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"La guerre a souvent servi d'excuse pour augmenter les prix" des bouteilles, des engrais, des cartons...
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Dénonciation portugaise
"La guerre a souvent servi d'excuse pour augmenter les prix" des bouteilles, des engrais, des cartons...

Les vins portugais s’insurgent contre l’explosion des prix des matières sèches et des intrants, et l’incapacité de sa ministre de l’Agriculture à gérer la crise qui touche la filière vitivinicole portugaise.
Par Sharon Nagel Le 16 février 2023
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Paulo Amorim estime que la « situation périphérique » du Portugal, dont la filière comporte essentiellement de petits et moyens acteurs, le pénalise vis-à-vis des achats de matières sèches et d’intrants - crédit photo : Paulo Amorim
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a ribambelle de problèmes qui touchent les producteurs et metteurs en marchés de vins portugais se calque sur celle que rencontrent leurs homologues français, italiens et espagnols, pour ne citer qu’eux. « Le prix des bouteilles a fait un bond de 55 % depuis la guerre en Ukraine, les engrais et autres intrants ont plus que doublé, les cartons ont augmenté de 125 % l’an dernier, passant de 400 euros à plus de 900 par mille, les étiquettes ont subi une hausse de 50 %, les bouchons en liège de 20 % et les capsules de 30 % », répertorie l’Association nationale des négociants et exportateurs de vins et spiritueux portugais (ANCEVE, qui regroupe à la fois producteurs et metteurs en marché dans les principaux vignobles portugais). Cela, sans parler de l’augmentation de plus de 100% du gasoil agricole et de la forte hausse du prix de l’électricité. Dans le même temps, les producteurs n’ont réussi à répercuter qu’environ 10% d’augmentation de prix.

 La guerre sert d’excuse 

La filière portugaise s’estime particulièrement lésée, pour deux raisons. « Le problème pour nous, c'est que le Portugal est un petit pays périphérique et que la situation actuelle nous touche davantage que d'autres pays producteurs de vin », déplore Paulo Amorim, le président de l'ANCEVE. Le représentant professionnel portugais, fait Chevalier de l’ordre du mérite agricole français en 2019, va même plus loin : « Nous considérons que la guerre a souvent servi d'excuse pour augmenter les prix de divers produits. Nous estimons que les fournisseurs ont profité de la situation pour imposer des conditions que nous n'avions jamais vues auparavant, comme la facturation du transport, y compris pour les petites et moyennes exploitations viticoles, alors qu'auparavant le coût du transport était supporté par les fournisseurs de bouteilles, bouchons, étiquettes, cartons, etc. Ils exigent également le paiement à l'avance, même pour les petits et moyens producteurs de vin qui ont l'habitude de payer en temps voulu,  et n'ont jamais eu d’incidents de paiement. Les fournisseurs facturent parfois aussi les dépenses d'énergie ».

Le pot de terre contre le pot de fer

C’est la physionomie même de la filière portugaise qui permettrait ce type d’injustice, estime Paulo Amorim : « Il me semble que l'Italie, la France et même l'Espagne sont mieux traitées que le Portugal en termes de prix et de disponibilité des matières sèches et autres produits. Elles ont des acteurs plus importants qu'au Portugal, où nous n'avons que trois ou quatre grands établissements vinicoles. La majeure partie du secteur est composée de petits et moyens producteurs, c'est notre culture nationale, tandis que le secteur verrier est très concentré et puissant ». Pis encore, l’ANCEVE fustige l’incompétence de son ministère de tutelle : « La situation est une honte et le secteur agricole demande sa démission depuis l'année dernière. Elle est totalement incompétente ».

Depuis l’été dernier, l’Association demande une série d’aides, dont le soutien à la trésorerie des entreprises, des aides au stockage de bouteilles en verre et aux investissements dans les barriques, de même que des mesures de promotion destinées spécifiquement aux petites et moyennes entreprises et une réduction de la fiscalité sur le gasoil agricole. Pour l’heure, seule la dernière demande a été entendue par le ministère. « On parle à un mur. Nous savons qu’il existe des financements européens qui pourraient être utilisés, avec l’accord de Bruxelles, pour nous aider à résoudre certains problèmes. Mais nous ne recevons aucun soutien », insiste Paulo Amorim.

La consommation nationale comme planche de salut

Malgré ses demandes insistantes pour l’aider à surmonter ces problèmes conjoncturels, l’ANCEVE n’envisage pas pour l’heure des mesures plus structurelles, à l’instar de la France. Même si, au sein de la filière, il existe des discussions autour de cette thématique, l’envergure de la production – la récolte portugaise est estimée à 6,88 millions hl en 2022 – ne semble pas nécessiter de mesures drastiques à long terme. « Nous n’envisageons pas de mesures comme l’arrachage », précise Paulo Amorim. « Notre consommation domestique reste très élevée. Nous sommes toujours, il me semble, le premier pays consommateur de vin au monde, donc nous ne sommes pas inondés de vins ». En revanche, le fondateur de ViniPortugal s’inquiète de l’impact de la pénurie des bouteilles, notamment, sur la présence des vins portugais à l’international : « Si vous êtes producteur de vin et que vous avez un client au Royaume-Uni qui a toujours acheté le même format de bouteille pour tel vin, ce client n'accepte pas que l’on change de bouteille tous les deux mois. De même, les consommateurs sont complètement perdus, ils ne reconnaissent plus le vin en linéaire ». Ainsi, l’ANCEVE estime qu’il « est urgent et impératif qu'en cette période dramatique et exceptionnelle, que le gouvernement accepte, une fois pour toutes, d'accélérer un plan exceptionnel et spécifique de soutien au secteur vitivinicole ».

 

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