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Vinventions et Amorim poussent toujours plus loin le bouchon de leurs vertus
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Guerre ouverte
Vinventions et Amorim poussent toujours plus loin le bouchon de leurs vertus

Du bilan carbone à la lutte contre les incendies, en passant par le recyclage du plastique, les bouchonniers ne manquent pas d’arguments et contre-arguments pour faire valoir leurs impacts positifs sur l’environnement.
Par Marion Bazireau Le 15 novembre 2022
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Vinventions et Amorim poussent toujours plus loin le bouchon de leurs vertus
Amorim et Vinventions ont tous les deux dévoilé un bilan carbone négatif en fin d'année. - crédit photo : DR
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uerre des référentiels. Avec une séquestration de 3,4 grammes, le bouchon Neutrocork Xpür, composé de granulés de liège naturel et d’un liant d’origine végétale, s’est très bien sorti de l’audit d’octobre dernier de PriceWaterHouseCoopers reposant sur l’analyse du cycle de vie de la norme ISO 14040. Et, prenant en compte le fait que « la forêt de chênes-liège emmagasine 20 à 50 fois plus de gaz à effet de serre que n’importe quel autre écosystème, ce bilan carbone atteint même -395 grammes de CO2 par bouchon » assure Amorim.

Produisant des bouchons en plastique, le groupe Vinventions réplique en comparant, selon la norme ISO 14067, les empreintes CO2 de son bouchon synthétique Green line de Nomacorc, produit à partir de canne à sucre, au bouchon en liège aggloméré Neutrocork d’Amorim et de la capsule à vis de Vintop. « Cette norme ne s’arrête pas à la porte du client, comme celle retenue par Amorim, mais prend en compte l’ensemble des émissions de CO2 de la production à l’incinération du bouchon (Cradle-to-Grave). Par ailleurs, elle ne comptabilise que la séquestration du CO2 du bouchon et pas celle du champ entier de canne à sucre ou de la forêt, qui permet d’obtenir des chiffres de l’ordre de plusieurs centaines de grammes de CO2 par bouchon de liège » précise Romain Thomas, chef de produit Nomacorc.

Selon Vinventions, la comparaison des « vraies empreintes carbone » de la Green Line et du Neutrocork donne pour le premier bouchon un résultat final de -2 g de CO2 contre +4,4 pour le liège aggloméré. Malgré son taux de recyclage en matériaux secondaires de 69 %, la capsule à vis serait l’option la moins intéressante pour l’environnement, avec une émission de 28 g de CO2.

Cette guerre des chiffres désole Carlos de Jesus, directeur marketing d’Amorim.

Pourquoi se quereller sur un gramme de CO2 ?

« Il y a 24 000 normes ISO dans le monde. Si des clients nous demandent un bilan du berceau à la tombe plutôt qu’à la porte, nous leur donnerons. Mais, plutôt que de nous quereller sur un gramme de CO2, ne ferions pas nous mieux d’opter pour une approche holistique, en s’inspirant par exemple des "Product Environmental Footprint Category Rules" (PEFCR) de l'Union européenne pour les vins tranquilles et mousseux, afin d’obtenir des produits d’emballage de vin vraiment vertueux ? »

Pour Carlos de Jesus, le discours de Vinventions défie le bon sens. « Comme si l’abattage d'espèces indigènes hors Europe remplacées par des monocultures intensives pour créer un polymère plastique était une bonne idée… ».

Romain Thomas réplique que la norme ISO à appliquer est indiquée dans le décret n° 2022-539 du 13 avril 2022 relatif à la compensation carbone et aux allégations de neutralité carbone dans la publicité. « Ce décret entre en vigueur au 1er Janvier 2023 et prévoit que les publicités en lien avec la neutralité carbone doivent être supportés par une Analyse de Cycle de Vie selon la norme ISO 14067, ou tout autre norme équivalente couvrant l’ensemble du cycle de vie du produit ».

Selon la norme ISO 14067, une empreinte carbone doit être faite du berceau à la tombe. « Par ailleurs, elle ne peut pas inclure la séquestration du CO2 associée à l’ensemble du système forestier » ajoute Romain Thomas, tenant par ailleurs à préciser que la matière première utilisée dans les bouchons Nomacorc Green Line est un sous-produit de la culture de la canne à sucre, cultivée à 2 500 km de la forêt amazonienne.

