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Stratégiquement, le vignoble espagnol "prend le taureau par les cornes"
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Plan 2022-2027
Stratégiquement, le vignoble espagnol "prend le taureau par les cornes"

Toutes les composantes du secteur vitivinicole espagnol se sont réunies à Madrid pour acter la mise en œuvre d’un plan stratégique sur cinq ans qui vise à « augmenter la valeur et la rentabilité » de l’ensemble de la filière.
Par Sharon Nagel Le 02 août 2022
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Stratégiquement, le vignoble espagnol
Autour du ministre Luis Planas, les représentants professionnels se sont également engagé à renforcer la formation, la digitalisation et l’innovation pour moderniser le secteur vitivinicole - crédit photo : OIVE
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édigé en collaboration avec le cabinet d’audit KPMG, le plan stratégique comporte cinq axes principaux, déclinés en 22 initiatives stratégiques avec 101 actions associées. Autant de démarches qui visent à pallier les faiblesses majeures du secteur du vin espagnol, à savoir notamment une faible valorisation à l’export, une consommation domestique inférieure à celle de ses principaux concurrents et un déséquilibre entre l’offre et la demande, ce qui n’implique pas pour autant de diminuer la superficie du vignoble (950 000 ha). A cela s’ajoute une répartition inéquitable de la valeur et de la rentabilité entre les différents maillons de la chaîne.

Le but ultime du plan stratégique est de « positionner l’Espagne comme une référence vinicole de valeur nationale et internationale sur la base de ses qualités uniques et différenciatrices : qualité, diversité, histoire, tradition, durabilité et modernité ».

Les vins espagnols les moins chers sur le marché mondial

Il faut dire que si l’Espagne a réussi à capter des parts de marché volumique au niveau international ces dernières années (23,6 Mhl exportés en 2021), c’est surtout grâce à son positionnement prix imbattable. A titre d’exemple, en vrac, ses vins se positionnent à 0,4 euro le litre en moyenne, contre 0,7 euro pour l’Italie et 1,1 € pour la France. En bouteille, l’écart se creuse : 2,3 € pour l’Espagne contre 3,7 € pour l’Italie et 6 € pour la France, pour un prix moyen toutes catégories confondues (y compris les BIB et les effervescents) de 1,3 € le litre (contre 3 € et 6,9 € pour l’Italie et la France respectivement). Même les pays du Nouveau Monde comme l’Afrique du Sud, le Chili et l’Argentine n’arrivent pas à rivaliser avec les prix espagnols.

Selon l’analyse réalisée par KPMG, sur plus de 8 milliards d’euros supplémentaires engrangés par les exportations mondiales de vin entre 2013 et 2021, l’Espagne n’en a capté que 4 %. Dans le même temps, la valeur supplémentaire générée par la France sur cette période (3,24 milliards €) équivaut à la valeur de toutes les exportations espagnoles. KPMG note que « si l’Espagne avait maintenu sa part de marché de l’année 2013 (10,1 %) en 2021, elle aurait augmenté ses exportations de 838 millions d’euros, soit 585 M€ de plus que ce qu’elle a obtenu ».

26 % des vignobles en bio et 1,50 Mhl de vins désalcoolisés

Autant dire que la valorisation des vins espagnols à l’export est un enjeu majeur des années à venir. Mais ce n’est pas le seul. Plusieurs voies ont été définies pour rehausser l’image des produits et inciter à la fois les Espagnols eux-mêmes et les consommateurs internationaux à en boire davantage et à monter en gamme. Parmi ces voies, le développement durable et l’oenotourisme représentent des axes prioritaires. Dans le premier cas, la filière espagnole vise à faire passer la part des vignobles biologiques de 15 % en 2021 à 26 % en 2027.

A cet objectif s’ajoute celui d’atteindre zéro émission nette d’ici 2035. Le développement durable passe aussi l’encouragement d’une consommation modérée, dans le cadre d’une culture méditerranéenne, qui implique de « maintenir la légitimité du vin en tant que produit alimentaire », mais aussi de favoriser les études sur le vin et la santé. Le secteur s’est également donné pour but de faire passer la production de vins désalcoolisés à 150 millions de litres d’ici 2027. Pour ce qui est de l’oenotourisme, les objectifs sont particulièrement ambitieux : il s’agit, en effet, d’attirer 5,7 millions d’oenotouristes en 2027, contre 1,2 million en 2021 et d’augmenter la dépense moyenne de 10,6% dans les caves et les musées.

1,2 milliard € de plus à l’export

Globalement, le plan stratégique doit permettre à la filière espagnole de récupérer des parts de marché en valeur pour atteindre une part internationale de 10,2 % contre 8,3 % actuellement. Ce qui implique de générer 1,2 milliard d’euros supplémentaires pour parvenir à un chiffre d’affaires annuel de 4,3 milliards €. Dans le même temps, au niveau national, les actions visent à susciter une hausse annuelle en valeur de 3 % pour atteindre 3,751 milliards d’euros en 2027. Evoquant le contexte actuel « volatile et incertain », le ministre espagnol de l’Agriculture Luis Planas a insisté sur le fait que « c’est dans ces moments-là que nous devons être très clairs sur la direction à prendre et il est absolument fondamental que l’interprofession du vin d’Espagne prenne le taureau par les cornes et accomplisse cette tâche ».   

 

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