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2013 dans le rétroviseur

Le jour où le marché chinois s'est arrêté de tourner

Mardi 24 décembre 2013 par Alexandre Abellan

2013 dans le rétroviseur : le jour où le marché chinois s'est arrêté de tourner

Depuis le début de l'année, le vernis de l'Eldorado asiatique se craquelle. Les stocks de vins et spiritueux commençant à peser sur la marché (phénomène amplifié par le changement de gouvernement et sa volonté affichée d'exemplarité, notamment dans les dépenses), tandis que le psychodrame des phtalates* a écorné l'image de qualité des produits européens. A partir d'une lecture erronée de la réglementation européenne sur les résidus de matières plastiques, les blocages aux douanes de vins et spiritueux ont secoué la filière ce début 2013. Tempérant les inquiétudes, l'œnologue Marc Dubernet (laboratoires Dubernet) nous expliquait alors que « les phtalates que l'on retrouve dans le vin ne sont présents qu'à très faible concentration, sans risque alimentaire ni danger particulier ». Ayant eu un container bloqué, Jean-Pierre Cointreau, le président du groupe Renaud Cointreau (cognacs Frapin) estimait au final que cette « barrière était plus administrative que technique ». Les maisons de Cognac ayant veillé à bannir des chais charentais toute matière contaminante (recouvrement époxy notamment), l'affaire semble désormais pouvoir être classée.

Ce qui n'est pas le cas des enquêtes anti-subvention et anti-dumping, qui une fois lancée n'ont pas vu leur cours s'infléchir. Ce premier juillet, le vignoble européen accusait un véritable coup de bambou : l'ouverture d'enquêtes chinoises anti-subventions et anti-dumping sur ses vins. Dans les cartons du Ministère Chinois du Commerce (MOFCOM) depuis quelques temps, cette procédure est vue comme une mesure de rétorsion pour un différend commercial sur l'importation européenne de panneaux solaires chinois. La prophétie de Michel Chapoutier (maison M. Chapoutier) s'est révélée exacte : « vous allez voir que quand le dossier du photovoltaïque sera réglé, la filière vin se retrouvera laissée seule au milieu du gué ». Le conflit sur les panneaux solaires est en effet fermé depuis la fin juillet, tandis que la procédure sur les vins suit son cours (elle doit durer un an) : après la phase d'enregistrement en juin des entreprises ayant expédié des vins vers la République Populaire de Chine (5 000 dossiers déposés, à 70 % français), les listes des entreprises retenues dans les panels d'enquête ont été arrêtées. Des négociations sur les télécoms pourraient alimenter de nouvelles tensions...

Semblant d'abord dépassé par ce qui lui tombait dessus, le vignoble grogne de ne pas avoir été défendu lorsqu'il en était encore temps. Président du Comité National des Interprofessions des Vins à Appellation d’Origine et Indications Géographiques (CNOV), Jean-Louis Salies regrette s'être senti « transparent. C’est bien malheureux, mais c’est l’impression que nous a donnée l’ensemble de la classe politique sur le dossier de la Chine ». Malgré son soutien affiché (notamment lors du salon Vinexpo) et sa volonté de mettre le sujet à l'ordre du jour européen, la ministre du Commerce Extérieur Nicole Bricq est vertement critiquée. Elle aurait fait preuve d'« une gestion indigente » juge Bernard Farges, président de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellations d'Origine Contrôlées (CNAOC) et du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB). Cette lassitude provient des difficultés désormais rencontrées sur le marché chinois. Après des millions dépensés pour séduire les chinois fortunés, les maisons de Cognac sentent le contre-coup de l'euphorie asiatique, et misent désormais sur la diversification de leur grand export (notamment en Afrique).

Malgré tout, la Chine reste un marché d'avenir pour Louis-Fabrice Latour, président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS) et président délégué du Bureau Interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB). Pour lui, la diminution conjoncturelle des expéditions françaises ne doit pas masquer le fait que « le marché est toujours en expansion ! Cette évolution s’explique en partie par le fait que face aux enquêtes en cours, les importateurs chinois diversifient en fait leurs sources d'approvisionnement : ils vont vers le Chili, l'Argentine, l'Australie... » A long terme, les experts du marché chinois estiment que plus que d'un repli, il s'agit d'un repositionnement de la consommation.

 

 

* : Ayant animé le printemps 2013, cette affaire avait également soulevé questions sur les résidus de manganèse et de fer.

 

 

[Illustration : détail de l'affiche du film Combats de Maîtres de et avec Jackie Chan]

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