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Cela ne fait que commencer !

Les vins bio surfent sur la mouvance du « sain » et du « sans »

Mardi 28 mai 2019 par Michèle Trévoux

Benoit Soury, directeur marché bio chez Carrefour : « La progression du bio est un événement majeur. Notre chiffre d’affaires sur ce secteur a progressé de 1,2 en 2017 à 1,8 milliard d’euros en 2018. Et nous visons les 5 milliards d’euros d’ici 2022 »
Benoit Soury, directeur marché bio chez Carrefour : « La progression du bio est un événement majeur. Notre chiffre d’affaires sur ce secteur a progressé de 1,2 en 2017 à 1,8 milliard d’euros en 2018. Et nous visons les 5 milliards d’euros d’ici 2022 » - crédit photo : Michèle Trévoux
La croissance des vins bio s’inscrit dans une tendance générale de consommation, qui privilégient les produits sains et « sans ». La grande distribution, qui pèse encore peu sur ce marché, s’y engouffre avec de grandes ambitions.

« Le débat d’opportunité -on y va, on n’y va pas- est terminé. La question aujourd’hui, c’est comment on passe au bio ». Denis Verdier, président de l’ICV, a magistralement conclu le colloque organisé ce jeudi 23 mai par l’ICV au cœur même de la cave des Vignerons d’Héraclès, leader français des vins bio. Les interventions de la matinée n’ont effectivement laissé aucune place au doute. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans un contexte de diminution de la consommation de vins en France, les vins bio affichent une croissance insolente : + 16,8% par an sur la période 2012-2017 et ce, malgré le déficit de disponibilité. L’avenir semble tout aussi rose, puisque les prévisions de Sudvinbio tablent sur une progression de 14% par an jusqu’en 2022. Des prévisions qui collent avec l’évolution des tendances de consommation, surveillées par Pascale Hébel, directrice du pôle consommation et entreprise au CREDOC. Ses enquêtes mettent en lumière le sacre du sain et du sans.

La montée des préoccupations environnementales

« La dégradation de l’environnement est une inquiétude majeure des consommateurs français. La proportion des consommateurs qui, dans nos enquêtes, la situent dans leurs deux premières préoccupations, a encore bondi de 7% en 2018 pour atteindre 25%. Et les jeunes générations, tous comme les populations les plus diplômées, sont ceux qui se sentent les plus concernés », souligne-t-elle. Cette montée en puissance des valeurs environnementales s’accompagne d’une prise de conscience de l’impact de l’alimentation sur la santé, un phénomène très récent, souligne l’analyste. « Suite aux crises de la vache folle, de la fraude sur les lasagnes de cheval, des œufs contaminés, 74% des Français se disent inquiets pour leur alimentation. Dans ce contexte, le bio rassure » indique-t-elle. Ces dernières années, cette tendance se renforce, les consommateurs se tournent non seulement vers les produits sans pesticides, mais ils tendent à exclure tous les produits de synthèse de leur alimentation : conservateurs, colorants … C’est l’ère des produits « sans ». « On passe d’une obligation de moyens avec le bio à une obligation de résultats avec les produits « sans" », pointe-t-elle.

Une demande de transparence à travers les circuits courts

Le développement des circuits courts et de l’économie circulaire est également notable. Il répond à la demande de transparence des consommateurs sur la façon dont sont produits les aliments qu’ils consomment. L’avenir est donc dans les produits qui répondent à cette nouvelle conscience écologique : des productions qui préservent la planète, des circuits courts, des produits non seulement bio mais également « sans ». La prise en compte de la juste répartition de la valeur entre les différents acteurs de la chaine de production et distribution est également un nouveau critère dans le choix de consommation des Français. Les vins bio, qui sont encore majoritairement vendus en direct, cochent donc bon nombre de cases.

Les consommateurs veulent une origine France pour les vins bio

Une analyse visiblement partagée par les dirigeants du groupe Carrefour. « La progression du bio est un événement majeur. Notre chiffre d’affaires sur ce secteur a progressé de 1,2 en 2017 à 1,8 milliard d’euros en 2018. Et nous visons les 5 milliards d’euros d’ici 2022 », annonce Benoit Soury, directeur marché bio. Dans le rayon vins de Carrefour, les références en bio représentent aujourd’hui 10% de l’ensemble de l’offre, alors que le chiffre d’affaires ne pèse que 3% du total du rayon vin. « On peut se le permettre. C’est une période d’adaptation que nous avons déjà connue avec d’autres produits, mais c’est une situation qui n’est pas tenable à long terme. Nous allons adapter notre offre et nos outils de vente. Nous allons également former nos équipes aux vins bio ». Le groupe a ainsi mené un test cette année dans son hypermarché de Chambourcy en région parisienne, où un espace bio de 600 m2 regroupe la totalité de l’offre bio. L’expérience a sans doute été concluante puisqu’elle sera étendue à une dizaine d’hypers en 2019. Benoit Soury a également annoncé le doublement du nombre de références de vins bio dans les Carrefour bio en 2019. « Les consommateurs veulent une origine France pour les vins bio. C’est une très grande chance pour les producteurs, car le rapport de force est inversé, vu les faibles disponibilités de l’offre française», a-t-il poursuivi. Ce qui n’empêchera pas le groupe d’accroître ses exigences vis-à-vis de ses fournisseurs : « Pour justifier du delta de prix entre bio et conventionnel, il faut plus de transparence. Il faut évoluer d’une obligation de moyens, vers un discours par la preuve ».

Le circuit de distribution du vin bio en France reste cependant totalement atypique, puisque 40% des ventes en valeur sont des ventes directes, la Grande Distribution pesant moins de 20%.

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