Accueil / Viticulture / Valoriser les sarments de vigne reste compliqué

Collecte coûteuse
Valoriser les sarments de vigne reste compliqué

De nombreuses pistes ont été explorées pour créer des filières de valorisation des sarments de vigne. Elles se heurtent au coût de leur collecte.
Par Michèle Trévoux Le 13 janvier 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
 Valoriser les sarments de vigne reste compliqué
Stylos en sarments de vigne imaginés par Pedro Teixeira chercheur de l'Institut polytechnique de Bragança au Portugal - crédit photo : DR
R

écupérer les sarments pour les valoriser ? Nombreux sont ceux qui se s’y sont cassés les dents. Au début des années 2010, la chambre d’agriculture du Gard a planché sur le sujet. L’idée était de récolter les sarments en ballots puis de les transformer en granulés pour alimenter des chaudières de particuliers ou de collectivités locales. « Nous avons laissé tomber car le projet n’était pas viable. Le coût de la collecte et du broyage était trop élevé. Nos granulés n’étaient pas concurrentiels par rapport à ceux déjà proposés sur le marché. De plus, le sarment de vigne génère 10 fois plus de cendres que d’autre bois, ce qui impliquait de vider très fréquemment le réservoir de cendre », explique Renaud Cavalier, en charge de cette étude à la chambre d’agriculture.

"Impossible d'organiser la collecte"

En Saône et Loire, un projet similaire a connu la même issue. Suite à une étude de la chambre d’agriculture, la ville de Mâcon a imaginé utiliser les sarments de vigne comme combustible pour une chaufferie collective. « Techniquement, le projet tenait la route, mais il a achoppé sur l’impossibilité d’organiser la collecte. La ville souhaitait réaliser elle-même le ramassage des sarments dans les vignes, mais les viticulteurs n’ont pas vu ça d’un très bon œil. Et déposer les sarments dans des points de collecte renchérissait les coûts du combustible », confie Benjamin Alban, conseiller à la chambre d’agriculture.

Transformation en sarmine

La société Vitis Valorem explore une autre voie de valorisation. Basée à Meursault, cette entreprise créée en 2014 par Stéphane Bidault, propose aux vignerons de collecter les sarments pour les transformer en une matière première, la sarmine, servant à fabriquer toutes sortes d’objets et fournitures : agrafes, piquets, tuteurs, cercles pour tonneaux, crachoirs…

« Dans un premier temps, nous avons mis au point des process industriels pour démontrer la faisabilité de ces fabrications. Aujourd’hui, nous nous limitons à la fabrication de la sarmine, une poudre de sarments obtenue par un broyage très fin, qui entre dans la composition de ces produits », explique le chef d’entreprise.

Facture des frais d'enlèvement

L’an dernier, Vitis Valorem a collecté les sarments de 350 ha de vigne. « Nous ne sommes pas encore au seuil de rentabilité, nous espérons l’atteindre l’an prochain en dépassant les 500 ha collectés ». Mais là encore, le coût de la collecte reste un frein. L’entreprise qui initialement collectait gratuitement les sarments, facture désormais des frais d’enlèvement.

La piste de la cosmétologie

En Savoie, où le brûlage des sarments est interdit par arrêté préfectoral depuis décembre 2017, l’Université de Savoie Mont Blanc mène un programme de recherche, Vitivalo pour proposer des alternatives aux viticulteurs. Ses recherches ont démontré que les sarments savoyards ont un potentiel important en deux molécules aux propriétés antioxydantes utilisée en cosmétologie : le resvératrol et la viniférine. L’université a établi des protocoles de stockage et de préparation des sarments et d’extraction de ces deux molécules. Elle est désormais à la recherche d’industriels intéressés par la création d’une filière d’extraction de ces composés. Dernière piste explorée : l’étude des propriétés antifongiques des extraits de sarments. Des tests ont été lancés en partenariat avec l’Agroscope en Suisse.

La route est longue et semée d’embuches pour que les sarments passent du statut de déchet à celui matière première pour l’industrie ou le chauffage.

Un Portugais inventif

Pedro Teixeira croit dans l’économie circulaire pour réduire les émissions de CO2. Ce chercheur portugais, de l'Institut polytechnique de Bragança au Portugal, a chiffré à 1 million de tonnes les émissions annuelles de CO2 dans son pays du fait de la combustion ou de la décomposition des résidus de la vigne. Dans le cadre du projet Da-Vide, il a donc imaginé une gamme de produits à partir de ces biodéchets : stylos, objets de décoration, papier, peintures, biocomposites …. Reste à trouver des industriels prêts à investir dans ces process vertueux et à convaincre les viticulteurs de l’intérêt de cette démarche. « L'industrialisation implique la sensibilisation de la plupart des viticulteurs afin d’assurer aux industriels un approvisionnement sûr et stable en matière première », pointe-t-il.

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (3)
Gut Le 22 janvier 2022 à 09:24:11
Sarment et chaudière biomasse. 50000 euros de fioul domestiques économiser en 10 ans. Pour une habitation de 300 m2
Signaler ce contenu comme inapproprié
Rene Le 15 janvier 2022 à 09:59:34
Les sarments représentent quasiment la moitié de la matière organique nécessaire à la conservation de lafertilité de nos sols! CQFD
Signaler ce contenu comme inapproprié
pg Le 13 janvier 2022 à 14:15:02
je ne pensais pas que l' on pouvait considérer les sarments comme des déchets.... Pour ma part , je les vois plutôt sous l' aspect de leur richesse agronomique...
Signaler ce contenu comme inapproprié

© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé