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Face à la surproduction de vins rouges, Accolade prône la reconversion des vignobles
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Face à la surproduction de vins rouges, Accolade prône la reconversion des vignobles

Devant les perspectives économiques moroses pour le millésime 2023, le géant australien a conseillé à son plus gros fournisseur de réduire de manière significative la voilure en rouge pour éviter d’aggraver un excédent estimé à plus de 350 millions de litres.
Par Sharon Nagel Le 13 octobre 2022
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Face à la surproduction de vins rouges, Accolade prône la reconversion des vignobles
Pour certains viticulteurs, la crise offre une occasion de laisser reposer les vignes après des années de productivité élevée - crédit photo : Heart of the Murray
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ors d’une réunion avec les représentants de la plus grosse coopérative vinicole de l’Hémisphère Sud, CCW dans le Riverland, le responsable des approvisionnements d’Accolade Wines  a conseillé aux 540 adhérents de la cave d’appliquer des mesures drastiques pour limiter fortement la production 2023 des cépages rouges cabernet-sauvignon et shiraz. Trois axes, qui bénéficieront du soutien financier du groupe, sont proposés : arracher les deux cépages rouges pour les remplacer avec des blancs (sauvignon blanc, pinot gris, prosecco/glera) moyennant une aide de quelque 1 300 € par hectare sur deux ans ; réduire de 30 % les rendements en rouge ; et mettre les vignobles en sommeil, contre le versement de quelque 650 € par hectare.

Accolade, qui applique ces mesures à ses propres vignobles dans le Riverland (Banrock Station), estime qu’il faut éliminer l’équivalent de 2 000 hectares et 45 000 tonnes de raisins d’ici la récolte 2023. Il ne récoltera d’ailleurs pas ses shiraz et cabernet-sauvignon à Banrock Station en 2023. A défaut d’atteindre cet objectif, l’entreprise versera moins de 150 AUD (soit 97 €) par tonne de cabernet-sauvignon et de shiraz. « Il n’y a plus de marché final pour ces vins suite à de grosses récoltes et à une évolution de la demande », insiste Derek Nicol, responsable des approvisionnements chez Accolade, dans un courrier adressé aux adhérents de la coopérative.

L’Australie a perdu son avantage concurrentiel

A l’origine de ce revirement de situation : un manque de compétitivité des vins rouges australiens. « La plupart des producteurs de raisin et de vin affirmerait vraisemblablement que le déséquilibre entre l’offre et la demande [a été] causé par la perte des exportations de vins en bouteille vers la Chine fin 2020, coïncidant avec une récolte record l'année suivante », observe la responsable de la politique sectorielle auprès d’Australian Grape & Wine, Anna Hooper. « Or, les 60% du vin australien qui sont actuellement exportés en vrac ne sont pas directement touchés par les droits de douane sur le vin en bouteille en Chine ».

Et de lister comme problématiques, « … la congestion des ports, l'augmentation des coûts du carburant et la pénurie de conteneurs et de personnel [qui] ont tous contribué à la hausse des prix du transport maritime.  Les coûts élevés d’expédition des produits… érodent l'avantage concurrentiel de l'Australie, en particulier sur le marché des produits de base à faible valeur ajoutée où nos produits sont facilement interchangeables ». En effet, ce sont les régions intérieures chaudes comme le Riverland, qui sont les plus impactées par une demande en chute libre. La valeur moyenne des rouges dans ces régions a perdu 17 % en 2021 et 30 % en 2022, contre 3 % cette année pour les raisins rouges à climat frais.

Un avenir incertain

Cette situation n’est pas près de changer : la société DHL prédit une stabilisation des frais de transport à des niveaux bien supérieurs à ceux d’avant le Covid-19. Ce qui fait dire à Accolade que si les mesures qu’il préconise ne sont pas suivies d’effet, la surproduction en rouges ne s’arrêtera pas d’aussitôt, et les prix continueront de chuter. En même temps, les viticulteurs s’interrogent sur la faisabilité des options proposées : le matériel végétal connaît des problèmes d’approvisionnement ; les reconversions de vignobles par le passé se sont soldées parfois par de nouveaux excédents ; la viabilité des autres cultures proposées (notamment les amandes) n’est pas forcément garantie ; et la réduction des rendements ne diminue pas pour autant les coûts d’exploitation. Dans ce contexte plus qu’incertain, la coopérative CCW, qui compte 8 000 hectares de vignes et représente 11% de la production australienne, a lancé une nouvelle marque pour tenter de récupérer la maîtrise d’une partie de sa commercialisation. « Heart of the Murray » est destiné à mettre en avant les adhérents de cette cave centenaire et à générer une nouvelle source de revenu pour tenter de pallier la perte de volumes significatifs chez Accolade.

 

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