Accueil / Viticulture / Un viticulteur champenois monte deux pulvérisateurs sur ses enjambeurs

Innovation
Un viticulteur champenois monte deux pulvérisateurs sur ses enjambeurs

En Champagne, Anthony Chaudron a monté deux pulvérisateurs sur ses deux enjambeurs. À l’avant, il applique du cuivre et du soufre, à l’arrière, des bouillies biodynamiques. Le tout sur sept rangs par passage.
Par Vincent Gobert Le 12 avril 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
 Un viticulteur champenois monte deux pulvérisateurs sur ses enjambeurs
En Champagne, Anthony Chaudron a monté deux pulvérisateurs sur ses deux enjambeurs. À l’avant, il applique du cuivre et du soufre, à l’arrière, des bouillies biodynamiques - crédit photo : © V. Gobert
C

e sont deux véritables combinés de pulvérisation que le Champenois Anthony Chaudron a fabriqués dans son atelier. Entrepreneur de travaux à Verzy (Marne), cet enfant du village a conçu le premier de ces engins dès 2017. Ravi, il fait le second en 2019.

 

Une seconde pulvérisation à l'arrière pour les décoctions de plantes

« J’ai d’abord acheté un Tecnoma TPH100 d’occasion, se souvient-il. J’ai équipé cet enjambeur d’une pulvérisation avant avec sept descentes pour appliquer du cuivre et du soufre à 80 l/ha environ et à 2 bars de pression. Pour cela, j’ai récupéré un Berthoud AB Most. Il était équipé d’une turbine Speedair que j’ai remplacée par une Supair neuve, car je voulais plus de puissance. Et j’ai ajouté une seconde pulvérisation pneumatique à l’arrière, de marque Solo, pour appliquer nos décoctions de plantes à 30 l/ha environ et 0,8 bar de pression. »

_MG_9537.JPG

 

Les rampes avec descentes montées à l'avant pour moins de dérive

Habituellement, les rampes avec descentes sont montées à l’arrière des enjambeurs près de la turbine. C’est l’expérience qui a conduit Anthony Chaudron à les monter à l’avant. « Lorsqu’elles sont à l’arrière, la pulvérisation est perturbée par le flux d’air provoqué par le déplacement du tracteur. Il y a aussi plus de dérive. Et moteur et ventilation chauffant l’air, ils assèchent les gouttes. Tout cela sans compter que dans les vignes travaillées et en dévers, l’enjambeur se met en travers. On a donc placé la rampe à l’avant. Pour améliorer encore l’application, les sorties du bas des descentes sont orientées vers le haut et celles du haut vers le bas. Les premières soufflent les produits sous les feuilles quand les secondes rabattent la bouillie vers le bas pour éviter la dérive. » Comme la rampe est séparée de la turbine, de grosses conduites noires courent au-dessus de la cabine pour les raccorder. Toutefois ce montage engendre une visibilité réduite sur le rang.

 

_MG_9572.JPG

Des dizaines d'heures de main-d'oeuvre pour ce montage

Monter ces doubles pulvérisations a demandé des frais et des dizaines d’heures de main-d’œuvre. « Pour chaque machine, il y a dans les 57 000 € d’équipements et de ferraille, et plus de 300 heures de montage et de réglage », confie Anthony Chaudron. À l’avant, il a soudé la rampe Berthoud à une pièce de sa fabrication, elle-même vissée au châssis. S’il a pu installer la cellule Supair et le pulvé Solo sur le plateau arrière de son premier enjambeur, ce ne fut pas le cas sur le second, un Tecnoma TPH 100, la cuve principale de bouillie étant trop grande. « J’ai dû fabriquer une plateforme pour monter le Solo sur cet enjambeur. En conséquence, il est en porte-à-faux à l’arrière. »

Sur les deux enjambeurs, les Solos sont équipés d’une pompe électrique logée dans la caisse à outils, d’une turbine actionnée par un moteur à deux temps et d’une rampe maison qui supporte 2 x 4 sorties. « Le moteur de la turbine tourne tout le temps au ralenti. Malgré cela, le souffle d’air est très fort. Les buses sont à jets plats. Le tout procure des gouttes très fines. Je pulvérise à 30 l/ha. À mon sens, c’est parfait pour la silice, par exemple. »

Les bouillies de cuivre et de soufre sont préparées dans un mélangeur puis emportées dans une cuve plastique, alors que les décoctions sont dynamisées et mises dans une cuve inox. Anthony Chaudron a acheté la cuve principale de son premier enjambeur d’occasion. « Un vrai coup de chance, se rappelle-t-il. Car sa forme s’est bien intégrée sur l’enjambeur ce qui m’a permis de placer le Solo sur le plateau arrière. Et, sur les deux tracteurs, j’ai pu placer la cuve inox pour les préparations biodynamiques en entre-roues du côté droit. »

De l'eau de pluie pour préparer les bouillies

« Par passage, nous appliquons de 70 à 200 g/ha de cuivre, 2 à 5 l/ha de soufre liquide. Et, pour nos décoctions, c’est plutôt 150 g/ha de plante sèche. Nous utilisons très peu de cuivre, seulement 1 ou 2 kg/ha/an et de 20 à 30 kg/ha/an de soufre. Pour toutes nos bouillies, nous utilisons uniquement de l’eau de pluie que nous récupérons sur le toit du hangar. »

Pour améliorer encore son montage, Anthony Chaudron a ajouté un refroidisseur. « Ainsi l’huile auxiliaire ne chauffe pas. Le but est d’éviter que les Tecnoma surconsomment du GNR. » En saison normale, il fait en moyenne huit passages chez ses neuf clients. Eux comme lui semblent contents du travail réalisé. Ils expérimentent même de nouveaux mélanges biodynamiques pour lutter contre les maladies. Une relation « gagnant-gagnant ». 

 

Une saison 2021 difficile

Neuf viticulteurs cultivant 11 ha confient toute la protection phyto de leurs vignes à Anthony Chaudron. « L’an dernier, tous nos clients sont allés à la vendange, se félicite-t-il. Mais ça a été difficile. Le mildiou a été très virulent. Sur pinot noir et meunier, on est passé jusqu’à 18 fois contre 8 habituellement. On a même fait deux passages de soufre en plus contre l’oïdium sur les chardonnays. Finalement, les pertes sont surtout imputables au gel d’avril. Au mieux, la récolte a été de 12 000 kg/ha sur deux parcelles. La moyenne est plutôt entre 7 000 et 9 000 kg/ha. La plus petite récolte s’est élevée à 2 500 kg/ha. »

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (1)
Joris Le 13 avril 2022 à 08:22:51
Et le poids de l'engin dans tout ça ?
Signaler ce contenu comme inapproprié
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé