Accueil / Viticulture / Le retour des piquets bois faits maison dans les vignes
Le retour des piquets bois faits maison dans les vignes
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Palissage
Le retour des piquets bois faits maison dans les vignes

Façonner ses propres piquets en bois, un travail supplémentaire dans lequel se lancent des vignerons pour faire des économies ou par plaisir. Voici comment ils s’y prennent.
Par Hélène de Montaignac Le 15 septembre 2022
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
 Le retour des piquets bois faits maison dans les vignes
Pour son domaine de 2 ha à Cornas, en ardèche, Cyril Courvoisier façonne, lui, des piquets de tête, des piquets de rang et des échalas de 2 m avec lesquels il conduit les vignes dans ses parcelles à forte pente. - crédit photo : DR
L

’an dernier, par souci d'économie, Xavier Debordes s’est remis à fabriquer ses piquets en bois comme il y a vingt ans. « J’abats mes propres acacias, mais je sous-traite le sciage et l'appointage. De cette façon, le piquet bois de 1,80 m et 6 cm de côté en moyenne me revient à 1,20 € contre 4 € le galvanisé », explique le propriétaire des Vignobles Debordes et Fils à Saint-Girons-d’Aiguevives, en Gironde. Soit environ 1 000 € de gain sur les 400 piquets qu’il change chaque année dans ses 37 ha plantés à 4 500 pieds/ha, sans compter 50 ares qu’il a plantés l'an dernier.

Xavier Desbordes, vignobles Desbordes et Fils.jpg

Xavier Debordes (crédit photo DR)

Entre 1000 et 1500 piquets changés chaque année

Pour son collègue bourguignon Vincent Michel, « façonner ses piquets fait partie du métier de vigneron. C’est un travail intéressant que nous aimons faire ». Depuis quinze ans, Vincent Michel exploite les acacias qui poussent sur sa propriété, à Clessé, pour palisser tout son vignoble de 20 ha planté à 8 000 pieds/ha. Dans ses vignes, dont l’âge moyen est de 65 ans, il change entre 1 000 et 1 500 piquets par an.

Pour environ 22 000 € au total, il s’est équipé d’une écorceuse, d’une fendeuse et d’une appointeuse afin de faire l’entièreté du travail au domaine. « Nous abattons des acacias d’environ 30 ans, plus rarement des châtaigniers car le bois est plus cassant. Nous les sélectionnons pour fabriquer des piquets de 1,80 m de long en évitant les nœuds, qui fragilisent le bois. L’idéal est d'utiliser des arbres dont le tronc est assez gros pour pour qu'on puisse le fendre au moins en quatre. On obtient alors des piquets bien droits », détaille-t-il. Pour l’entretien des machines, il effectue « un simple graissage, et pour l’écorceuse, un affûtage des couteaux tous les 3 000 piquets, sous-traité pour 50 € ».

Ce travail est lancé aléatoirement, lorsque du temps se libère. L’hiver dernier, deux salariés l’ont effectué en une semaine. Vincent Michel ne transige pas sur leur protection : « Les ouvriers portent des chaussures de sécurité, une combinaison pour le tronçonnage, des gants anti-coupures et un casque forestier avec visière et oreillettes », énumère-t-il.

Trois jours pour fabriquer 100 piquets en acacia

Pour son domaine de 2 ha à Cornas, en ardèche, Cyril Courvoisier façonne, lui, des piquets de tête, des piquets de rang et des échalas de 2 m avec lesquels il conduit les vignes dans ses parcelles à forte pente. Faire 100 piquets en acacia lui prend trois journées entre l'abattage des arbres, le découpage des troncs en section de 2 ou de 2,20 m, le fendage à la main et l'appointage à la tronçonneuse.

Comme Xavier Debordes, ce Jurassien d’origine juge inutile de traiter l’acacia « car c'est un bois imputrescible ». À l'inverse, Vincent Michel traite ses piquets, dont il attend une pérennité de 30 ans environ. « Nous les plongeons sur 75 cm de haut dans des baquets enterrés dans le sol qu’on remplit d’eau et de sulfate de cuivre. On attend pendant deux à six semaines en fonction de la sécheresse du bois. Les piquets s’imbibent sur 75 cm, soit 15 cm au-dessus des 60 cm qui seront plantés en terre. »

Séchage pendant un an

Qu'ils soient bruts ou traités, les piquets sont mis à sécher un an avant d’être plantés. Vincent Michel et Cyril Courvoisier les stockent dehors. « On recherche un séchage à cœur, la pluie ne gêne pas », argumente Vincent Michel. Pour sa part, Xavier Debordes préfère les mettre à sécher « sous le hangar, dans un endroit ventilé ».

Tous les ans, ce vigneron passe dans ses vignes pour vérifier chaque piquet : « Je les contrôle après la taille. Je vérifie qu'ils ne sont pas cassés et que les fils sont toujours bien accrochés », indique-t-il. Vincent Michel effectue aussi cette vérification chaque année après les vendanges : « On change les piquets qu'on a cassés au moment du labour ou lors d'un accrochage en passant le pulvé. Ceux qui sont vieux cassent au point de jonction entre le sol et l’air. Dans nos très vieilles vignes, on en est au 3e, voire 4e piquet. »

Un bel exemple de circuit court

Vincent Michel voit un bel exemple de circuit court dans l'autoproduction de piquets. « Nos piquets sont faits sur les coteaux où sont les vignes. Avec le bois qui n’est pas assez beau, on se chauffe l’hiver. Il n'y a pas de perte. » L’idée d'un retour à cette pratique fait son chemin dans le voisinage de Xavier Debordes, où son initiative intrigue. « Tu refais tes piquets ? Je vais peut-être m’y remettre aussi », lui a glissé récemment un collègue vigneron.

 

Vigneron et fendeur de bois

En Gironde, Baptiste Onillon Millet fabrique ses propres piquets en bois et en tire également une activité secondaire. Un an après son installation il y a cinq ans, ce jeune vigneron s’est lancé dans l’exploitation des 20 ha de bois d’acacias de son grand-père. Aidé de son frère et d’un salarié, il abat et fend 15 000 piquets par an. Il en garde 5 000 pour ses propres vignes, les Vignobles Millet-Onillon, 30 ha à Escoussans. Il vend les 10 000 restants à des vignerons conquis par l’économie réalisée face aux piquets galvanisés. Selon la quantité demandée, Baptiste Onillon-Millet vend le piquet de 1,80 m entre 3,10 et 3,20 € et le piquet de 2,20 m entre 3,50 et 3,70 €. Il estime son coût de production entre 2,50 et 3 € l’unité. « En comparaison avec un piquet galvanisé, j’économise environ 3 € par piquet de 2,20 m », calcule-t-il. Dans ses frais, le vigneron compte le passage régulier d’un rouleau landais dans ses bois d'acacias, une opération destinée à provoquer une colonisation du sol par les drageons et qu'il sous-traite. « C’est indispensable à la bonne régénération des acacias », affirme-t-il. Dans le même soin de pérenniser la forêt familiale, il coupe au maximum 0,5 à 1 ha par an sur ses 20 ha, bien que la demande soit supérieure.

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (1)
Didier Le 17 septembre 2022 à 17:13:49
En hve, ça doit provenir de forêts durables.
Signaler ce contenu comme inapproprié
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé