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La Fédération des caves coopératives d'Aquitaine refuse de voir les cours du vrac se replier.
Cours des vins en vrac : vers un bras de fer au-dessus du tonneau de Bordeaux ?

Par Alexandre Abellan Le 06 janvier 2015
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Cours des vins en vrac : vers un bras de fer au-dessus du tonneau de Bordeaux ?
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 Il faut maintenir les cours au niveau qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Il n'y a aucune raison pour que les prix se replient : une stabilité des prix ne me semble pas outrancière ! » martèle  Bernard Solans le 5 janvier, à l'occasion de ses vœux aux caves coopératives d'Aquitaine dont il préside la Fédération. La campagne 2014-2015 tarde à démarrer sur la place de Bordeaux, après une campagne 2013-2014 précoce, marquée par une petite récolte (3,4 millions hectolitres en 2013) et un cours moyen logiquement en hausse (+25 % à 1 297 euros le tonneau de Bordeaux rouge, tous millésimes confondus). Si les stocks sont en chute (6,63 millions hl, -17 %), la relative générosité de la vendange 2014 devrait conduire à un tassement des cours, une perspective inacceptable pour la coopération. Egalement président de l'union des producteurs de Rauzan-Grangeneuve, Bernard Solans ajoute : « nous avons appelé à la responsabilité l'an dernier, pour ne pas participer à la spéculation à la hausse du millésime 2013, ce n'est pas pour céder à une spéculation à la baisse sur 2014 ».

Tandis que les coopératives musclent leur discours avant la prochaine commission économique du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (qui se tient vendredi), le négoce tente d'apaiser, en rappelant les objectifs collectifs fixés au long terme par le plan Bordeaux Demain. « Nous sommes en ligne sur la stratégie de valorisation correcte des Bordeaux rouges » explique le négociant Allan Sichel (président de la Fédération des Négociants de Bordeaux et Libourne). « Mais il faut vendre » tempère-t-il. Partisan d'un ajustement doux, il n'est en effet « pas sûr qu'il soit raisonnable de maintenir les prix. Personne ne demande à ce qu'ils baissent, mais il faut créer des conditions tarifaires qui donnent confiance aux marchés et insufflent une dynamique commerciale. La hantise de tout acheteur, c'est de payer moins cher s'il repousse son achat de quelques mois. A terme on peut arriver à la linéarité des cours, sans qu'il n'y ait plus de yo-yo selon la production ou l'environnement économique. » En somme un appel à la souplesse, pour ne pas reconstituer des stocks et voir les cours retomber au plus bas.

Ayant affiché sur la campagne 2013-2014 des prix de vente moyens inférieurs à ceux des caves indépendantes (« une première en 15 ans » note Stéphane Héraud, président de la cave de Tutiac), les coopératives ne semblent pas prêtes à patienter pour un lissage sur le long terme, se focalisant sur les signes inquiétants qui se multiplient. « Il semble que le négoce recule les enregistrements des contrats pluriannuels, pour appeler une baisse des cours. Les négociants hors de la place de Bordeaux suivent en revanche le maintien des cours » rapporte Philippe Hébrard (directeur de la cave de Rauzan). Et « on constate malheureusement une baisse des cours sur des volumes conséquents (30 000 à 40 000 hectolitres), avec un prix moyen inférieur à 1 200 € le tonneau* » ajoute le viticulteur Patrick Vasseur (président de la Fédération Syndicats d'Exploitants Agricoles de Gironde). Un ordre de grandeur qu'avait annoncé le courtier Xavier Coumau (président de la fédération des courtiers de Bordeaux). En octobre dernier, il prévenait également que « ni les courtiers, ni les propriétaires, ni le négoce ne maîtrisent la hausse ou la baisse des cours. C'est vraiment une question d'équilibre de marché, entre l'offre et la demande. » Cette analyse est partagée par Allan Sichel, qui plaide pour que « l'on ne se bloque pas à un niveau trop ambitieux. Est-ce que l'on sait trouver des marchés valorisés qui justifient un prix de 1 200 € le tonneau ? C'est tout l'enjeu de la campagne qui vient, et je n'en suis pas sûr pour 5,6 millions hl. »

La prochaine commission économique du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux s'annonce donc sportive. Les habitués de ces réunions tendues prédisent déjà que chacun campera sur ses positions. Pour le viticulteur Eric Chadourne (président d'Alliance Aquitaine), il n'y a qu'un mot d'ordre : « il faut se serrer les coudes pour tenir le cours des rouges ». Mais plus que les rouges, ce sont les rosés qui pourraient être menacés par un fléchissement des cours prévient Stéphane Héraud. Estimant « qu'il n'y a pas de raison, autre que psychologique, pour que le cours des rosés s'effrite », il affûte ses éléments d'analyse pour démontrer qu'à la baisse des commercialisations s'ajoute celle des stocks, la hausse de production ne justifiant pas alors de baisse des cours.

 

 

* : D'après les dernières données du CIVB, le cours moyen du tonneau de Bordeaux rouge 2014 s'établissait à 1 167 € cette fin décembre (contre 1 242 €/t pour le 2013). Globalement, sur les cinq premiers mois de la campagne, 231 000 hectolitres d'AOC bordelaises ont été contractualisés (-31 % par rapport à la précédente campagne).

 

 

[Illustration : détail d'un épisode de la série One Piece]

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