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Ils lancent des vins rouges à boire frais et font un tabac
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Nouvelle tendance
Ils lancent des vins rouges à boire frais et font un tabac

Des vignerons et des négociants développent des vins rouges à boire aussi frais que des rosés. Une façon pour eux de s’adapter aux nouvelles tendances de consommation et de recruter de nouveaux clients. Avec de belles retombées.
Par Chantal Sarrazin Le 08 août 2022
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 Ils lancent des vins rouges à boire frais et font un tabac
Jérôme Busato, propriétaire du château Cohola rencontre un franc succès avec sa cuvée Fruit qu'il sert à 10 °C dans un seau rempli de glace. - crédit photo : Anne Loubet
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e 18 juillet, au bar à vins d’Inter Rhône, à Avignon, Jérôme Busato a fait un tabac avec son vin rouge servi à 10 °C dans un seau rempli de glace. « C’est le vin que j’ai le plus vendu durant cette soirée où je présentais ma gamme de Côtes du Rhône-villages Sablet dans les trois couleurs », raconte le propriétaire du Château Cohola, 4 ha à Sablet (84). Au cœur d’un été caniculaire, le public a apprécié le côté désaltérant de cette cuvée baptisée Fruit et vinifiée pour être bue fraîche.

« L’été, les touristes qui viennent dans notre boutique choisissent plus volontiers des rosés et des blancs que des rouges qui constituent pourtant le cœur de notre production. Alors, il y a deux ans, avec mon épouse, nous avons décidé de leur proposer une cuvée à consommer durant leurs vacances. » Bien leur en a pris. « C’est un vrai succès, assure Jérôme Busato. Les clients qui achètent une bouteille reviennent prendre un carton. Le taux de retour est vraiment incroyable ! » Si bien que, cette année, ils en ont produit trois fois plus que l’an passé. Prix public du flacon : 11 €.

Moments de consommation

Partie du constat que les ventes de vins rouges régressent contrairement à toutes les boissons fraîches – bières, rosés et autres bulles – la Maison Laurent Brotte, à Châteauneuf-du-Pape (84), vient de lancer son Rouge Frigo, un côtes-du-rhône rouge titrant 12,5° d’alcool, à boire frais comme son nom le proclame. « Nous voulons aller chercher les moments de consommation tels que l’apéritif, les grillades, les repas déstructurés… », commente Thibault Brotte, directeur commercial à l’origine de ce projet avec son frère Benoît. Produit à 50 000 cols, leur Rouge Frigo a été commercialisé en grande distribution à l’occasion des foires aux vins du printemps au prix de 5,95 €. La plupart des enseignes l’ont référencé. « Nous n’avons jamais eu autant d’intérêt pour un lancement de produit », se félicite Thibault Brotte. Pour ce qui est des ventes, il n’aura les chiffres que dans quelques mois.

La machine est en marche à Bordeaux

À Bordeaux aussi la machine est en marche. Le groupe Larraqué Vins International a créé un rouge du même tonneau avec Hors-Piste, un cabernet franc en IGP Atlantique titrant 12,5° d’alcool. « Les rosés marchent bien et désormais presque toute l’année, observe Grégoire Delangre, responsable communication. Nous pensons qu’il existe une place pour des rouges à boire frais destinés aux inconditionnels de la couleur. » Tirée à 40 000 exemplaires, la cuvée Hors-Piste est présente dans plusieurs enseignes depuis le mois d’avril. « Il est trop tôt pour faire un bilan, indique Grégoire Delangre. Mais, avec ce galop d’essai, nous verrons si le message passe, car boire un rouge à 8-10 °C n’est pas dans les habitudes des consommateurs. »

À Rivesaltes (66), Arnaud de Villeneuve s’est engouffré dans la brèche. « Nous voulions aller là où l’on ne nous attendait pas », annonce Jean-Pierre Papy, le directeur général. Cette coopérative a présenté Le Pif, un IGP Côtes catalanes en rouge et rosé, le rouge étant à boire frais et le rosé sur glace, à Wine Paris en février. Tiré à 5 000 cols, le rouge est 100 % grenache et sans sulfites ajoutés. « Un succès ! se félicite Jean-Pierre Papy. Nos clients sont enthousiastes. Ils apprécient le profil de ce vin souple et fruité. Certains d’entre eux y voient une alternative aux rosés. »

Face au succès, des gammes étoffées

D’autres vignerons n’ont pas attendu que le vent tourne pour les rouges charpentés. Christian Valensisi, propriétaire de la Chapelle Saint-Bacchi, 14 ha à Jouques (13), a lancé, en 2014, Glouglou, un 100 % carignan, à la demande de son agent de l’époque. « Nous voulions proposer aux bars à vins un rouge à servir frais au verre », explique-t-il. Devant le succès de ce produit léger et fruité, il a décidé d’étoffer sa gamme. Il y a trois ans, il a sorti So Good, à base de cinsault. Depuis deux ans, Cueille le Jour, sa cuvée d’alicante, est dans la même veine. L’an passé, Terre & Mer, un 100 % trempanillo, a vu le jour.

Christian Valensisi revendique tous ces vins en Vin de France. Tous titrent entre 12 et 13° d’alcool. Ensemble, ils totalisent 22 000 cols, le tiers de sa production. Christian Valensisi les met en bouteilles en mars et les commercialise en même temps que ses rosés. « Ces vins sont plus faciles à vendre que les rosés, constate-t-il. Après le mois de septembre plus personne n’achète de rosé. Ce n’est pas le cas de ces rouges qui peuvent être bus toute l’année et qui m’ont apporté de nouveaux clients : des restaurants tenus par des jeunes chefs qui servent une cuisine légère et fraîche. »

À Lesquerde (66), le domaine Rousselin voit un autre intérêt à ces rouges à boire frais. « Nous commercialisons notre cuvée Roc’n’Rousselin dès le printemps, souligne Laurence Rousselin, la propriétaire. Cela génère rapidement de la trésorerie. »

 

La nouvelle coqueluche du Château Castigno

Quatre mois après sa sortie en mars dernier, Bella Casta, le dernier-né des rouges du Château Castigno est en tête de ses ventes en volume. À ce rythme, les 9 000 cols de cet IGP Hérault Monts de la Grage seront vite épuisés. « Nous avons créé cette cuvée 100 % grenache pour élargir notre clientèle, explique Clément Mengus, directeur technique. À côté de nos rouges de garde, nous avions besoin d’un rouge qui puisse s’apprécier plus rapidement. Le Château Castigno à la particularité d’appartenir à un complexe œnotouristique qui possède aussi quatre restaurants et un hôtel 5 étoiles. Il vend le tiers de ses vins dans sa boutique et dans ses restaurants. Alors qu’ils sont peu habitués aux rouges à boire frais, ses clients y adhèrent dès le premier verre. Grâce à cette cuvée, le Château Castigno a décroché un référencement auprès de la Société des alcools du Québec (SAQ) et de nouveaux distributeurs en Belgique.

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