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Des viticulteurs prêts à jeter l'éponge face aux nouvelles exigences de la HVE
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Certification
Des viticulteurs prêts à jeter l'éponge face aux nouvelles exigences de la HVE

Avec des exigences revues à la hausse, le nouveau référentiel de la certification HVE suscite rejet, incompréhension et inquiétude.
Par Colette Goinère Le 12 décembre 2022
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 Des viticulteurs prêts à jeter l'éponge face aux nouvelles exigences de la HVE
David Vigouroux, propriétaire du Château Baudare, 55 ha en AOC Fronton, est certifié HVE depuis le millésime 2017."Cette nouvelle certification se rapproche grandement du bio, ce qui n’est pas l’esprit premier de la HVE." - crédit photo : Câateau Baudare
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ames Samson, viticulteur, s’emporte. « Je n’ai pas bien compris les nouvelles règles de certification HVE. Si c’est trop compliqué, s’il y a trop de contraintes, trop de paperasse, j’abandonnerai. » À la tête de 120 ha à Visan, dans le Vaucluse, il est certifié depuis trois ans. En novembre 2021, il a acquis à Taulignan une propriété de 15,5 ha qu’il projette de faire certifier, elle aussi, cette année. Il a eu la bonne idée – pensait-il – d’y installer 150 brebis, qui ont brouté l’herbe en janvier et en février derniers. Les calculs réalisés par Isabelle Mejean, conseillère viticole, référente HVE à la chambre d’agriculture de la Drôme, viennent de refroidir son enthousiasme.

« Chaque brebis a amené 11 kilos d’azote avec ses déjections, calcule-t-elle. Au final, on arrive à un apport de 23 unités d’azote compte tenu des autres apports. Avec les exportations, le bilan s‘équilibre à 19 unités. Avec l’ancien référentiel, M. Sanson aurait obtenu 10 points et validé sa gestion de la fertilisation. Avec le nouveau, il n’a que 8 points. On se rend compte que même avec des pratiques vertueuses comme l’écopaturage, il faut adopter des pratiques complémentaires – ne pas fertiliser des surfaces, par exemple – pour arriver au seuil de 10 points. »

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James Samson (crédit photo Chastel-Samson)

Avant de décider quoi que ce soit concertant la certification de sa nouvelle propriété, James Samson devra tenir compte d’une autre donnée. « Ce sont les importateurs qui me demandent la HVE, dit-il. Or, je vends 10000 cols à l’export et 40 000 en France. »

Des calculs supplémentaires

Côté stratégie phyto, l’indicateur de fréquence de traitement (IFT), notamment pour la partie herbicide, pose aussi problème. « Je crains des difficultés, lâche Marine Pithon, chargée de mission agroécologie à la chambre d’agriculture de l’Hérault, et référente HVE pour les chambres d’Occitanie. Auparavant, on obtenait des points en dessous de 1,09 IFT herbicide. Désormais, ce sera en dessous de 0,7, soit un peu plus d’une demi-dose par an et par hectare. Ce n’est pas possible. Il faudra aller chercher des points avec d’autres pratiques comme la mise en place de couverts végétaux, l’utilisation de méthodes alternatives ou d’outils de prévision des risques de maladie. Ce qui veut dire des calculs et des accompagnements par un technicien supplémentaires. »

Les infrastructures agroécologiques moins valorisées

Marine Pithon pointe aussi du doigt les nouveaux critères pour la biodiversité. Certes, le nouveau référentiel valorise toujours les infrastructures agroécologiques (IAE : haies, talus, fossés, jachères…), mais moins qu’avant. « Les IAE sont calculées avec des coefficients plus faibles, explique-t-elle. Auparavant, 100 mètres de haies équivalaient à 1 ha d’IAE. Avec le nouveau référentiel, les 100 mètres ne représentent plus que 2000 m2. Auparavant, la biodiversité était également plus facile à calculer. Désormais, il y a plus d’indicateurs. Il faudra se munir de cartes pour comptabiliser toutes les bandes tampons, les bordures de bois... Les audits vont être plus longs. Cela va demander beaucoup plus de travail. »

À Labastide-Saint-Pierre, dans le Tarn-et-Garonne, David Vigouroux, propriétaire du Château Baudare, 55 ha en AOC Fronton, est certifié HVE depuis le millésime 2017. Il dit ne pas être tranquillisé. « Ce qui m’inquiète surtout, c’est qu’on ne va plus pouvoir utiliser de CMR. Il ne va pas rester grand-chose en produits pénétrants si on enlève les CMR2. Cette nouvelle certification se rapproche grandement du bio, ce qui n’est pas l’esprit premier de la HVE. »