Alors qu'en 2022 Vinventions a commercialisé 75 millions d’unités de sa nouvelle gamme Blue Line, composée de bouchons produits à partir d’au moins 50 % de plastique recyclé, et prévoit de doubler ce chiffre en 2023, le directeur marketing d’Amorim ressort de son côté un article paru en 2019 dans The Guardian dans lequel un professeur suggère que l’abandon des plastiques à usage unique pour les remplacer par des versions biodégradables ou compostables pourrait causer plus de problèmes qu'il n'en résout.

« Et il ne s’agit pas que de CO2. Qu'en est-il des emplois agricoles bien rémunérés qui peuvent fixer les gens à la terre ? De la régulation des cycles de l'eau ? De la biodiversité ? De la lutte contre l'érosion et les incendies ? » insiste-t-il.

« Notre fournisseur dispose de la certification Bonsucro, approuvée par la Commission Européenne. Cette certification évalue le respect de normes sociales et environnementales associées à la culture, la récolte et la transformation de la canne à sucre » rétorque Romain Thomas, avant d’ajouter que les bouchons Nomacorc ne sont pas biodégradables ni compostables, mais recyclables.

« A ce sujet, Citeo, l’éco-organisme en charge de la gestion et de la valorisation des déchets en France, ne reconnait pas de filière de recyclage pour le bois et donc les bouchons à base de liège » avance-t-il encore.  

 

Collecte et recyclage du plastique

A côté du sourcing, Vinventions travaille sur la fin de vie de ses produits. Le groupe s’est associé à South Pole et le bureau d’études M. & Mme Recyclage pour mettre en œuvre une collecte privée de ses bouchons menée et réaliser des investissements complémentaires dans des projets de gestion des déchets plastiques.

« Depuis 10 ans, nous développons nos propres programmes de collecte. En France par exemple, cela représente 19 millions de bouchons collectés chaque année, soit près de 80 tonnes de bouchons récupérés. En complément, par l’intermédiaire de M. & Mme Recyclage, nous aidons plusieurs associations basées sur la côte méditerranéenne à élargir leur nettoyage de la nature » détaille Romain Thomas.

Grâce à ces initiatives cumulées, Vinventions assure que pour chaque tonne de plastique employée par la gamme Nomacorc Blue Line, que ce soit pour le bouchon ou son emballage, une quantité équivalente est définitivement retirée de l’environnement. South Pole vient de certifier sa gamme du label « Net Zero Plastique to Nature ».

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Tous les commentaires (1)
JoKe Le 18 novembre 2022 à 13:01:30
Bravo à la filière des bouchonniers pour leurs efforts respectifs de réduire l'impact environnemental du packaging vin et Merci de partager les conclusions mitigées. Le Bilan Carbone d?une bouteille de vin couvre un périmètre très large comprenant l?ensemble des gaz à effet de serre directement et indirectement émis pour la produire, depuis les ceps de vigne jusqu?à la table où elle sera dégustée. Dans le cas d'un producteur, qui travaille en conventionnel, l?empreinte Carbone est d?environ 1,5 kg CO2 par bouteille de 75 cl. Effectivement, "Pourquoi se quereller sur un gramme de CO2 ?", sauf si on s'approprie du débat environnemental comme un fer de lance marketing. Le vrai enjeu n'est pas un ou deux grammes de CO2 de plus ou de moins par dans l'atmosphère par bouteille de vin, mais un discours qui rabaisse la crédibilité holistique de l'industrie du vin et de packaging. Camouflé derrière des normes, des décrets, des études scientifiques sponsorisées (qui en conséquence polarisent trop souvent), des certificateurs qui certifient les produits de leurs clients, des experts qui expertisent et contredisent - toujours bienveillant pour celui qui les paie. Un humain moyen en Europe produit environs 30 kg de CO2 & équivalents par jour - jour après jour - juste pour ne pas perdre de vue les dimensions et les défis. Fabricants de bouchons, continuez de perfectionner vos produits pour réduire les défauts inhérents, pour réduire l'impact environnemental, pour procurer un moment de plaisir au débouchage. Les amateurs de vin, les producteurs et la nature vous en remercieront, mais ne diluez pas vos efforts à travers de débats et querelles peu utiles pour la planète.
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