-et-Garonne. Pour assurer leurs frais de fonctionnements (taille, traitements, travaux en vert…), les prêts vignerons ont augmenté : +8 % d’encours depuis le début d’année, +13 % sur l’année glissante s’achevant en mai 2019.

"Aide à court-terme"

Depuis ce début mai, la banque verte a augmenté le plafond de soutien à la trésorerie des caves particulières, avec des prêts de trésorerie dont les plafonds sont passés de 50 à 70 % du chiffre d’affaires (calculé sur la moyenne de deux campagnes précédentes). « C’est une aide à court-terme pour une mévente conjoncturelle, avec des remboursements à la fin de l’année » précise Patrice Gentié, qui espère que « les choses vont s’améliorer, mais si la crise devient structurelle, il faudra mettre en place d’autres outils, comme de la restructuration de dette. La situation n’est pas claire, tout le monde s’interroge… » L’inquiétude sur l’ampleur de la crise en cours allant croissant, alors que la place de Bordeaux exprimant de plus en plus ses craintes que les ventes ne repartent pas au second semestre 2019.

Chutes des volumes, et des cours

L’espoir ténu que les ventes des vins de Bordeaux aient seulement calé s’est désormais évaporé : la commercialisation est à l’arrêt et les perspectives de reprise sont incertaines. Après dix mois de campagne 2018-2019, les échanges vrac de vins rouges accusent le coup d’après les dernières statistiques du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) : -24 % pour les Bordeaux (avec 931 000 hectolitres), -22 % pour Saint-Emilion et ses satellites (98 000 hl), -19 % pour les Côtes (à 135 000 hl), -9 % pour les Graves et Médoc (99 000 hl)… Si le prix moyen du tonneau de Bordeaux rouge s’élève à 1 297 euros sur la campagne (-13 %), son cours a chuté à 1 215 € sur le mois de mai (données CIVB). Bien en deçà du prix plancher de 1 350 € le tonneau récemment réclamé par les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA.

"Ne pas être pris à la gorge"

Alors que la filière bordelaise s’engage fortement, par son vignoble et son négoce, à améliorer l’empreinte environnementale sa production, la situation semble ingrate à de nombreux opérateurs qui se heurtent à des marchés bloqués. Et voient le prix de leurs stocks fondre. Le soutien exceptionnel à la trésorerie du Crédit Agricole cherche justement à donner de l’air aux opérateurs : « cela permet aux chais indépendants de ne pas être pris à la gorge et d’être obligé de vendre à bas prix » estime Patrice Gentié.

 

* : Le Crédit Agricole a un taux de pénétration de 85 % des caves particulières bordelaises, et de 56 % pour les metteurs en marché.

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