Accueil / Politique / La vague hygiéniste contre les vins enfle en Europe

Vent du Nord
La vague hygiéniste contre les vins enfle en Europe

Que ce soit dans le cadre du plan européen contre le cancer ou des initiatives individuelles par les Etats membres, l'alcool est de plus en plus dans la ligne de mire des autorités sanitaires. Exemples avec trois pays du Nord de l'Europe.
Par Sharon Nagel Le 09 mai 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
La vague hygiéniste contre les vins enfle en Europe
Des expériences pour tester l’efficacité des messages de mise en garde ont déjà été menées au Canada - crédit photo : Université de Toronto
E

n 2018, le gouvernement irlandais actait une loi sur la santé publique qui comportait plusieurs changements majeurs pour la commercialisation des boissons alcooliques. Parmi ses dispositions figuraient l’instauration d’un prix minimum pour l’alcool, entrée en vigueur en janvier dernier, ainsi que des restrictions sur la publicité et des obligations relatives à l’étiquetage. A la grande surprise de tous, y compris de leurs auteurs, deux amendements rendant obligatoire un message sanitaire sur le cancer ont été adoptés lors de son passage au Sénat. « Ces amendements sont passés presque inaperçus », note Jonathan McDade, chargé de la mise en œuvre de la loi sur la santé publique auprès de Drinks Ireland. « Mais ils ont entraîné beaucoup de problèmes relatifs à la terminologie, car la loi stipule que l’avertissement doit prévenir que l’alcool provoque des cancers mortels ou une variante proche. Or, le ministère irlandais de la Santé craint qu’un tel message brutal ne soit pas au goût de la Commission européenne ni d’autres Etats membres ».

Se pose aussi le problème de la libre circulation des marchandises au sein de l’Union européenne, l’étiquetage pouvant être conçu comme un obstacle au commerce. Résultat : « Les amendements sont restés en suspens. Aux dernières nouvelles, le Procureur Général et le ministère de la Santé irlandais attendent de voir les mesures prises dans la cadre du plan européen contre le cancer. Cela les arrangerait bien de se baser sur ce que décide l’Europe ».

Un précédent dangereux

Partant d’amendements de dernier moment soufflés par l’association irlandaise de lutte contre le cancer, cette disposition pourrait faire tâche d’huile dans d’autres pays européens. En avril, les autorités norvégiennes ont annoncé être en train d’étudier une proposition visant à instaurer un étiquetage obligatoire prévenant des risques de cancer sur les emballages de boissons alcoolisées. Dans un rapport de 30 pages soumis par la direction générale de la Santé au ministère, sa directrice Linda Granlund a estimé qu’il était grand temps de sensibiliser le public à ces risques, « étant donné qu’il n’y a aucun niveau de consommation d’alcool qui soit sûr ». La recommandation, émise après plusieurs mois de réflexion, fait partie de la stratégie gouvernementale qui vise à abaisser de 10 % la consommation d’alcool au sein de la population norvégienne d’ici 2025.

« Nous n'avons pas encore décidé de la manière dont l'étiquetage sera présenté ni comment il sera mis en œuvre ou géré. Il faut d'abord qu'il y ait une décision politique sur l'opportunité d’y procéder ou non », précise la directrice de la division de santé publique. Il est proposé que les avertissements soient conformes aux directives de l'Organisation mondiale de la santé, l’OMS ayant proposé que des exigences spécifiques soient instaurées quant à la manière dont les informations doivent être présentées sur l'emballage.

Prévention des usages problématiques d’alcool

Dans le même temps, cette fois aux Pays-Bas, une étude réalisée par l’Institut Trimbos, agence spécialisée dans la santé mentale et les addictions, s’est penchée sur la possibilité de mettre en œuvre un message sanitaire obligatoire sur les emballages de boissons alcooliques. L’Institut conclut que « l’étiquetage de l’alcool peut contribuer à atteindre les objectifs fixés dans l’Accord national de prévention des usages problématiques d’alcool ». Le ministère de la Santé, du Bien-Être et des Sports souhaitait connaître la possibilité d’instaurer un étiquetage obligatoire sur l’alcool et les résultats de l’étude ont été présentés à la Chambre des représentants. L’exemple de l’Irlande est cité comme un précédent justifiant des mesures dans le même sens.

La question des accises refait surface

Enfin, si l’on doutait encore que les boissons alcooliques ne soient dans le collimateur des différentes instances au niveau européen, la Commission a annoncé le 11 avril avoir lancé un appel à contributions sur le cadre réglementaire régissant les droits d’accise sur l’alcool. La réglementation actuelle prévoit des taux minima d’accises à travers l’Union européenne, mais la Commission insiste sur le fait que « les règles n’ont pas fait l’objet de mise à jour depuis 1992 et n’ont pas suivi le rythme de l’inflation, l’évolution du marché, les habitudes de consommation ou les problèmes de santé publics toujours plus nombreux ». La période de consultation restera ouverte jusqu’au 4 juillet 2022.

Certes, le calendrier de ces différentes mesures laisse un certain temps de réflexion et d’intervention. « Si la Commission européenne commence à réfléchir à un message de mise en garde contre le cancer et à la terminologie à employer, la procédure irlandaise ne se concrétiserait pas avant 12 ou 18 mois », estime Jonathan McDade. « A mon sens, l’Union européenne va se focaliser sur l’étiquetage nutritionnel et les apports caloriques cette année, pour ensuite cibler d’autres questions relatives à l’étiquetage l’an prochain ». Mais devant autant d’imprécisions, d’inexactitudes, voire de mensonges qui viennent étayer ces propositions réglementaires, et l’effet traînée de poudre au sein de l’Europe, le temps presse.

 

Tour d’horizon

Selon l’OMS, une quarantaine de pays dans le monde ont instauré différents messages sanitaires sur les emballages de boissons alcooliques. La plupart d’entre eux sont d’ordre plutôt général et visent la consommation excessive d’alcool. Certains, comme en France ou aux Etats-Unis, portent sur les risques encourus par les femmes enceintes et les enfants. D’autres encore préviennent contre les risques de l’alcool au volant ou dans la manipulation des machines. Dans de nombreux cas, ce sont des pays avec de fortes populations défavorisées, où la motivation de l’étiquetage semble résider dans des problèmes de surconsommation. Paradoxalement, si l’on prend l’exemple de l’Irlande, comme le précise Jonathan McDade, « la consommation d’alcool par habitant a régressé de 30% par rapport au pic de 2001. Comme notre population est vieillissante, que les consommateurs favorisent de plus en plus la qualité au détriment de la quantité et que les jeunes boivent moins, nous pensons que cette tendance va perdurer ».

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
vitijob.com, emploi vigne et vin
Charente - Alternance/Apprentissage
Seine-Saint-Denis - CDI
Ardèche / Drôme / Isère ... - CDI
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé