lors que flambent les alambics et que se distille la vendange 2025 en AOC Cognac, les plans sociaux et procédures collectives s’égrènent dans la campagne charentaise, conséquence de la déconsommation mondiale des vins et spiritueux, mais aussi des effets persistants de 18 mois d’enquête antidumping lancée par Pékin de janvier 2024 à juillet 2025 en rétorsion aux mesures européennes antisubvention sur les voitures électriques chinoises (décidées à Bruxelles avec le soutien un temps vocal de Paris). Si la filière charentaise se mobilise pour s’adapter à la baisse structurelle des consommations de spiritueux, avec la pérennisation du Volume Complémentaire Cognac individuel (VCCI, permettant l’augmentation des rendements individuels en échange de l'arrachage volontaire de surface de vignes) et le travail sur un mécanisme d’arrachage temporaire primé (avec un financement interne à la filière, mais avec des montants et modalités à finaliser), il reste un trou béant dans la raquette : que devient la demande d’arrachage définitif pour les 3 500 hectares de vignes sans marché à cause du repli chinois ?
Portée par le Bureau National Interprofessionnel de Cognac (BNIC), la demande ne trouve pas d’écho à Bruxelles, la Commission Européenne indiquant ne pas avoir été saisie par la France, ni n’avance à Paris, où le sujet est éludé. De quoi courroucer à Cognac. « Il est hors de question que la filière soit oubliée au regard du dossier Chine et de ses conséquences sur la filière » tape du poing Florent Morillon, le président du BNIC, qui évoque les « coût des procédures et avocats, perte de marché… Alors qu’en parallèle, l’Europe engrange des milliards d’euros de taxes sur les véhicules électriques chinois. On ne peut pas être les oubliés de l’affaire, ceux qui ont été pris en otage au profit de la filière automobile européenne. » Alors que la gouvernement français annonce un arrachage définitif de 130 millions € sur fonds nationaux, la filière charentaise veut disposer d’une enveloppe européenne spécifique compensant son exposition aux sanctions chinoises. Le sentiment étant que les priorités françaises mises sur un arrachage définitif national et l’obtention d’une distillation de crise européenne ont écarté les demandes de Cognac. Ce qui est inacceptable pour les représentants charentais, qui estiment avoir fait le job eux-mêmes sur le VCCI (l’aide de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité étant vue comme un appui à la hauteur de l’importante contribution de Cognac à l’INAO) et l’accord de prix minimums avec la Chine (débloquant le conflit diplomatique en juillet, malgré le manque de soutien des autorités françaises et européennes).
N’appréciant pas la tournure prise par la situation, où Paris comme Bruxelles semblent gagner du temps pour n’aboutir à rien, les opérateurs charentais s’impatientent. « Suite au dossier antidumping chinois, avec toutes ses conséquences, à date, la filière Cognac n’a pas obtenu un euro d’aide, ni de l’Etat français, ni de l’Europe. Nous comptons bien ne pas faire partie des oubliés de l’histoire » prévient Florent Morillon. « Si on regarde par région viticole, celles qui ont touché le plus d’aides de l’Etat ou de l’Europe ces 10 ou 20 dernières années, nous sommes la région qui a bénéficié le moins de soutien de fonds publics. Donc, on ne compte pas laisser notre place cette fois-ci ! » plaide le président du BNIC, qui souligne le soutien charentais aux autres vignobles en difficulté, mais pour qui « l’excuse pour ne pas nous aider, qui revient régulièrement, ce sont nos plantations nouvelles. Ces plantations, nous les assumons, nous les gérons, et le surplus de bassin actuel dû au contexte, nous l’autogérons avec le VCCI, et nous travaillons sur un plan d’arrachage temporaire, autofinancé. On n’a strictement rien à nous reprocher ! »




