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D'importantes restrictions anti-alcool envisagées au Canada et en Ecosse
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Effet domino
D'importantes restrictions anti-alcool envisagées au Canada et en Ecosse

Quelques semaines après la validation par l’Union européenne d’un projet de règlement irlandais prévoyant l’affichage obligatoire d’avertissements sanitaires sur les bouteilles d’alcool, un rapport publié au Canada la semaine dernière préconise l’apposition de messages sanitaires évoquant également le risque de cancers. Parallèlement, les autorités écossaises étudient l’interdiction de la publicité en faveur des boissons alcoolisées.
Par Sharon Nagel Le 25 janvier 2023
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D'importantes restrictions anti-alcool envisagées au Canada et en Ecosse
La proposition du gouvernement écossais évoque même la possibilité de mettre le rayon des boissons alcoolisées derrière un comptoir, comme dans certains magasins de monopole scandinaves par le passé - crédit photo : Sharon Nagel
L

e rapport publié ce 17 janvier par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances est catégorique : aucun niveau de consommation d’alcool ne peut être considéré comme sûr pour la santé. Par conséquent, il estime que le public doit en être informé sur l’étiquetage même des boissons alcoolisées, qui devraient faire figurer le nombre d’unités d’alcool contenu dans chaque format de conditionnement.

Certes, le Centre est bien dans son rôle et il affirme avoir passé au crible sur deux ans plus de 6 000 études publiées par des revues à comité de lecture pour arriver à ses conclusions. Mais il ne fait aucun doute que sa position s’est considérablement endurcie depuis la publication de ses dernières préconisations de consommation en 2011. En effet, il y a dix ans, il recommandait aux hommes de ne pas dépasser 15 verres par semaine contre 10 pour les femmes, « pour réduire les risques sanitaires à long terme ». Désormais, le Centre estime que « consommer plus de deux verres par semaine fait courir des risques pour la santé ». Il ne fait pas cavalier seul : plusieurs hommes et femmes politiques sont montés au créneau pour réclamer des avertissements sanitaires sur l’étiquetage.

Bis repetita

De l’autre côté de l’Atlantique, en Ecosse, qui n’en est pas à son premier coup d’essai en matière de restrictions sur la commercialisation de boissons alcoolisées, une consultation a été lancée à l’automne dernier pour éventuellement interdire la publicité en faveur de l’alcool à la télévision, par voie d’affichage, lors d’événements sportifs et autres animations, sur le merchandising et en ligne (sites internet et réseaux sociaux). Rappelons que l’Ecosse a déjà instauré un prix minimum unitaire sur l’alcool, abaissé le niveau d’alcool autorisé au volant et interdit les promotions d’achats multiples. Des mesures très proches de celles appliquées en Irlande dans le cadre de sa Loi de Santé publique de 2018, dont l’application d’un prix minimum sur l’alcool, la mise à l’écart du rayon des boissons alcoolisées à l’intérieur de certains points de vente et le fameux message sur « les dangers liés à l’alcool » sur l’étiquetage.

La proposition écossaise propose d’élargir les restrictions déjà en place sur l’affichage publicitaire sur les boissons alcoolisées pour englober l’ensemble des espaces publiques – dont les transports en commun – et non pas uniquement les zones fréquentées par les enfants. Elle souhaite également interdire la publicité à la télévision, à la radio, au cinéma, sur les supports écrits et en ligne, le document de consultation évoquant soit une interdiction totale, soit après une certaine heure. Il s’interroge également sur la nécessité de limiter le marketing sur les boissons alcoolisées à des éléments factuels spécifiques – à la Loi Evin – et sur l’intérêt d’en limiter la visibilité en vitrine et de placer l’alcool à l’intérieur d’espaces dédiés en magasin, à l’écart des entrées et sorties, voire même derrière le comptoir à l’instar du tabac. Par ailleurs, est envisagée une interdiction de tout merchandising faisant figurer des marques de boissons alcoolisées ou faiblement alcoolisées/non alcoolisées. Une mesure qui ne manquerait pas d’impacter la commercialisation sur les lieux de fabrication comme les distilleries, fortement dépendantes de cette source de revenu.

Trainée de poudre

La période de consultation se termine au 9 mars 2023. D’ici là, on peut s’interroger sur les motivations derrière toutes ces initiatives : l’objectif avoué est de protéger notamment les jeunes consommateurs. Or, les chiffres montrent que les jeunes sont de moins en moins consommateurs et de plus en plus sensibles à la notion de modération. De même, au Canada on affirme qu’à partir de deux verres d’alcool par semaine on court des risques sanitaires qui vont croissant, alors que la Belgique, par exemple, estime que le niveau de consommation à faible risque se situe à 21 verres par semaine pour les hommes et 14 pour les femmes. Peut-on alors affirmer qu’il y a des preuves irréfutables pour soutenir la thèse canadienne ? Ce qui est certain, c’est que chaque pays ayant des projets pour restreindre fortement la commercialisation, la visibilité et l’étiquetage des boissons alcoolisées étudie de très près les initiatives qui se multiplient à travers le monde actuellement, s’en servant comme justification pour instaurer ses propres mesures. Il ne leur en fallait pas plus pour apporter de l’eau, bien sûr, à leur moulin…

 

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