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"En mettant la barre trop haut, HVE devient une machine d’exclusion" du vignoble
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Jérôme Despey
"En mettant la barre trop haut, HVE devient une machine d’exclusion" du vignoble

Le point technique et politique sur les enjeux de la révision de la certification Haute Valeur Environnementale avec Jérôme Despey, viticulteur Saint-Geniès-des-Mourgues, président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault (CA34) et du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer.
Par Alexandre Abellan Le 28 novembre 2022
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Appellant à la concertation pour réviser HVE, Jérôme Despey le martèle : 'on ne peut pas en rester là !' - crédit photo : Chambre d'Agriculture de l'Hérault (Marc Ginot)
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évoilée par décret ce 22 novembre, la réforme de la certification Haute Valeur Environnementale (HVE) marque les esprits vignerons cet automne…

Jérôme Despey : Le sujet fait beaucoup parler, c’est tout à fait compréhensible. C’est une mauvaise direction donnée par le gouvernement à un secteur qui s’est fortement mobilisé dans cette démarche de progrès, qui permet un tremplin vers d’autres certifications. C’est un travail de longue haleine que l’on mène dans la filière viticole, je le vois dans les Chambres d’Agriculture : avec la formation des caves coopératives et vignerons indépendants. On met beaucoup d’énergie dans le travail des pratiques et la capacité à s’adapter, faisant du vignoble le premier secteur certifié en HVE.

Il y a pour moi une incompréhension dans l’attitude du gouvernement de durcir les éléments de certification amenant à un risque d’exclusions des viticulteurs si l’on n’arrive pas à faire bouger les items de l’Indice de Fréquence de Traitement (IFT) et de fertilisation. Je conteste la méthode de calcul employée pour l’IFT de référence : c’est fait par un sondage téléphonique sur les fréquences de traitement. Ce n’est pas objectivé ! De plus, on ne peut pas ne pas sortir du calcul les traitements obligatoires (contre la flavescence dorée) et la présence des domaines en agriculture biologique (ayant un impact sur les régions très certifiées). Sur le sujet de la fertilisation, c’est incompréhensible par rapport aux pratiques. Si on ne nourrit pas la vigne, on ne donne pas de capacité de production aux domaines. On a déjà baissé les rendements, une étude objective de la chambre d’agriculture de l’Hérault le montre.

 

Quels seront les impacts de ces nouveaux curseurs sur la dynamique de certification ?

De facto, il y a un risque pour les nouveaux entrants à la certification. Les domaines déjà certifiés bénéficient d’une période de transition (jusqu’au 31 décembre 2024). Je demande une vraie concertation avec le ministère pour que la filière montre la réalité du désastre que le gouvernement devra assumer en responsabilité pour ces objectifs trop pénalisants pour la production viticole. Je comprends qu’il y ait eu des discussions autour de la Politique Agricole Commune (PAC) pour intégrer HVE aux écorégimes (comme les grandes cultures), mais on ne peut pas généraliser des pratiques. Ce sera de la seule responsabilité des ministères de l’Environnement et de l’Agriculture s’ils veulent prendre le risque de sortir a minima 30 % des viticulteurs certifiés à cause de critères non-adaptés à la filière viticole.

On ne peut pas en rester là ! Je souhaite que l’on regarde en concertation les critères IFT et fertilisation. Pour les infrastructures agroécologiques, il semblerait que la filière puisse arriver à répondre aux nouvelles demandes, même si elles sont plus contraignantes. Nous avons des éléments permettant de démontrer qu’en mettant la barre trop haut, HVE devient une machine d’exclusion. Pour la viticulture, le sujet des écorégimes n’existe pas. HVE est une démarche de progrès.

 

Des voix saluent les évolutions de la démarche (fin de la voie B "comptable", interdiction des CMR1…) pour mieux critiquer un label qui leur semble trop facile d’accès (y compris au vu des demandes de moratoire du vignoble).

Je le conteste fermement. HVE n’est pas le bio, on ne l’a jamais dit. HVE est une marche entre le conventionnel, le raisonné, et le bio, pour que les viticulteurs puissent s’inscrire dans des démarches de progrès. Le but n’est pas la similitude avec l’Agriculture Biologique. Je respecte profondément les différentes voies de certification et je ne les oppose pas. Les réalités économiques et de territoire font que tout le monde ne pourra pas faire du bio. Le juge de paix, c’est le marché : ce n’est pas parce qu’il y a des difficultés pour AB qu’il faut s’en prendre à HVE. Dans le but du développement agricole, on se doit de pouvoir ancrer la viticulture dans le progrès. Le palier de la certification HVE est un bon élément, qui doit être saluée par les bio. Ce n’est pas en dénigrant l’un que l’on se portera mieux. Il ne faut pas opposer, mais additionner.