Trop d'incohérences

À Bordeaux aussi, la nouvelle mouture de la certification en refroidit plus d’un. Stéphane Gabard, président de l’ODG des Bordeaux et Bordeaux supérieur, en est convaincu. « Elle ne va pas encourager les viticulteurs à passer en HVE car il y a trop d’incohérences, estime-t-il. Un exemple : on prend moins en considération la biodiversité. Les lisières de bois, les haies sont moins valorisées. C’est incompréhensible. » Pour lui, seul l’abandon de la voie B, qui était très critiquée pour son approche comptable, est une bonne nouvelle.

Jean-Claude Pellegrin, membre du bureau de la Confédération nationale des vins IGP, et président de la commission viticole de la chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, espère que la partie n’est pas jouée. « Nous allons monter au créneau pour que la copie puisse être revue, assène-t-il. La partie azote pose problème : comment voulez-vous que ceux qui sont en polyculture, qui ne font pas que de la vigne, puissent répondre aux exigences du nouveau référentiel ? Celui qui fait aussi des céréales utilise nécessairement plus d’azote. Il va y avoir de grosses difficultés. Nous demandons de revenir en arrière. On ne peut pas se permettre de perdre des vignerons en HVE. »

Un besoin d'accompagnement considérable

En attendant, il faudra bien se former à ces nouvelles règles. « Le besoin d’accompagnement va être considérable car la HVE est une condition d’accès aux marchés », estime Marine Pithon. La chambre d’agriculture de l’Hérault est dans les starting-blocks. Elle a programmé des journées de formation pour le début de 2023 : un jour et demi pour les vignerons déjà certifiés, et deux jours pour les aspirants.

« Les grilles de calcul pour obtenir des points sont plus complexes avec ce nouveau référentiel, indique Anne Buchet, responsable de la certification HVE à la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher. Nous allons lancer des formations dès janvier prochain, avec des propositions de diagnostics et de pré-audits. » En Gironde aussi, on se tient prêt. « Passer de l’ancien au nouveau référentiel va être lourd, car il faudra faire plus de visites dans les propriétés, plus de diagnostics », indique Yann Montmartin, directeur du pôle bio et transition agricole de la chambre d’agriculture. Donc des coûts supplémentaires. Seront-ils supportables ? Bien malin qui saurait le dire.

 

Marche arrière dans les Côtes de Bourg

Le scenario tombe à l’eau : l’ODG des Côtes de Bourg prévoyait d’intégrer la certification HVE dans le cahier des charges de son appellation en 2025. Face au nouveau référentiel publié mi-novembre, il n’en est plus question. « Ce référentiel est très contraignant. Il nous paraît impossible de le rendre obligatoire pour nos viticulteurs », assure Jean-Samuel Eynard, vice-président de l’ODG. Et de citer l’IFT herbicide : « Avec 0,6, soit à peine plus d’une demi-dose par an et par hectare, on ne tient pas un désherbage. On ne valorise pas ceux qui réduisent fortement le désherbage chimique pour passer au mécanique. » Autre difficulté : la fertilisation. « Comment feront ceux qui ne peuvent pas se payer des amendements organiques ? Interroge-t-il. Des vignerons vont sortir de la HVE alors qu’ils avaient enclenché une démarche vertueuse. »

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Tous les commentaires (3)
Rol Le 04 janvier 2023 à 08:57:15
Je félicite J F D pour son commentaire avec mon soutien
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valentin Le 19 décembre 2022 à 10:07:08
l'espace HVE entre le bio et le conventionnel existe-t-il vraiment ? le rétrécissement du HVE à chaque référentiel permet de douter.
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JFD Le 16 décembre 2022 à 18:10:07
En parlant d'incohérences, j'en ai une bonne! Dans la nouvelle HVE3, il faudra aussi faire le teste de la bêche; c'est à dire, faire plusieurs trous dans la terre de nos parcelles de vignes, bien au carré avec une bêche sur toute sa profondeur et compter le nombre de vers de terre, et compter les vers différents...( variété ou race), mais voilàle problême, en faisant les trous avec la bêche comme des idiots auxquels on a lavé le cerveau, combien on va tuer et couper en deux les vers de terre ? Là est une belle incohérence de nos chers bureaucrates qui ne savent pas ce qu'est le travail de la terre! Y'en a d'autres comme celle là...Je ne sais pas où l'on va, mais on est bien mal barré!
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