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Du rôle des élus dans la valorisation du secteur vitivinicole

Au plus haut niveau de l'Etat, la viticulture suisse compte des représentants. Mais cela signifie-t-il pour autant que ses préoccupations sont mieux écoutées ? Réponses avec Frédéric Borloz, vigneron vaudois, qui vient d'être élu au Conseil d'Etat.
Par Sharon Nagel Le 20 avril 2022
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Du rôle des élus dans la valorisation du secteur vitivinicole
Frédéric Borloz, élu et vigneron vaudois, a œuvré pour que le Concours Mondial de Bruxelles se tienne à Aigle, dans le Vaud, en 2019 - crédit photo : Frédéric Borloz
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mboîtant le pas au Président de la Confédération, Guy Parmelin, viticulteur, le Chablaisien Frédéric Borloz, président de la Fédération suisse des vignerons et ardent défenseur du cépage chasselas, a été élu à la mi-avril au Conseil d’Etat. S’il se défend de toute possibilité de lobbying en faveur du secteur vitivinicole – « des garde-fous empêchent les élus de s’activer sur un lobbyisme particulier une fois qu’ils sont passés au pouvoir exécutif » - il reconnaît avoir « des sensibilités qui peuvent permettre de véhiculer une certaine idée de ses préoccupations. Après, c’est à la viticulture elle-même de faire des propositions. S’il y a des propositions légales ou des financements à trouver, je m’engage à développer toute l’énergie possible pour trouver des majorités au Parlement ».

 

De nouvelles contraintes sur les produits phytosanitaires

Faisant allusion à d’éventuelles responsabilités politiques futures dans le domaine agricole, Frédéric Borloz a déjà des dossiers capitaux à traiter dans le domaine du vin. En effet, le 13 avril, le Conseil fédéral a approuvé un premier train d’ordonnances pour une viticulture plus durable, dont l’un des objectifs est de réduire de manière drastique l’utilisation de pesticides. « Les directives qui ont été appliquées par le Conseil fédéral représentent un contre-projet à l’initiative populaire [NDLR : le référendum « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse » en juin 2021]. Suite au vote du non, le Conseil fédéral s’est engagé à appliquer des mesures dans ce domaine. Le résultat, c’est une réduction de 50% de l’utilisation des produits phytosanitaires de synthèse durant les cinq prochaines années », explique l’élu, qui considère qu’il s’agit d’objectifs « très ambitieux. Potentiellement cela pourrait poser des problèmes au secteur vitivinicole parce que les maladies sont là, y compris de nouvelles maladies. On a déjà diminué d’un tiers l’utilisation de produits phytosanitaires de synthèse au cours de ces dix dernières années. Cela va sans doute convaincre pas mal d’exploitations à passer en bio pour leur permettre de passer le cap ».

 

Une réserve climatique pour parer aux effets du changement climatique

Ce n’est pas le seul défi majeur que devra surmonter la viticulture suisse. Les données publiées en mars par l’Office fédéral de l’Agriculture font état d’une récolte 2021 historiquement basse en raison de conditions climatiques très difficiles. Les gelées nocturnes en avril, les fortes précipitations en été avec des orages parfois violents, des pluies diluviennes, des tempêtes et de la grêle ont entraîné une baisse de près de 30% de la production nationale, pourcentage qui monte à 50% dans le Valais par rapport à la moyenne décennale. La vendange 2021, la plus faible depuis 1957, se chiffre à 609 038 hectolitres, soit 225 197 hl de moins qu’en 2020. Les représentants professionnels, dont Frédéric Borloz, sont montés au créneau pour réitérer leur demande de mise en place d’une réserve climatique. Une initiative parlementaire déposée le 22 février 2022 demande « la possibilité de récolter une quantité de raisin, définie en kg/m2, supérieure au quota cantonal mais inférieure au rendement maximum fédéral prévu pour les vins bénéficiant du label appellation d'origine contrôlée ». Si la répétition des événements climatiques dévastateurs semble être de nature à accélérer le processus, ce n’est pas pour autant que la mesure sera actée rapidement. « Il y a l’unanimité au sein de la branche pour la réserve climatique », note la directrice de la Fédération suisse des vignerons, Hélène Noirjean. « Une ordonnance pourrait être rapide, mais une loi serait beaucoup plus longue. La réserve climatique fait partie de nos axes prioritaires, avec l’augmentation des moyens de promotion en faveur des vins suisses ».

 

Favoriser une concurrence saine sur le marché domestique

Le renforcement de la promotion des vins suisses a, lui aussi, fait l’objet d’une motion déposée en février au Conseil national. La motion vise à faire passer l’enveloppe financière actuelle de 2,8 à 9 millions de francs suisses (2,7 M€ à 8,8 M€) par an en faveur de la promotion des vins suisses, « pour autant qu’ils répondent à des critères de qualité et de durabilité ». Pour Frédéric Borloz, mieux faire connaître les produits de la viticulture suisse représente le plus gros défi à relever : « Ce qui est paradoxal, c’est qu’en Suisse il y a une viticulture très ancienne, mais les moyens de promotion des grandes nations viticoles, surtout l’Italie, font que les Suisses ont tendance à bouder leurs propres produits ». Dans un contexte de régression de la consommation nationale de vins et des importations qui se font à des prix toujours plus bas, les vins suisses peinent à trouver leur place. « Il est évident qu’il faut des importations et que nous ne pourrons jamais assurer 100% de la consommation, mais nous devons retrouver une concurrence saine entre les produits proposés sur le marché suisse », propose l’élu vaudois. Et celui-ci de prôner dans le même temps le renforcement de la notoriété des vins suisses à l’export : « Il y a des producteurs qui pensent que c’est totalement inutile parce que de toute façon on ne produit qu’environ 40% de ce qu’on consomme, donc cela ne sert à rien d’essayer d’exporter. Mais moi je fais partie de l’autre catégorie de gens qui pensent qu’exporter cela valorise un produit, qu’il faut essayer d’exporter les meilleurs et de les retrouver ensuite sur les tables internationales ». Tout un programme.

 

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