 

Lors visite au salon des Vignerons Indépendants ce 25 novembre, le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, semblait dire que la réforme était connue d’avance, que ce n’était pas une surprise pour le vignoble, qui n’avait pas de trahison à ressentir…

Il a raison, on sait là où l’on veut nous mener. On le dit depuis le début : ça ne passera pas pour la viticulture. Et qu’est-ce qui a été fait pour se mettre autour de la table ? Le ministre a dit qu’il y aurait une concertation, que la porte était ouverte. Je tends la main, on ne peut pas en rester là. Nous ne partageons pas la décision qui a été prise, nous n’assumerons pas de tels niveaux d’accès.

 

On entend dire que les opposants actuels à la réforme ne l’étaient pas forcément avant. Lors du vote sur ce référentiel en Commission nationale de la certification environnementale (CNCE) du 30 juin, la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) dont vous êtes le secrétaire s’est abstenu, quand la Coopération Agricole a voté pour (voir encadré).

Je ne peux parler pour la Coopération Agricole, mais je peux expliquer la position de la FNSEA. Ceux qui votaient contre le nouveau référentiel étaient des associations environnementales (ONG et syndicats comme la Confédération Paysanne) qui souhaitaient supprimer la HVE. La FNSEA est contre la suppression de HVE, mais ne peut être pour un référentiel qui ne convient pas. Comme les Jeunes Agriculteurs et les Chambres d’Agriculture, nous nous sommes abstenus. La FNSEA a toujours écrit qu’il fallait sortir les viticulteurs du pas de temps de l’écorégime, que cela aurait trop d’impact pour la viticulture.

 

 

 

Les réserves de la coopération

C’est un problème politique bien connu lors des référendums : comment répondre par un bulletin "oui", "non" ou nul à une question bien plus complexe qu’une approche binaire ? Confirmant avoir voté pour le nouveau référentiel HVE, la Coopération Agricole indique ne pas avoir pu se positionner contre le label dont elle soutient le développement, mais qu’elle avait assorti son vote de nombreuses réserves face aux impacts viticoles des orientations de la révision. Notant que le vote est purement consultatif, le ministère de l’Agriculture ayant le dernier mot, la Coopération Agricole pointe que tout le problème actuel reste la fin de non-recevoir à ses demandes de révision des seuls viticoles et de moratoire.

 

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Tous les commentaires (4)
Julien Bourchet Le 29 novembre 2022 à 20:37:48
Albert, merci pour ce rappel toutefois il aurait été pertinent de développer ce qui vous permet de l'affirmer, parce que en ce qui me concerne je ne vois pas un seul engrais vert dans les vignes bio autour de moi, au contraire la charrue y est reine. Dans un paysage désertique de monoculture on peut faire du bio pas de l'HVE, même les agences nationales de représentation du bio reconnaisse cette faiblesse du label bio. Cet été j'ai rencontré un gros producteur (pour biocoop) de salades bio qui m'affirmait apporter 100 unité d'azote par hectare et par an, autant dire que l'obtention d'une certification HVE, surtout avec le nouveau référentiel (20 U N) est impossible pour certains bio. Certes HVE c'est pas la panacée, j'en suit convaincu, mais le bio ne vaut pas beaucoup mieux et il y avait surement une voie vertueuse pour le bio d'intégrer l'approche globale de HVE plutôt que d'essayer de le descendre comme ils l'ont fait. D'autant qu'avec la réforme en cours il se pourrai que leurs peurs d'être rétrogradés se justifient.
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Albert Le 28 novembre 2022 à 21:31:09
Je voudrais juste rappeler que le logo "HVE" apposé sur la bouteille renvoie subliminalement à la notion (de protection) "environnementale" ce qui n'est pas exactement la vérité avec la certification actuelle.
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Julien Bourchet Le 28 novembre 2022 à 17:49:09
En refusant une évolution vertueuse du label HVE ne va t'on pas finir de le décrédibiliser complètement. Les ONG qui voulaient sa suppression se régalent de lire M.Despey car il porte du grain à leurs moulins.
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gm Le 28 novembre 2022 à 14:43:47
Concernant l'IFT, la grille évalue en relatif par rapport aux autres viticulteurs, avec ces seuils calés sur les 20ème et 70ème percentiles des viticulteurs mieux disant. Donc forcément, tout le monde ne peut pas avoir de points. Et si trop de viticulteurs (plus que 70%) réduisent leurs traitements pour avoir des points, le seuil haut ne fera que descendre indéfiniment vers 0 (même si ça ne se fait pas très vite, au rythme des campagnes de réévaluation). Cependant fixer des seuils dans l'absolu, ce n'est pas mieux. La Haute-Valeur Environnementale, combien de traitements : 27 ? 3 ? 0 ? ... Là aussi finalement, dans l'absolu, qu'est-ce-qu'on peut fixer d'autre comme cible que 0 ?
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