Accueil / Commerce/Gestion / La déconsommation de vin gagne du terrain, mais les vignerons résistent
La déconsommation de vin gagne du terrain, mais les vignerons résistent
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Sur le terrain
La déconsommation de vin gagne du terrain, mais les vignerons résistent

Depuis plusieurs années déjà, la consommation de vin rouge chute en France. Sur le terrain, domaines et caves le constatent, mais ne baissent pas les bras.
Par Amélie Bimont Le 10 janvier 2023
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
La déconsommation de vin gagne du terrain, mais les vignerons résistent
Dans le Beaujolais, au domaine Bergeron, entre Juliénas et Fleurie (Rhône), Jean-François Bergeron observe une baisse de l’ordre de 5 à 7 % de ses ventes en volume sur les salons des Vignerons Indépendants de Lyon, Lille et Paris, ainsi qu’un panier moyen en baisse. - crédit photo : DR
E

n soixante ans, la consommation de vin des Français a chuté de 70 %, passant de plus de 120 litres par an et par habitant en 1960, à moins de 40 l/an en 2020. Ce phénomène de déconsommation s’accentue pour les vins rouges puisqu’entre 2010 et 2021, leurs ventes ont chuté de 33 % en hyper et supermarchés, selon les données IRI pour FranceAgriMer et le CNIV.

Christophe_Esclangon_Gigondas.jpg

Christophe Esclangon (Crédit photo DR)

Dans la vallée du Rhône, Christophe Esclangon, directeur général de la Cave de Gigondas (Vaucluse), en dresse le constat indéniable. « La fréquentation au caveau est en baisse d’environ 30 % depuis le mois d’avril, malgré une bonne arrière-saison en septembre et octobre. Le panier moyen est également en baisse de 10 % depuis juillet 2022 par rapport à 2021, et les clients se tournent vers une gamme de prix inférieure au détriment des crus. »

Pour vendre au caveau, il faut du passage et de l'attractivité

En parallèle, la demande en vins blancs augmente. Christophe Esclangon s’en réjouit car il pourra en produire du Gigondas blanc dès 2023, suite à une modification du cahier des charges. En attendant, il se démène pour pallier cette baisse. « Pour vendre au caveau, il faut du passage et créer de l’attractivité. Pour cela, nous développons un programme oenotouristique avec des journées à thèmes : accords vins & chocolats avec un artisan chocolatier de Gigondas en novembre, truffe & vins en décembre, une fête de la vigne et du vin en mai, des concerts l’été avec foodtruck… Pour bénéficier de plus de visibilité, nous sommes très présents sur les réseaux sociaux, et nous faisons deux campagnes d’envoi papier par an pour inciter les clients à passer commande. C’est beaucoup d’investissements mais ces actions nous aident à nous maintenir. » La cave va également profiter de son nouvel outil de gestion. « Il nous permettra de mesurer la fréquentation de nos clients au caveau et si les visites se réduisent, de les relancer grâce à des offres ciblées. »

Impact parfois dramatique

Autre son de cloche aux Vignoble Feillon, à Saint-Seurin-de-Bourg, en Gironde, dans l’appellation Côtes de Bourg. « Depuis dix ans, le panier moyen a baissé de 60 à 70 %, mais depuis deux ans, c’est la catastrophe, confie Anja Feillon, propriétaire du domaine. Nous avons beaucoup moins de passages qu’avant, et les commandes à distance ont chuté avec le coût du transport qui a flambé. Nous sommes entre 6 et 12 € le col prix consommateur : lorsque l’on annonce 3 € de frais de port par col pour un colis de 12 bouteilles, cela rebute même les clients les plus fidèles ! » Pour le reste, pas un seul contrat de négoce sur toute l’année 2022. « Nous sommes à bout de souffle », avoue Anja Feillon.

