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Un vigneron savoyard accueille ses riverains pour parler des phytos sans tabou

À Chignin, Yves Girard-Madoux a accueilli le 20 mai une soirée ciné-débat sur le thème des phytos. Une façon conviviale d’expliquer leur emploi aux riverains.
Par Bérengère Lafeuille Le 26 mai 2022
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 Un vigneron savoyard accueille ses riverains pour parler des phytos sans tabou
Yves Girard-Madoux, viticulteur à Chignin, se livre aux jeux des questions-réponses avec les participants à la soirée débat qu'il a organisé sur le thème des phytos. - crédit photo : B.Lafeuille
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ertains ont reçu une invitation dans leur boîte aux lettres, d’autres ont découvert l’événement sur Facebook ou Eventbrite. Ils sont une vingtaine à avoir répondu à Yves Girard-Madoux, vigneron sur 10 ha au domaine de La Pierre, à Chignin, et de la chambre d’agriculture des Savoies. Au programme de ce vendredi soir : la projection du documentaire Nous paysans suivie d’un débat sur les phytos. Dans sa cave transformée en salle de cinéma, des voisins côtoient des inconnus. Le vigneron espérait plus de monde, mais le temps ensoleillé n’incite pas à s’enfermer.

Lorsque la chambre d’agriculture lui a proposé d’accueillir une séance de son opération « Parlons vrai », Yves Girard-Madoux n’a pas hésité : « C’est un bon moyen d’expliquer ce qu’on fait aux gens qui pensent qu’on les empoisonne ! » Lui a peu de problèmes. « À Chignin, les gens ont une culture viticole. Les néoruraux et les promeneurs demandent plus de pédagogie, mais il y a peu d’agressivité. Et je m’organise pour ne pas gêner : je préviens les voisins, j’attends que les gens soient au travail pour traiter près des maisons. Mais le jour où j’ai été obligé d’intervenir un samedi contre la flavescence dorée, un voisin me l’a reproché : il ne comprenait pas que je traite le week-end. »

Échanges constructifs

Après le film, un micro circule. Pour répondre aux questions de ses invités, Yves est entouré de Jean-David Baisamy, arboriculteur, Cédric Laboret, président de la chambre d’agriculture et Sébastien Cortel, technicien référent sur les phytos. Une question ouvre le débat : « Quelle est la différence entre un produit phytosanitaire et un pesticide ? » Les intervenants expliquent que les pesticides incluent des biocides utilisés au quotidien (désinfectants, antipoux…) et précisent que les phytosanitaires incluent des produits de biocontrôle.

Un jardinier amateur enchaîne. « En tant que particulier, on a l’impression que tout est contrôlable avec des auxiliaires et des méthodes naturelles… Est-ce possible à une échelle professionnelle ? » « Dès que je peux me passer de traiter, je le fais, assure Yves. Chaque traitement évité, c’est de l’argent gagné ! » Il explique ensuite l’influence de la météo sur les maladies cryptogamiques. Et lâche un argument qui fait mouche : « En ratant un traitement, je peux perdre de 10 à 20 % de rendement. C’est mon salaire de l’année qui se joue ! » « Je comprends », acquiesce l’homme.

Les questions s’enchaînent. Le vigneron n’a aucune réponse toute faite. Il raconte son quotidien : les bulletins de santé du végétal, l’emploi d’un outil d’aide à la décision pour les traitements, les différents produits utilisés, l’embauche de saisonniers… Le public écoute. Vient une question sur les ZNT. Sébastien Cortel fait un point sur le sujet et lâche plusieurs chiffres : « Une autorisation de mise en marché, c’est environ dix années d’évaluation et plus de 300 études dont 50 % examinent les effets sur la santé, 40 % ceux sur l’environnement et seulement 10 % concernent l’efficacité. Quant aux produits classés CMR, ils ne représentent que 12 % des ventes de phytos en France et leur usage a été divisé par deux en dix ans. »

Bio et HVE questionnent

La bio s’invite dans le débat. Le vigneron, plus HVE que bio, surprend et intéresse. « Mon problème, c’est le cuivre, pose-t-il. À Chignin, la viticulture utilise du cuivre depuis longtemps et il s’accumule dans le sol. J’ai fait des analyses dans mon vignoble : la moyenne est à 60 ppm de cuivre avec des secteurs à plus de 100 ppm, alors que la norme serait à moins de 2 ppm ! Or le cuivre est un antifongique, mais aussi un antimicrobien. Comme je veux des sols vivants, je me l’interdis. »

On lui demande si le label HVE n’est pas « du pur marketing ». Il explique le cahier de traitements, les contrôles… « Et c’est la seule certification qui inclut un volet sur la biodiversité », souligne celui qui va bientôt planter des arbres pour héberger les chauves-souris.

Un jeune homme demande si la bio peut nourrir le monde. Les quatre intervenants en doutent. Ils évoquent la baisse de rendement, l’usage du cuivre, la consommation de gasoil… « On peut aussi aller au-delà de notre cahier des charges, intervient un viticulteur bio dans le public. Par exemple, j’essaie de réduire au maximum le cuivre en pulvérisant des mélanges à base de plantes. » Puis il s’amuse en aparté : « Il n’est pas écrit sur mon pulvé que je suis en bio, alors les passants sont aussi persuadés que je les empoisonne ! »

À 22 heures, tout le monde migre vers un buffet offert par la chambre d’agriculture, accompagné de vins du domaine. Un verre de Chignin à la main, les discussions se poursuivent jusqu’à tard. « Je ne réalisais pas que le bio pouvait être néfaste pour l’environnement », avoue un voisin. Un couple aimerait savoir à quoi servent les analyses de sol. Le jardinier amateur revient sur les auxiliaires.

« Ma voisine la plus revendicatrice n’est pas venue », regrette Yves Girard-Madoux. Mais rien n’est perdu, elle s’est inscrite aux journées portes ouvertes qu’il organise le lendemain. Un autre moyen d’expliquer son métier et prévenir de futures tensions.

 

Communication positive

Dans le cadre de l’initiative « Parlons vrai », la chambre d’agriculture des Savoies organise une dizaine de rencontres dans des exploitations agricoles et viticoles tout au long de l’année sur des sujets clivants. Après la projection d’un documentaire, un débat s’ouvre avec le public. Les professionnels expliquent leur métier, accompagnés par la chambre. La soirée du 20 mai chez Yves Girard-Madoux a clos un cycle consacré aux phytos. Les prochaines porteront sur le bien-être animal, les circuits courts, la cohabitation et le changement climatique. Les deux premières soirées, en mars chez un viticulteur et en avril chez un arboriculteur, avaient attiré de trente à cinquante personnes.

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Tous les commentaires (2)
Bibine Le 29 mai 2022 à 12:12:01
Initiative qui est à l'honneur de ce vigneron. Mais pour ma part, le vin, c'est bio minimum et plus vertueux encore, de préférence. Ceci pour des raisons multiples qui tiennent à la santé, à l'environnement, à la biodiversité, à la politique économique.
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Lorange Le 28 mai 2022 à 10:09:43
De multiples expériences existent dans ce domaine et sont généralement bien vécu. Elles apportent échange et concertation comme au château luchey Alde...
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