Relooker le packaging pour redynamiser les ventes

Plus au sud, à Portets (Gironde), dans les Graves, Sophie Rouanet, gérante du Clos Lamothe, observe une baisse significative depuis trois ans. « La vente directe représente 80 % de notre volume et, depuis la crise du Covid, nous avons perdu environ 20 % de notre chiffre d’affaires. La fréquentation des salons a repris cette année mais les gens achètent peu. »

Sophie_Rouanet_ ClosLamothe.jpg

Sophie Rouanet (crédit photo DR)

Pour tenter d’inverser la tendance, le Clos Lamothe mise sur l’œnotourisme, avec un gîte qui se porte bien et qui fidélise la clientèle. « Il y a une demande de vins blancs mais malheureusement, nous en manquons », ajoute Sophie Rouanet. Autre projet prévu pour l’année prochaine : relooker tout le packaging, de la bouteille à l’étiquette, dans le but de dynamiser les ventes.

Les blancs explosent

Dans le Languedoc, à Cazouls-les-Béziers (Hérault), Jocelyne Travers, responsable du caveau de la cave coopérative des Vignerons du Pays d'Ensérune, reste optimiste. Les ventes baissent en quantité mais augmentent en valeur. « Le caveau fonctionne bien, et si les rouges se maintiennent, les blancs explosent !, confie-t-elle. Il y a beaucoup de passage, nous misons sur l’œnotourisme, en nous appuyant sur de nombreuses animations : ateliers mets et vins l’hiver, nocturnes l’été, visites de caves, matinées huîtres et vin…. Nous vendons désormais plus de coffrets alliant du vin et des produits locaux que de coffrets de vins seuls. Nous mettons en avant nos artisans locaux. Le client est sensible à cette démarche. »

Recul du panier moyen

Dans le Muscadet, au domaine Grand-Mouton, à Saint-Fiacre-sur-Maine (Loire-Atlantique), Julien Rossignol vend environ 20 % de sa production aux particuliers. Lorsqu’il reprend le domaine il y a trois ans, la vente aux particuliers ne représente que 3 %.

Julien_Rossignol_GrandMouton.jpg

Julien Rossignol (Crédit photo Julien Rossignol)

Pour la développer, il déploie un site marchand, mise sur l’œnotourisme et sur les réseaux sociaux. Après une bonne année 2021, il observe un net recul du panier moyen sur les derniers mois de 2022 et ce, sans explications. « Là où je vendais trois cartons, je n’en vends plus que deux », s’inquiète le vigneron, en espérant que ce recul ne durera pas. « J’organise des repas d’entreprises, des portes ouvertes. Je me diversifie pour attirer la clientèle sur le domaine. »

Davantage de livraisons à domicile

Dans le Beaujolais, au domaine Bergeron, entre Juliénas et Fleurie (Rhône), Jean-François Bergeron observe une baisse de l’ordre de 5 à 7 % de ses ventes en volume sur les salons des Vignerons Indépendants de Lyon, Lille et Paris, ainsi qu’un panier moyen en baisse.

Pour ce vigneron, la vente directe représente 32 % en volume. « J’ai comblé ce manque avec de nombreuses livraisons à domicile, avec des frais de port offerts à partir de 30 bouteilles, ce qui a très bien fonctionné. Le Beaujolais nouveau a bien marché, malgré une hausse des prix de 30 à 40 centimes par col compte tenu de l’augmentation des matières sèches. Nous avons la chance de bénéficier d’une belle dynamique de l’appellation. Mais les salons ne sont pas donnés et j’ai fait beaucoup de kilomètres avec un coût de gazole qui a bien augmenté. »

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (1)
Gentui Le 14 janvier 2023 à 20:28:47
Longtemps très moyens Mal distribués Mal promotionnés Et surtout trop cher en rapport qualité -prix De plus une loie Ewin impactante et le coût en restauration extrêmement excessif allié aux contrôles routiers... Un litre de vin = un repas Nb. Les foires aux vins sont de qualité moyenne mais le coût actuel n'est plus adapté à la situation économique actuelle.
Signaler ce contenu comme inapproprié
© Vitisphere 2023 - Tout droit réservé